Quatre personnes, dont deux ressortissants chinois, ont été mises en examen ce jeudi 5 février après leur arrestation dans le sud-ouest de la France. Elles sont soupçonnées d’avoir tenté de transmettre des informations militaires sensibles aux autorités chinoises. L’affaire, suivie de près par les services de sécurité français, signale une fois encore la vigilance accrue des autorités face aux activités de renseignement étrangères sur le territoire national.
Les interpellations ont eu lieu à la suite d’un signalement effectué par des habitants d’une petite commune située au sud de Bordeaux. Camblanes-et-Meynac, un village d’un peu plus de 3 000 habitants, a servi de point de départ à une enquête qui a rapidement mobilisé les services spécialisés de l’État. Les suspects avaient loué une maison via la plateforme Airbnb. Rien, à première vue, ne distinguait cette location des autres habitations du quartier. Mais dans le jardin, une installation technique inhabituelle a éveillé la curiosité des riverains : une parabole de grande taille, d’environ deux mètres de diamètre, a été déployée sans réelle dissimulation. Rapidement, des habitants ont établi un lien entre cette installation et des perturbations du réseau internet dont ils se plaignaient depuis plusieurs jours. Ces éléments ont conduit certains voisins à alerter les forces de l’ordre. Le 31 janvier, la police française est saisie de l’affaire, qui est aussitôt confiée à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).
Une enquête confiée à la DGSI
Dès le lendemain, les agents de la DGSI procèdent à une perquisition des lieux. Sur place, ils découvrent un dispositif technique sophistiqué composé de plusieurs ordinateurs reliés à des antennes paraboliques. Selon les premiers éléments de l’enquête, ce matériel aurait permis de capter et de détourner des données satellitaires transitant par le réseau Starlink, le fournisseur d’accès à internet par satellite développé par SpaceX. Les autorités soupçonnent que ce système ait été utilisé pour intercepter des communications sensibles. Le parquet indique que les échanges visés concernaient « des entités militaires d’importance vitale ». Une qualification qui place l’affaire dans le champ de la protection des intérêts stratégiques de la France. Les deux ressortissants chinois interpellés sont âgés d’une vingtaine d’années. Ils séjournaient légalement en France, titulaires d’un visa de travail. Lors de leur arrivée sur le territoire, ils avaient déclaré exercer la profession d’ingénieur pour une entreprise spécialisée dans les équipements de communication sans fil.
Les deux autres personnes mises en examen, âgées de 39 et 45 ans, n’ont pas vu leur nationalité rendue publique à ce stade de la procédure. Elles sont soupçonnées d’avoir apporté une aide logistique et matérielle aux deux jeunes ingénieurs.
Les investigations cherchent désormais à établir la nature exacte de leur rôle et le degré de coordination entre les membres du groupe. Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large. Les services français alertent depuis plusieurs années sur l’intensification des activités de renseignement chinoises en Europe. En 2021, un rapport de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire soulignait déjà que la France figurait parmi les priorités de Pékin en matière de collecte d’informations sensibles. Depuis, plusieurs dossiers ont émergé, illustrant la diversité des méthodes employées. En 2025, une autre affaire avait retenu l’attention près de Toulouse, avec le déploiement d’une antenne illégale soupçonnée de capter des données stratégiques. L’information avait été révélée par le média spécialisé Intelligence Online.
Une guerre discrète autour des satellites
Pour Jérémy André, grand reporter à Intelligence Online, ces affaires traduisent une évolution profonde des pratiques de renseignement. « Il y avait des interrogations sur le fait que les informations interceptées auraient pu mener à la destruction d’un satellite fourni par la France à un pays tiers », explique-t-il. Selon lui, les enjeux dépassent le simple cadre de l’observation technologique. « Aujourd’hui, il existe une guerre discrète, et elle se déroule notamment dans l’espace », ajoute-t-il, soulignant l’importance stratégique des infrastructures satellitaires, devenues essentielles aussi bien pour les communications civiles que militaires. Mi-décembre, un autre dossier avait déjà mis en lumière la sensibilité du sud-ouest français. Un enseignant-chercheur de l’Institut d’ingénierie et de mécanique de Bordeaux avait été mis en examen pour « intelligence avec une puissance étrangère ». Il est soupçonné d’avoir facilité l’accès de ressortissants chinois à des zones classifiées, pourtant interdites au public.
Ces affaires successives ont conduit les autorités à renforcer leur vigilance dans une région considérée comme stratégique. Entre Bordeaux et Toulouse se concentre une large partie de l’industrie aéronautique et des activités liées à la défense nationale. Le village se situe à proximité immédiate de la seule station terrestre du réseau Starlink en France. Cette implantation technique en fait un point sensible, susceptible d’attirer l’attention de services de renseignement étrangers. Pour les autorités françaises, l’enjeu consiste désormais à comprendre l’ampleur des informations potentiellement interceptées et à identifier d’éventuels relais. L’enquête se poursuit sous le contrôle du parquet, tandis que la DGSI continue de démêler les ramifications d’un dossier qui rappelle que le renseignement moderne se joue désormais autant sur le terrain que dans l’espace.



