Le président de la guinée, le général Mamadi Doumbouya, a procédé ce week-end à un important remaniement au sein du cabinet du Premier ministre, chef du gouvernement. Un décret lu sur les antennes de la télévision nationale (RTG) a officialisé la nomination de plusieurs cadres à des postes clés. Toutefois, depuis plusieurs jours, des rumeurs insistantes circulent sur une éventuelle hospitalisation de Mamadi Doumbouya à l’étranger.
Docteur Daouda Kamissoko a été nommé ministre directeur de cabinet, tandis que Monsieur Lancinèt Hawa Doumbouya devient directrice de cabinet adjointe. Madame Fatoumata Binta Diallo occupera désormais les fonctions de cheffe de cabinet. Le docteur Saïkou Oumar Baldé a quant à lui été désigné conseiller spécial. Une vingtaine de conseillers ont également été nommés, couvrant l’ensemble des secteurs stratégiques du pays : affaires diplomatiques, stratégie économique, mines et énergie, santé, éducation, numérique, décentralisation, communication, cohésion sociale, environnement, planification stratégique, et suivi des projets financés par des partenaires extérieurs.
Du bruit sur l’état de santé du président
Selon des sources non officielles, le président Mamadi Doumbouya aurait été évacué vers Singapour dans un état préoccupant. Certaines informations, invérifiables à ce stade, évoquent même un empoisonnement qui aurait gravement affecté sa santé. Des proches du chef de l’État auraient par ailleurs été évacués vers Montpellier, en France. Face à ces rumeurs, le silence des autorités interroge. Aucun communiqué officiel n’a été publié pour confirmer ou infirmer ces informations. Aucune image récente du président n’a circulé. Les chaînes d’information continues, les réseaux sociaux et les messageries s’emballent, alimentant un climat d’incertitude. Des sources médicales anonymes auraient confié à des proches que les chances de survie du président seraient minimes, évoquant des atteintes au foie et au cerveau. Des informations qu’aucune source officielle n’a confirmées.
Mais ce décret a-t-il été signé avant l’éventuelle évacuation ? A-t-il été signé par le président lui-même ? Les questions restent ouvertes. Les autorités sortent du silence et produisent des images récentes du chef de l’État, coupant court aux rumeurs.
Cette situation suscite de nombreuses interrogations. Dans un régime où le pouvoir est fortement personnalisé autour du chef de l’État, la question de sa santé devient rapidement politique. Mais pour l’heure, rien ne permet d’établir avec certitude la réalité de ces rumeurs. Aucun signe de tension particulière n’est observable au sein de l’appareil sécuritaire. Les points stratégiques de Conakry ne montrent aucun renforcement inhabituel. Les communications officielles se poursuivent normalement. Le Premier ministre et son nouveau cabinet continuent d’exercer leurs fonctions. Certains observateurs notent que plusieurs membres du gouvernement et proches du pouvoir alimentent eux-mêmes ces rumeurs, sans chercher à les démentir. Un comportement qui interpelle :
si la situation était réelle et grave, la priorité serait de verrouiller l’information et de protéger l’institution présidentielle.
Le silence des autorités peut s’interpréter de différentes manières. Soit il traduit une réelle incapacité à communiquer face à une situation exceptionnelle. Soit il relève d’une stratégie délibérée. Dans un système de pouvoir, rien ne circule au hasard. En laissant courir ces informations sans réagir, l’exécutif peut tester les réactions, sonder les loyautés, observer qui parle et qui se tait. Une rumeur peut aussi servir d’écran, de diversion, pendant que d’autres dossiers avancent dans l’ombre. Paradoxalement, même ceux qui contestaient la légitimité du président Doumbouya se trouvent aujourd’hui à exiger de lui qu’il communique en tant que président. En réclamant des comptes à un pouvoir qu’ils disent illégal, ils contribuent à le traiter comme institutionnel. À force d’interpeller le chef de l’État comme président, on finit par le reconnaître comme tel. La répétition fabrique la légitimité. La contestation mal structurée consolide parfois ce qu’elle prétend combattre. Exiger d’un président qu’il parle, c’est déjà admettre qu’il est le président.
Un seul homme fait-il l’appareil d’Etat ? Un régime se confond-il avec la nation ?
La disparition éventuelle d’un président élu ne devrait pas susciter une telle inquiétude. Ce qui devrait inquiéter, c’est la vitesse à laquelle l’exception devient norme, la facilité avec laquelle l’illégitimité s’habille en institution, la manière dont une rumeur peut devenir un instrument politique. Car dans un système de pouvoir, même le silence parle. Même la rumeur travaille. Les régimes ne tombent pas sous les rumeurs. Ils tombent lorsqu’ils perdent le contrôle du récit. Tant que la rumeur circule sans provoquer de panique, tant que l’appareil d’État respire calmement, ce n’est pas le pouvoir qui vacille. C’est l’opinion qui est mise à l’épreuve. Rien ne permet de savoir si le président Doumbouya est malade, hospitalisé, ou simplement absent pour des raisons personnelles. Rien ne permet non plus d’affirmer qu’il est en pleine possession de ses moyens et qu’il continue d’exercer ses fonctions normalement.
Le remaniement du cabinet du Premier ministre, officialisé par décret présidentiel, tendrait à prouver que les rouages de l’État continuent de fonctionner. Mais ce décret a-t-il été signé avant l’éventuelle évacuation ? A-t-il été signé par le président lui-même ? Les questions restent ouvertes. Les autorités sortent du silence et produisent des images récentes du chef de l’État, coupant court aux rumeurs. Le silence se prolonge, alimentant toujours plus les spéculations. Dans les deux cas, la crédibilité du régime et la stabilité du pays sont en jeu. La Guinée, qui a connu plusieurs transitions mouvementées depuis son indépendance, traverse une nouvelle période d’incertitude. Le peuple guinéen, lui, attend des réponses claires sur la situation de celui qui a pris le pouvoir par les armes en septembre 2021 et promis de rendre le pays à des civils élus. La transition, initialement prévue pour prendre fin dans quelques mois, pourrait connaître de nouveaux rebondissements.



