LAGOS, 9 mars 2026 – Un tribunal fédéral nigérian a condamné à 14 ans de prison un couple reconnu coupable d’avoir exploité pendant plusieurs années une « usine à bébés » où des mineures enceintes étaient séquestrées et où les nouveau-nés étaient vendus, a-t-on appris auprès des autorités judiciaires et de l’agence nationale de lutte contre la traite.
Ogundeji Happiness Ayodele et Prince Ogundeji Abiodun ont été jugés coupables par le Tribunal fédéral d’Akure, dans le sud-ouest du pays, de dix chefs d’accusation liés à la traite des personnes et à l’exploitation de mineures, au terme d’un procès ouvert en 2014 et marqué par de nombreux reports. Ils ont chacun écopé de 14 ans de réclusion sans possibilité de remise de peine ni d’amende en substitution, selon le jugement rendu le 26 février.
Le dossier concerne une maison enregistrée comme foyer d’accueil au 10, rue Sarajo, à Okitipupa, dans l’État d’Ondo, qui servait en réalité de lieu de détention pour de jeunes filles enceintes, certaines mineures, retenues jusqu’à leur accouchement, selon l’Agence nationale pour l’interdiction de la traite des personnes (NAPTIP). Les bébés étaient ensuite vendus à des acheteurs dont l’identité n’a pas été rendue publique, ont indiqué les enquêteurs.
L’affaire avait éclaté en 2014 après un signalement du service de l’immigration, qui avait conduit à une opération conjointe de la police et de la NAPTIP. Sur place, les agents avaient découvert plusieurs jeunes filles et des nourrissons, ainsi que des cartes de suivi prénatal, huit véhicules, environ quatre millions de nairas en liquide, deux bungalows et une ferme avicole.
Le procès, intenté en vertu de la loi de 2003 sur la lutte contre la traite des personnes, s’est étalé sur plus d’une décennie, en raison notamment de renvois d’audience, de changements de juges et de procédures d’appel intermédiaires, ont indiqué des responsables de la NAPTIP. La juge F.A. Olubanjo a finalement rendu son verdict fin février, confirmant la culpabilité du couple sur l’ensemble des chefs d’accusation.
Outre les peines de prison, le tribunal a ordonné la confiscation des huit véhicules, des deux bungalows et des quatre millions de nairas saisis, qui doivent être reversés à l’État fédéral par l’intermédiaire de la NAPTIP. Trois victimes ayant témoigné au cours du procès recevront chacune une compensation d’un million de nairas, selon la même source.
La commandante de la zone de Lagos de la NAPTIP, Comfort Agboko, a salué une « victoire historique » dans la lutte contre la traite des êtres humains au Nigeria. « Onze ans de travail, mais la justice a été rendue », a-t-elle déclaré, estimant que ce jugement envoie un message de fermeté aux auteurs de traite et d’exploitation de mineures dans le pays.



