La disparition de Mme , survenue le 6 février dernier, a profondément marqué les cœurs. Figure engagée de la vie politique ivoirienne, reconnue pour son authenticité, sa loyauté et sa détermination, elle a laissé une empreinte indélébile dans le combat pour les droits des femmes. le dimanche 8 mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, les femmes de Côte d’Ivoire se sont réunies au Palais de la Culture de Treichville pour saluer sa mémoire.
Pour son hommage à Léopoldine Tiezan Coffie, Kandia Camara salue une mère et un mentor politique. Le Sénat de Côte d’Ivoire et les femmes ont rendu un dernier hommage à une figure engagée du PDCI-RDA. La cérémonie a été marquée par un discours poignant de la Présidente du Sénat, Mme Kandia Camara, qui a tenu à honorer celle qu’elle considère comme sa formatrice et son mentor. Devant un parterre de femmes lieux de tous horizons, elle a partagé des souvenirs intimes et rendu hommage à une vie consacrée aux autres.
“C’est Léopoldine Tiezan Coffie qui m’a formée, qui m’a formatée”
D’emblée, Kandia Camara a souligné la coïncidence symbolique de cette cérémonie. ” Aujourd’hui, c’est le 8 mars. La Journée Internationale des Droits des Femmes. Le jour où le monde entier est censé se souvenir que la Femme existe, qu’elle compte, qu’elle mérite un mieux-être “, a-t-elle rappelé. Mais cette année, la célébration est teintée de tristesse. ” Nous sommes ici parce que le 8 mars 2026, il manque quelqu’un. Il manque précisément celle qui, plus que beaucoup d’autres, avait donné sa vie pour que ce jour ait un sens. ” Évoquant le départ de Léopoldine Tiezan Coffie le 6 février, la présidente du Sénat a confié : ” Quelque chose en moi me dit, je veux croire qu’elle a choisi de nous laisser porter son deuil un 8 mars. Comme un dernier message. Comme une dernière instruction à ses filles : “Continuez, ne vous arrêtez pas. Le combat, lui, ne prend jamais de congé ” .
Une femme authentique dans un monde politique codifié
Kandia Camara a tenu à rendre hommage à la femme avant de saluer la militante. ” Ceux qui la connaissaient vous diront tous la même chose : il y en elle quelque chose de rare. Une qui ne présentait pas à une posture, ni à un calcul politique. Une chaleur vraie, profonde, qui venait de loin “, at-elle déclaré. Elle a salué l’authenticité de cette figure politique dans un univers souvent marqué par le calcul et les postures. ” Dans ce monde politique où tout le monde est pressé, où les sourires se calculent parfois et les poignées de mains vraies se comptent, Léopoldine Tiezan Coffie était un être authentique. Et dans ce monde-là, l’authenticité est peut-être la choisie la plus courageuse qui soit. ”
Une pionnière née en 1950
Née en 1950, Léopoldine Tiezan Coffie a vécu 76 ans d’une existence consacrée aux autres. Kandia Camara a invité l’assistance à mesurer le chemin parcouru par cette pionnière. ” Pensez à ce que c’était, pour une femme née en 1950 en Côte d’Ivoire, de décider d’entrer en politique. Pensez aux regards, aux résistances, aux pesanteurs socio-culturelles d’une Afrique nouvellement indépendante. Pensez à tout ce qu’il a survécu, non pas une fois, mais chaque jour, pendant des décennies, pour s’imposer là où personne ne vous attendait . la présidente du Sénat, et Léopoldine Tiezan Coffie en a connu les années les plus âpres. ” Cette grande dame ne s’est pas imposée par hasard. Elle s’est imposée par le travail, par la constance, par cette façon qu’elle avait de revenir, encore et encore, sans jamais se décourager, sans jamais se laisser intimider, sans jamais se laisser convaincre que sa place était ailleurs. ”
Un parcours au service des femmes et de la nation
Présidente de l’Union des Femmes du PDCI-RDA sous Félix Houphouët-Boigny et son Premier ministre Alassane Ouattara, puis ministre de la Famille et de la Promotion de la Femme sous la présidence d’Henri Konan Bédié, Léopoldine Tiezan Coffie a marqué l’histoire politique ivoirienne. Derrière ces titres, Kandia Camara a voulu rappeler la réalité du combat quotidien : ” Des nuits sans sommeil à préparer des dossiers que personne d’autre ne voulait porter, des batailles menées dans des couloirs où l’on n’était pas toujours la bienvenue, des victoires obtenues pour des femmes qui ne sauraient jamais le nom de celle qui s’était battue pour elles . ” Elle a souligné la dimension internationale de l’engagement de Léopoldine Tiezan Coffie, présidente du Réseau International des Femmes pour des Actions Affirmatives. ” Elle pensait aux femmes de partout, aux femmes du monde. Elle avait compris ce que certaines n’ont toujours pas compris : que la liberté des femmes n’a pas de frontières. Que tant qu’une seule femme est opprimée quelque part, aucune d’entre nous n’est vraiment libre. ”
Un mentor, une mère, une formatrice
Dans un moment d’émotion palpable, Kandia Camara a livré un témoignage personnel sur sa relation avec la défunte. ” Merci d’avoir cru en moi en 1991 alors que j’étais la Présidente Nationale du Comité de Rassemblement et de Sensibilisation des Femmes (CORASEF) pour le PDCI-RDA. Merci de m’avoir choisi pour être ta Directrice de Campagne pour la présidence de l’UF-PDCI-RDA que tu briguais pour la première fois alors que j’étais toute jeune et n’avais pas grande expérience. ” Avec des mots simples et forts, elle a résumé ce qu’elle doit à celle qu’elle considère comme son mentor :
” C’est Madame Léopoldine Tiezan Coffie qui m’a formée, qui m’a formatée. Merci infiniment d’avoir été pour moi une mère, un mentor, une formatrice, une inspiratrice et un soutien permanent jusqu’à ton rappel à Dieu . ”
S’adressant à la famille de la disparue, Kandia Camara a exprimé la reconnaissance de toutes les femmes qu’elle a servies. ” Vous l’avez partagé avec nous, avec la politique, avec son parti, avec le pays, avec les femmes d’Afrique, avec le monde. Je sais que cette vie donnée, offerte, consacrée, vous a parfois privée d’elle. Je sais que ses engagements vous ont demandé, à vous aussi, un sacrifice . ” Avant de conclure par une citation du poète : ” En Afrique, les morts ne sont pas morts. Je sais que tu es là, que tu nous écoutes, que tu es fière de cet hommage que nous te définit, à la dimension de ton histoire, précisément ce 8 mars, journée dédiée à la Femme. Sache que nous ne t’oublierons pas. Tu demeureras à jamais dans nos cœurs, et fixée dans la mémoire collective . ” La cérémonie s’est achevée dans une émotion palpable, laissant aux femmes de Côte d’Ivoire le soin de poursuivre le combat auquel Léopoldine Tiezan Coffie avait consacré sa vie.



