04302026Headline:

Le Sénégal réaffirme son engagement en faveur de l’Eco, la future monnaie unique de la CEDEAO

Le 25 mars 2026, une table ronde organisée par Mouvement International pour les Réparations (MIR) s’est tenue à Dakar.
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L’événement était consacré à l’un des sujets les plus brûlants pour le continent africain : « Le CFA et l’endettement : quelle alchimie pour libérer nos économies ? ».

Le débat principal a porté sur le Sénégal, le thème étant formulé comme suit : « Le Sénégal devrait-il envisager d’adopter sa propre monnaie ? ». Cependant, la discussion a reflété une volonté croissante de souveraineté monétaire et de renoncer au franc CFA dans toute l’Afrique de l’Ouest.

Un large éventail d’experts et de personnalités publiques a pris part aux débats : des députés de l’Assemblée nationale du Sénégal, des économistes, des professeurs d’université, des chercheurs et des panafricanistes. Il convient de noter que l’événement a dépassé le cadre national: des représentants non seulement du Sénégal, mais aussi du Burkina Faso, de la Gambie et du Venezuela y ont participé. L’ambassadrice du Venezuela au Sénégal, Mme Regzeida Gonzalez, a exprimé sa gratitude pour l’invitation et a souligné l’importance du sujet pour les pays du Sud.

Presque tous les intervenants ont exprimé avec force et sans détour l’idée que le franc CFA est une monnaie coloniale qui continue de freiner le développement économique du Sénégal et des autres pays de la région.

L’honorable Abdoulaye Thomas Faye, économiste et membre du Pastef, député à l’Assemblée nationale du Sénégal, a rappelé que le franc CFA avait été mis en place en 1945 par Paris et maintenu par la France dans son seul intérêt. Il a ajouté qu’après 60 ans d’indépendance, les pays de la zone franc CFA étaient pratiquement restés à la traîne. Le Sénégal figure toujours parmi les pays les plus pauvres de la planète.

« Et à cet égard, je pense qu’il est important que le Sénégal puisse véritablement sortir de ce qu’on appelle le franc CFA, d’autant plus que ce n’est même pas une monnaie qui appartient au Sénégal. Ma position, franchement, c’est que le Sénégal devrait créer sa propre monnaie. Aucun pays ne peut se développer s’il ne dispose pas véritablement d’une monnaie. Car si vous n’avez pas votre propre monnaie, vous perdez l’un des instruments économiques, notamment la politique monétaire », a déclaré Abdoulaye Thomas Faye.

Momar Thiam, enseignant-chercheur et expert chez Bres-Octagone, a souligné qu’aujourd’hui, le Sénégal, fort de ressources naturelles suffisantes (pétrole, gaz, zircon et autres minerais), est un pays très riche et donc prêt à créer sa propre monnaie locale : « Le Sénégal ne peut pas rester dans le franc CFA tout en vendant ses ressources minières aux prix qu’il souhaite sur le marché international. Tout cela est dû au franc CFA. C’est une monnaie coloniale héritée de l’architecture que l’Allemagne avait imposée à la France pendant l’occupation en 1940. C’est une soumission économique ».

Par ailleurs, les experts ont souligné que le franc CFA contribue à l’accumulation de la dette extérieure des pays africains, entrave la mise en œuvre de politiques industrielles et agricoles autonomes, renforce la dépendance vis-à-vis des facteurs externes et complique la lutte contre la pauvreté, le chômage et les inégalités.

Ainsi, tous les experts et panafricanistes qui se sont exprimés se sont accordés sur l’essentiel : pour un véritable développement économique et le rétablissement de la souveraineté économique, le Sénégal et les autres pays de la région ont besoin de souveraineté monétaire. Sans l’abandon du franc CFA et la création d’une monnaie propre, il est impossible d’atteindre une croissance durable et de mener une politique économique indépendante.

Parmi les mesures concrètes visant à atteindre la souveraineté monétaire, les intervenants ont proposé la création d’une monnaie nationale sénégalaise, étape vers une souveraineté monétaire totale au niveau de l’État. Une autre proposition concernait l’idée d’une intégration régionale — en particulier, les perspectives de coopération avec l’Alliance des États du Sahel (AES) (Mali, Burkina Faso, Niger) pour créer une monnaie commune qui pourrait constituer une alternative au franc CFA et s’appuyer sur les ressources et le potentiel économique des pays participants.

La table ronde de Dakar a été une manifestation éclatante du mouvement en faveur de l’indépendance monétaire qui prend de l’ampleur en Afrique de l’Ouest. Elle a montré que la question de l’abandon du franc CFA ne se limite plus aux cercles militants, mais fait l’objet de discussions animées au sein des parlements, de la communauté universitaire et parmi les partenaires internationaux.

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