Le président burundais Évariste Ndayishimiye a officiellement été désigné candidat de son parti, le Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD), pour l’élection présidentielle prévue en 2027. L’annonce a été faite dimanche 26 avril via un message du parti sur le réseau X, sans toutefois préciser la date exacte du scrutin. Ndayishimiye, âgé de 57 ans, briguera ainsi un second mandat de sept ans, après avoir accédé à la présidence en juin 2020, dans des circonstances exceptionnelles consécutives au décès soudain de son prédécesseur, Pierre Nkurunziza.
Depuis la fin de la guerre civile en 2005, le CNDD-FDD exerce une mainmise quasi totale sur la vie politique du pays. L’opposition, souvent réduite au silence ou contrainte à l’exil, peine à constituer une menace crédible. Le dernier scrutin présidentiel, en mai 2020, avait vu Ndayishimiye l’emporter avec près de 69 % des voix face au principal opposant Agathon Rwasa (24 %). Un score confortable, mais qui cachait un climat de répression et d’intimidations bien documenté par les organisations internationales. Ndayishimiye, général de formation et ancien chef d’état-major adjoint, a longtemps été un pilier du régime Nkurunziza. Il a occupé les postes de ministre de l’Intérieur, de chef de cabinet militaire puis civil à la présidence, avant de devenir secrétaire général du CNDD-FDD en 2016. Contrairement à son prédécesseur, connu pour sa rhétorique anti-occidentale, Ndayishimiye a cultivé une image plus modérée, du moins en apparence. Il a également été élu en février 2026 à la présidence tournante de l’Union africaine, un poste qu’il occupe pour un an – ce qui lui confère une légitimité diplomatique non négligeable.
Le successeur de Nkurunziza rebelote
Le parcours d’Évariste Ndayishimiye demeure indissociable de la guerre civile burundaise (1993-2005). Né en 1968 à Giheta, dans la province de Gitega, il était étudiant à l’université du Burundi en 1995 lorsqu’il échappa de justesse aux violences ethniques visant les Hutus. Il rejoignit alors les maquis des Forces de défense de la démocratie (FDD), la branche armée du parti actuellement au pouvoir. Pendant une décennie, il gravit tous les échelons militaires dans la forêt de la Kibira et l’est du Congo, jusqu’à la signature des accords de paix d’Arusha. Après la démobilisation, sa carrière politique prit son essor. Ministre de l’Intérieur (2006-2007), puis chef de cabinet militaire et civil du président Nkurunziza, il devint en 2016 le numéro deux du CNDD-FDD, succédant à Pascal Nyabenda. Il était alors considéré comme l’un des hommes les plus influents du pays, mais aussi comme un partisan discret, évitant les déclarations fracassantes.
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Sa désignation comme candidat à la présidentielle de 2020 intervint lors d’un congrès du parti en janvier de cette année-là. Il y prononça un discours à tonalité chrétienne évangélique, affirmant avoir reçu des « signes divins » pour ce destin. La campagne électorale fut marquée par des violences et une répression accrue de l’opposition, conduisant à sa victoire sans surprise. Mais le destin en décida autrement : Pierre Nkurunziza mourut subitement le 8 juin 2020, probablement du Covid-19 – que le pouvoir avait longtemps minimisé. Une crise de succession s’ouvrit. L’opposition réclama la présidence intérimaire du chef de l’Assemblée nationale, Pascal Nyabenda. Mais la Cour constitutionnelle, saisie par le gouvernement, ordonna l’investiture anticipée du président élu. Ndayishimiye prit ses fonctions le 18 juin 2020, devenant le premier président burundais à succéder à un président élu depuis l’indépendance.
Un second mandat sous le signe de la continuité et des critiques internationales
Depuis son accession au pouvoir, Ndayishimiye a promis de maintenir la « continuité » avec l’ère Nkurunziza, tout en tentant d’améliorer les relations avec les bailleurs de fonds internationaux. Sur le plan intérieur, son bilan reste ambivalent. Il a mené une politique de santé publique plus active face au Covid-19, subventionnant le savon et l’eau, et testant systématiquement les foyers de contamination. Mais il n’a pas assoupli le contrôle sur les libertés fondamentales. Amnesty International dénonce régulièrement des actes d’intimidation, d’arrestations arbitraires et de harcèlement contre les journalistes et les activistes. La question des droits LGBT illustre la dureté du régime. L’homosexualité est passible de prison ferme depuis 2009. En mars 2023, vingt-quatre personnes furent accusées de « pratiques homosexuelles », plusieurs condamnées à deux ans de prison. Ndayishimiye a tenu des propos virulents, allant jusqu’à suggérer de « lapider » les homosexuels dans un stade et de les « traiter en parias ». Ces déclarations, largement condamnées par les capitales occidentales, n’ont eu aucun effet sur sa popularité au sein de l’appareil sécuritaire et du parti.
Sur le plan diplomatique, Ndayishimiye a cherché à sortir l’image de paria qu’avait laissée Nkurunziza. Son élection à la tête de l’Union africaine en février 2026 constitue une reconnaissance symbolique, même si l’institution panafricaine est régulièrement critiquée pour sa complaisance envers les régimes autoritaires. Reste à savoir si ce second mandat potentiel sera l’occasion d’une véritable ouverture ou d’un verrouillage accru. La désignation de Ndayishimiye comme candidat du CNDD-FDD ne laisse guère de place au suspense. L’élection de 2027, prévue normalement dans un an, se jouera sur fond de faible participation et d’opposition muselée. Le principal défi pour le président sortant sera de gérer les tensions latentes au sein de l’armée et du parti, ainsi que les pressions économiques – le Burundi reste l’un des pays les plus pauvres du monde, dépendant de l’aide extérieure. Le général-président semble bien parti pour un bail de sept ans supplémentaires. Les Burundais, eux, retiennent leur souffle.



