La justice française a rendu lundi 13 avril son jugement à l’encontre du cimentier Lafarge et de huit anciens responsables du groupe. Ils sont reconnus coupables de financement du terrorisme pour avoir payé des groupes jihadistes en 2013 et 2014, afin que ces derniers laissent tourner l’usine cimentière en pleine guerre en Syrie. L’ancien PDG Bruno Lafont a été condamné à six ans de prison avec incarcération immédiate.
Le tribunal a par ailleurs condamné sept autres anciens responsables du cimentier à des peines allant de 18 mois à sept ans de prison. Il a aussi prononcé l’incarcération immédiate de l’ex-directeur général adjoint Christian Herrault, condamné à cinq ans d’emprisonnement.
Le cimentier Lafarge a été par ailleurs été condamné à payer l’amende maximale de 1,125 million d’euros pour financement du terrorisme. Le tribunal correctionnel a par ailleurs condamné la société à payer une amende douanière de 4,57 millions d’euros solidairement avec quatre anciens responsables du groupe pour le non-respect des sanctions financières internationales, autre infraction au cœur de l’affaire.
« On avait le choix entre deux mauvaises solutions »
Durant l’âpre procès en novembre-décembre, la défense a cherché à casser le narratif selon lequel la cimenterie de Jalabiya, investissement flambant neuf de 680 millions d’euros, a été maintenue en activité pour des raisons purement financières, au détriment de la sécurité de son millier de salariés.
« On peut se laver les mains et partir, mais que seraient devenus les salariés de l’usine si nous étions partis ?, a soutenu en interrogatoire Christian Herrault, ancien directeur général adjoint de Lafarge. On avait le choix entre deux mauvaises solutions, la pire et la moins pire. »
Décortiquant échanges de mails, comptes rendus de réunions et relevés bancaires, le tribunal s’est plongé de longues semaines durant dans l’engrenage des paiements de Lafarge, via son intermédiaire syrien Firas Tlass, aux groupes État islamique (EI) et Jabhat al-Nosra.
Pour le Parquet national antiterroriste (Pnat), les versements aux entités classées comme « terroristes » ont atteint un montant minimal de près de 4,7 millions d’euros. Ce dernier a alors demandé des peines allant jusqu’à huit ans de prison pour les personnes physiques et l’amende maximale contre la société Lafarge.



