Ce dimanche 15 mars 2026, les Congolais sont appelés aux urnes. Plus de 2,64 millions d’électeurs inscrits sur les listes électorales vont devoir départager les sept candidats en lice pour la magistrature suprême. Dans tout le pays, 6 620 bureaux de vote répartis dans 4 011 centres ont ouvert leurs portes dès la matinée, à l’exception du personnel militaire qui a déjà voté par anticipation le 12 mars
Les forces de défense et de sécurité ont en effet exercé leur droit de vote en amont. Environ 60 000 militaires, gendarmes et policiers ont ainsi participé au scrutin avant leurs compatriotes civils. Une organisation classique qui permet de garantir la sécurité du dispositif électoral le jour du vote.
Sept candidats pour un fauteuil
Ils sont sept à briguer les suffrages des Congolais. Le président sortant, Denis Sassou Nguesso, 82 ans, brigue un nouveau mandat de cinq ans. Il est confronté à six adversaires : Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, Anguios Nganguia Engambé, Dave Mafoula, Vivien Manangou, Zinga Mabio Mavoungou et Melaine Destin Gavet Eléngo. Une opposition plurielle mais dispersée, face à un chef de l’État qui cumule plus de quarante années de pouvoir. La campagne électorale, qui s’est achevé vendredi, a été marquée par des meetings et des déplacements sur l’ensemble du territoire. Les candidats ont sillonné le pays pour tenter de convaincre les électeurs. Denis Sassou Nguesso a clôturé sa campagne par un meeting dans la capitale Brazzaville, où il s’est déployé depuis la fin de la matinée. Les programmes des différents candidats présentent des similitudes. Tous promettent des actions pour améliorer et restructurer l’économie nationale. Le renouvellement des infrastructures, à commencer par le chemin de fer Congo-Océan, figure en bonne place. La construction de corridors, comme le corridor 13, ou d’autoroutes est également évoquée.
Pour être élu dès le premier tour, un candidat doit obtenir la majorité absolue, c’est-à-dire plus de 50 % des suffrages exprimés. Si aucun candidat n’atteint ce score, un second tour sera organisé dans les vingt et un jours suivant la proclamation des résultats du premier tour
L’assainissement des finances publiques revient comme un leitmotiv dans les discours. La modernisation de l’agriculture est aussi mise en avant, dans un pays qui importe une grande partie de sa nourriture. Autant de promesses destinées à améliorer le quotidien des Congolais, alors que près de la moitié de la population, estimée à environ 6,6 millions d’habitants, vit en dessous du seuil de pauvreté. Dans la pratique, les bureaux de vote sont ouverts dès le matin et fermeront leurs portes le soir. À la clôture du scrutin, le décompte des suffrages sera effectué et les résultats seront affichés à l’entrée de chaque bureau. Ils seront ensuite acheminés vers les commissions locales, puis départementales, avant une centralisation au niveau national en vue de la proclamation des résultats. Pour être élu dès le premier tour, un candidat doit obtenir la majorité absolue, c’est-à-dire plus de 50 % des suffrages exprimés. Si aucun candidat n’atteint ce score, un second tour sera organisé dans les vingt et un jours suivant la proclamation des résultats du premier tour. Seuls les deux candidats arrivés en tête pourront alors s’affronter.
Une opposition en partie absente
Le scrutin se déroule dans un contexte particulier. Plusieurs figures de l’opposition sont emprisonnées ou en exil. Le général Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, tous deux candidats à la présidentielle de 2016, purgent une peine de vingt ans de prison pour “atteinte à la sécurité intérieure”. Le président sortant affirme qu’ils préparaient une insurrection armée contre lui, tout en assurant à l’AFP qu’ils “ne vont pas mourir en prison” et qu’on les libérera un jour. Dans ce contexte, deux des principaux partis d’opposition ont choisi de boycotter le scrutin, dénonçant un manque de transparence. Le taux de participation sera donc particulièrement observé. Il pourrait constituer un indicateur de la mobilisation, ou au contraire de la désaffection, des électeurs. Lors des trois derniers scrutins présidentiels, la participation a oscillé autour de 67-68 %. En 2021, elle était de 67,7 % et avait permis à Denis Sassou Nguesso d’être réélu avec 88 % des voix. En 2015, 68,92 % des électeurs s’étaient déplacés pour lui accorder 60 % des suffrages. En 2009, la participation était de 66,40 % et le président sortant avait obtenu 78 % des voix.
Le dernier mandat de Sassou Nguesso ?
