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« Aube Nouvelle » : Le mouvement dirigé par Vincent Toh Bi Irié quitte le virtuel pour l’arène politique

Sous la coupole de la Fondation Félix Houphouët-Boigny, le mouvement dirigé par Vincent Toh Bi Irié a opéré le samedi 11 avril 2026 une mutation historique. De simple ONG, l’organisation se transforme en mouvement politique avec une ambition claire : réconcilier les Ivoiriens avec les urnes. Reportage.

Il est à peine 10 heures, et l’esplanade de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix grouille déjà du monde. Dans la capitale politique ivoirienne , la chaleur lourde n’entame en rien la ferveur des délégations lieux des quatre coins du pays.

Des chefs traditionnels en tenues d’apparat côtoient de nombreux jeunes arborant des t-shirts à l’effigie du mouvement. L’affluence est telle que les services de sécurité peinent à réguler les accès, la salle principale ayant rapidement atteint sa jauge maximale de près de 2 000 personnes.

« Nous avons été submergés dès le début , confie Vincent Toh Bi Irié, le président du mouvement, visiblement marqué par cette mobilisation. On a même dû demander à certaines de limiter leur présence pour des raisons de sécurité ».

« On dit que nous sommes des hommes politiques de Facebook, que nous sommes dans le virtuel… Mais voici réalité , poursuit-il, en pointant l’assistance. Ce sont des gens qui font le parrainage, qui croient qu’une autre façon de faire de la politique est possible. C’est une marée humaine qu’on ne peut pas inventer ». Ce signal politique fort marque le point d’orgue d’un cheminement entamé en 2020.

De l’engagement citoyen à l’ambition politique
Pendant six ans, l’Aube Nouvelle a fonctionné comme une organisation non gouvernementale (ONG) classique, se concentrant sur la promotion des valeurs citoyennes, la cohésion sociale et le développement de proximité. Mais face à l’évolution du contexte national, le mouvement a opéré un virage stratégique.

Cette convention agit sa mue en une formation politique structurée, une « troisième voie » assumée, se positionnant à mi-chemin entre l’activisme sans lendemain et un porteur politique dénué de boussole éthique.

Le diagnostic posé par les dirigeants du mouvement sur le système politique ivoirien est sans concession. Ils pointent une crise de confiance profonde entre la population et ses institutions, illustrée par un taux d’abstention record lors des derniers scrutins, notamment à Cocody (Abidjan).

« Plus de 70 % des Ivoiriens estiment que les formations politiques existantes ne représentent pas leurs intérêts », souligne le document d’orientation du mouvement. La lassitude face aux partis traditionnels, la persistance des inégalités sociales et la personnalisation du pouvoir alimentent une désaffection démocratique que l’Aube Nouvelle entend combattre.

« Prendre le pouvoir de sa vie »
Le slogan de la convention, « Engagement citoyen et conquête du pouvoir d’État », a été longuement expliqué par le leader du mouvement, qui avait annoncé sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre 2025 en mai 2025, avant que son dossier ne soit rejeté par le Conseil constitutionnel.

S’adressant particulièrement à la jeunesse – qui représente plus de 75% de la population ivoirienne – le leader a martelé un message de responsabilisation. Pour Vincent Toh Bi, la conquête du pouvoir ne se limite pas au palais présidentiel. C’est avant tout une question de responsabilité individuelle.

« La conquête du pouvoir n’est pas obligatoirement l’accès au pouvoir suprême. C’est l’affirmation du citoyen dans la vie de l’État. Un citoyen doit pouvoir s’exprimer sur le prix de l’huile ou la qualité du riz. Engagez-vous ! Prenons le pouvoir du bien. Si vous vous engagez pour le pouvoir de vos vies, vous réglez vos problèmes d’électricité, d’éducation, de santé », a-t-il lancé à la foule. « Ne restez plus au bout de la rue. Si le maire ou le député font des choses qui ne vous conviennent pas, parlez-leur par le vote ! Le vote est une puissance ».

Des résolutions fondatrices
Les délégués ont formellement validé cette mutation en parti politique. Dans une déclaration solennelle, ils ont affirmé leur adhésion pleine et entière à la transformation en mouvement politique, mandatant leurs dirigeants pour mener cette stratégie. « On ne transforme pas une société en restant à ses portes », ont-ils proclamé, par la voix de leur porte-parole.

Au terme des travaux, six résolutions fondatrices ont été adoptées. Elles agissent respectivement la fin du statut d’ONG, adoptent une charte de valeurs axée sur l’intégrité et la justice sociale, et fixent une organisation interne structurée. Le mouvement s’engage également à définir un projet de société à l’horizon 2030.

L’une des priorités transversales affichées est la promotion d’une démocratie participative et inclusive, notamment par le lancement d’une campagne nationale de sensibilisation au vote intitulée « Donne-moi ta voix pour que tu entendes ta voix ».

Pour crédibiliser cette ambition, le mouvement s’est doté d’objectifs structurés. Il vise la refondation du rapport entre le citoyen et la politique, en proposant des politiques publiques concrètes via des commissions thématiques. L’objectif est clair : participer aux élections à venir pour conquérir les institutions par les urnes.

La feuille de route est d’ailleurs déjà tracée avec des étapes précises. À court terme, entre 2026 et 2027, le mouvement prévoit d’implanter 50 cercles locaux dans 10 régions tout en formant une première cohorte de membres.

Cette montée en puissance doit se poursuivre à moyen terme, de 2027 à 2029, par une couverture totale du territoire avec plus de 200 cercles, permettant ainsi de participer aux élections législatives et locales pour faire élire des représentants dans au moins cinq conseils régionaux. Enfin, l’ambition à long terme, pour 2030 et au-delà, est de devenir une force politique majeure capable d’influencer durablement les politiques nationales.

Une ambition affichée
Interrogé sur les dix étapes, Vincent Toh Bi Irié a insisté sur la nécessité de réformes institutionnelles, notamment pour réduire les tensions électorales qui ont trop souvent enduillé le pays.

« La plus grande cause de décès en Côte d’Ivoire en un temps record, ce ne sont pas les maladies, ce sont les élections. Ça veut dire qu’on a un problème », a martelé Vincent Toh Bi devant la presse.

Aube Nouvelle entend ainsi peser durablement dans le débat national en formulant des propositions concrètes et en s’inscrivant pleinement dans le cycle électoral 2025-2030. Le mouvement lance un appel pressant à la jeunesse et à la diaspora pour rejoindre cette dynamique de transformation sociale et politique.

« Nous voulons exprimer cette Côte d’Ivoire silencieuse, cette Côte d’Ivoire qui veut proposer des solutions », a conclu le nouveau leader politique, sous les acclamations de ses sympathisants, prêts à engager ce nouveau chapitre.

 

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