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Mali: L’Imam Mahmoud Dicko et Fakaba Sissoko ont lancé une « conférence nationale »

Suite attaques coordonnées au Mali, Dr Etienne Fakaba Sissoko et l’Imam Mahmoud Dicko appellent à une conférence nationale sur le modèle du Bénin 1990. Des acteurs de l’opposition malienne (bien que brimée) réclame une transition civile et un dialogue national à l’image de « La Conférence des forces vives de la Nation », tenue à Cotonou du 19 au 28 février 1990 à l’hôtel PLM Alédjo, reste gravée dans les mémoires comme l’acte fondateur de la démocratie béninoise contemporaine.

En quelques jours, sous la présidence médiatrice de Monseigneur Isidore de Souza, 521 délégués représentant partis politiques clandestins, syndicats, associations, dignitaires religieux et même l’armée, ont mis fin au régime militaro-marxiste du général Mathieu Kérékou. La conférence, convoquée comme un simple organe consultatif, s’est auto-proclamée souveraine, une audace qui lui a permis d’imposer ses décisions au pouvoir en place. Les résultats ne se sont pas fait attendre. Abandon du marxisme-léninisme, instauration d’un multipartisme intégral, mise en place d’un gouvernement de transition piloté par Nicéphore Soglo, et rédaction d’une nouvelle Constitution adoptée par référendum en décembre 1990. Ce modèle, souvent qualifié de « conférence nationale souveraine », a essaimé dans plusieurs pays africains francophones Congo, Gabon, Togo comme une voie pacifique de sortie de crises autoritaires. C’est précisément cette référence historique que la Coalition des Forces pour la République (CFR) vient de convoquer, dans un communiqué publié dimanche 26 avril 2026, au lendemain des attaques coordonnées qui ont secoué Bamako, Kati, Sévaré, Mopti, Gao et Kidal. Pour l’opposition malienne, le moment est venu de s’inspirer de l’exemple béninois pour sortir d’une impasse sécuritaire et politique que la junte du colonel Assimi Goïta n’a cessé d’aggraver.

Un constat d’échec sécuritaire et une mise en cause directe de la junte
Le communiqué de la CFR, signé par son porte-parole Étienne Fakaba Sissoko, ne mâche pas ses mots. « Le Mali vient de subir une nouvelle démonstration de l’échec sécuritaire du régime militaire », écrit la coalition, en référence aux attaques du 25 avril. Elle dénonce ce qu’elle appelle la propagande des autorités : « La junte affirme avoir repris le contrôle du pays. Elle a fait de Kidal le symbole de sa victoire. Elle a présenté Kati, Bamako et les grandes garnisons comme les preuves de sa puissance. Aujourd’hui, ces symboles sont frappés. » La CFR pointe du doigt plusieurs contradictions dans le discours officiel. D’un côté, le gouvernement clame la pacification du territoire. De l’autre, la capitale est visée, la ville-garnison de Kati attaquée, et des combats font rage à Gao, Mopti ou Sévaré. « Ce 25 avril est un avertissement national. Il révèle ce que la propagande tente de cacher depuis trop longtemps : le pays n’est pas sécurisé. Il est exposé. L’État n’est pas restauré. Il est débordé. La guerre n’est pas gagnée. Elle s’étend, elle s’aggrave, elle consume la Nation. »

Le Mali vient de subir une nouvelle démonstration de l’échec sécuritaire du régime militaire
La coalition prend soin de distinguer la junte de l’armée nationale. « Notre critique vise le régime militaire, son incapacité, son arrogance et ses choix politiques désastreux. Elle ne vise pas les soldats maliens. Ces soldats sont, eux aussi, victimes d’une stratégie sans cap, d’un commandement politisé et d’un pouvoir qui les expose tout en confisquant la vérité sur leurs souffrances. » Une manière de ne pas couper le lien avec les forces armées, tout en exigeant un changement de direction politique. La CFR condamne par ailleurs toutes les attaques contre les civils et appelle à la retenue. Elle présente ses condoléances aux familles endeuillées, aux blessés, aux déplacés, ainsi qu’aux soldats maliens tombés sur les différents fronts. Mais elle insiste : « Dans cette tragédie, une vérité doit être dite : le sang qui coule est d’abord malien. Le soldat qui tombe est malien. Le civil tué dans sa maison ou sur la route est malien. » Une formule qui résume l’ampleur d’une crise où le pays s’autodéchire.

La demande de transition civile et l’appel au dialogue national
Sur le fond, les revendications de la CFR sont sans ambiguïté. La coalition demande la démission de la junte militaire et l’ouverture immédiate d’une transition civile, « républicaine et inclusive ». Cette transition devra avoir un mandat clair : faire taire les armes, protéger les populations, restaurer les libertés publiques, rétablir l’autorité légitime de l’État, refonder l’armée dans un cadre républicain et préparer le retour à l’ordre constitutionnel. La référence béninoise de 1990 n’est pas un hasard. La CFR appelle à la tenue d’une conférence nationale souveraine sur le modèle de Cotonou, où l’ensemble des forces vives, partis politiques, société civile, syndicats, leaders religieux et coutumiers, pourraient débattre des modalités de sortie de crise. Une idée que défend également un autre poids lourd de la scène religieuse et politique malienne, l’imam Mahmoud Dicko, dont la proximité avec la coalition est régulièrement évoquée. La CFR interpelle également les groupes armés engagés dans les affrontements, JNIM, FLA, pour qu’ils cessent les hostilités, épargnent les civils et ouvrent des voies de discussion. « Aucun groupe armé ne peut imposer l’avenir du Mali par la force. Aucun régime ne peut sauver le Mali par le mensonge. Aucune victoire militaire proclamée à la télévision ne peut remplacer une paix réelle sur le terrain », écrit la coalition. Enfin, la CFR lance un appel aux populations pour éviter toute dérive communautaire.

« Aucune communauté ne doit être tenue collectivement responsable des attaques en cours. Aucun Malien ne doit être menacé en raison de son origine, de sa région, de sa langue, de sa religion ou de son appartenance communautaire. Le pays ne doit pas basculer dans la vengeance, la stigmatisation, la chasse à l’homme ou les règlements de comptes. »
Un message de retenue qui contraste avec la tension ambiante. La sortie de la CFR intervient à un moment où les autorités maliennes peinent à rassurer. Le président Assimi Goïta, exfiltré in extremis de sa résidence de Kati, n’a toujours pas pris la parole. Ni les médias officiels, ni le ministre de l’Administration territoriale n’ont pour l’heure réagi aux demandes de la coalition. Mais l’écho du communiqué a déjà dépassé les frontières nationales, et nombre d’observateurs se demandent si la junte, affaiblie par les attaques du 25 avril, pourra résister à la pression d’un front uni de l’opposition et de la société civile réclamant une transition. Dans un pays où la conférence nationale béninoise reste une référence lointaine mais puissante, l’idée fait son chemin. Des acteurs politiques maliens sauront en faire une réalité, ou si le pays s’enfonce un peu plus dans la guerre civile.

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