Si Denis Sassou Nguesso est réélu, il entamera un troisième quinquennat consécutif. Selon la Constitution en vigueur, qui limite à trois le nombre de mandats présidentiels, ce devrait être son dernier. Pour pouvoir briguer un nouveau mandat à l’issue de celui-ci, il faudrait modifier la Constitution. Avec près de quarante-deux années de pouvoir au total, Denis Sassou Nguesso est le troisième dirigeant africain ayant exercé le plus long mandat, derrière Teodoro Obiang en Guinée équatoriale et Paul Biya au Cameroun. Son parcours politique a connu une interruption entre 1992 et 1997. Arrivé au pouvoir en 1979, il a été battu en 1992 par le professeur Pascal Lissouba lors des premières élections multipartites du pays. Il a retrouvé le pouvoir en 1997 à l’issue d’une guerre civile qui a fait plusieurs milliers de morts de juin à octobre. Depuis, Denis Sassou Nguesso a conservé le pouvoir sans discontinuer. Élu en 2002, réélu en 2009, il a remporté un troisième mandat en 2016 après avoir modifié la Constitution l’année précédente, qui limitait alors à deux le nombre de mandats. Sa victoire avait été contestée par l’opposition, dont plusieurs leaders avaient été emprisonnés ou contraints à l’exil.
Lors de son premier meeting de campagne le 28 février, le président sortant s’est adressé aux jeunes. Il a déclaré que sa génération préparait le terrain pour qu’ils prennent la relève. Dans un entretien à l’AFP, il a insisté sur cette idée : Nous voulons faire comprendre aux jeunes que tout le travail que nous faisons, c’est aussi pour préparer les conditions de leur arrivée. Parce que nous ne resterons pas une éternité au pouvoir et leur tour viendra. Il ne s’agit pas d’une affaire d’homme à préparer, il s’agit d’un ensemble de choses que nous préparons globalement pour l’avenir du pays, a-t-il ajouté, mettant en garde contre une simple volonté de puissance ou d’existence. Parmi les successeurs potentiels, plusieurs noms circulent. Denis-Christel Sassou Nguesso, son fils, est entré au gouvernement en 2021 comme ministre de la Coopération internationale et des Partenariats public-privé. Il a depuis acquis une plus grande visibilité publique. Jean-Dominique Okemba, chef du Conseil national de sécurité du Congo et neveu du président, est également cité, tout comme Jean-Jacques Bouya, ministre de l’Aménagement du territoire et des Grands Travaux et cousin de Sassou.
Des défis économiques et sociaux à relever
Quel que soit le vainqueur, les défis qui l’attendent sont nombreux. La République du Congo est le premier producteur de pétrole de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), représentant un tiers du total de brut de la sous-région. Mais le pays est fortement dépendant des cours mondiaux : la rente pétrolière représente environ la moitié du PIB et 80 % des exportations en 2024. La dette publique totale devrait atteindre 89,2 % du PIB en 2025. Les indicateurs sociaux restent préoccupants. Un peu moins de la moitié des 6,1 millions d’habitants a moins de 18 ans, mais le chômage des jeunes atteint 42 %. Selon la Banque mondiale, 52 % des Congolais vivent sous le seuil de pauvreté, un taux qui n’a pas évolué depuis 2021. Interrogé sur ce point par l’AFP, le président sortant s’est défendu : On ne peut pas dire que les gens sont sous le seuil pauvreté, que les moyens abondent et qu’ils seraient gaspillés, non. Ces moyens ont servi à amener le pays à son niveau actuel qu’il n’avait pas du tout lorsque notre pays a accédé à l’indépendance.
Les disparités restent fortes entre les zones urbaines et rurales. Deux tiers de la population urbaine a accès à l’électricité, contre seulement 12 % dans les zones rurales. L’accès à une source d’eau salubre concerne les trois quarts de la population urbaine, mais seulement 46 % des ruraux. Malgré ces défis, la République du Congo se présente comme un pays relativement stable dans une région d’Afrique centrale marquée par des turbulences. Le coup d’État de 2023 au Gabon et les violences post-électorales de l’année dernière au Cameroun rappellent que la stabilité n’est jamais acquise. C’est dans ce contexte que les électeurs congolais se rendent aux urnes ce dimanche. Leur choix déterminera l’orientation du pays pour les cinq prochaines années, et peut-être au-delà, alors que la question de la succession de Denis Sassou Nguesso reste ouverte. Le scrutin sera suivi avec attention dans la sous-région, où l’évolution de la situation politique congolaise est observée de près.



