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Polygamie, monogamie et foi chrétienne – Un débat théologique entre tolérance et norme


Le débat sur la polygamie refait surface dans les milieux chrétiens africains, révélant des divergences d’interprétation entre lecture culturelle et lecture théologique des Écritures. Une récente discussion entre le pasteur Wilfried Zahui et le prophète Leme Deto illustre cette tension entre tolérance divine et idéal biblique.

Le pasteur Zahui défend une position nuancée. la Bible, selon lui, n’interdit ni la polygamie, ni la monogamie, ni le célibat. Son argument repose sur la liberté de choix, à condition que chaque croyant vive selon les principes moraux fixés par Dieu. Citant tour à tour Exode, Hébreux et 1 Corinthiens, il rappelle que le salut ne dépend pas du statut matrimonial, mais de la fidélité à l’engagement et du respect mutuel entre conjoints.

En face, le prophète Leme Deto propose une lecture plus structurée de la théologie biblique. Il distingue la tolérance pédagogique de Dieu dans l’histoire du salut de sa volonté normative, révélée dès la création. Selon lui, la présence de la polygamie chez certains patriarches n’en fait pas une prescription morale. « La narration biblique, écrit-il, n’est pas toujours une norme. »

Citant le Christ dans Matthieu 19:4-5, il réaffirme la vision originelle du mariage : une union exclusive entre un homme et une femme, reflet symbolique de l’union entre le Christ et son Église. Pour Deto, la polygamie fut une concession temporaire à la faiblesse humaine, mais jamais un idéal spirituel : les drames de Sara et Agar, de Léa et Rachel, ou encore la chute spirituelle de Salomon en constituent la preuve.

Cette lecture s’enracine dans une révélation progressive, qui, du récit des patriarches à la théologie paulinienne, conduit l’humanité vers le dessein initial de Dieu : la monogamie comme norme spirituelle et ecclésiale. Dans cette logique, la miséricorde divine, si elle couvre les faiblesses humaines, ne saurait légitimer leurs conséquences sociales.

Au-delà du cadre scripturaire, le débat met aussi en lumière un enjeu contemporain : comment articuler le message biblique universel avec les réalités culturelles africaines où la polygamie demeure ancrée ? Cette question, entre foi, tradition et modernité, reste ouverte — mais elle mérite, à l’image de cette confrontation respectueuse, d’être abordée avec rigueur, humilité et discernement.

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