Depuis quelques jours, une image du capitaine Ibrahim Traoré, président de la transition au Burkina Faso, affole les réseaux sociaux. On y voit le chef d’État portant un béret rouge surchargé d’équipements électroniques et même d’une arme miniature. Miracle technologique ou montage grossier ? AbidjanTV.net a mené l’enquête.
Une publication devenue virale affirme que le capitaine Traoré porterait un nouveau dispositif de fabrication russe fixé à son couvre-chef. Selon les auteurs de ces posts, cet appareil disposerait d’une « reconnaissance faciale très avancée » capable de « connaître les intentions » des interlocuteurs, de détecter des « drones nucléaires » ou de communiquer en temps réel avec ses proches collaborateurs. L’image de soutien montre effectivement plusieurs capteurs, des diodes lumineuses et ce qui ressemble à une crosse de pistolet dépassant directement du tissu du béret.
Les preuves d’un montage numérique
En réalité, cette image est une manipulation visuelle flagrante. La photo authentique a été identifiée grâce à une recherche inversée : elle a été prise par l’agence Reuters le 29 juillet 2023, lors du sommet Russie-Afrique à Saint-Pétersbourg. Sur le cliché original, le capitaine Ibrahim Traoré porte son béret rouge habituel, lequel est totalement dépourvu de gadgets électroniques ou d’accessoires.
Le montage lui-même présente de nombreuses incohérences physiques. L’arme miniature ajoutée à l’arrière du béret défie les lois de la gravité, tandis que les câbles reliant les diodes à l’oreillette présentent des traces de détourage numérique typiques des logiciels de retouche.
Enfin, sur le plan technique, la description des capacités de l’objet relève du fantasme pur, aucun boîtier de cette taille ne pouvant techniquement “lire les intentions” d’un individu.
Une manipulation qui voyage
L’enquête sur les relais de cette fausse information montre une stratégie de diffusion qui dépasse largement les frontières du Burkina Faso pour toucher l’ensemble du continent.
Sur Facebook et Threads, la photo a été massivement partagée par des pages influentes en Afrique de l’Est, notamment au Burundi, avec des légendes rédigées en Kirundi.
Cette viralité s’étend également à YouTube et TikTok via des formats courts où des chaînes diffusent des titres accrocheurs en Kinyarwanda (une langue rwandaise) ou en anglais pour attirer les clics.
On retrouve également des traces de ce post sur des comptes nigérians ou basés aux Émirats arabes unis, prouvant que la diaspora et les réseaux panafricanistes servent de caisse de résonance à cette infox.
Pourquoi cette photo circule-t-elle ?
Cette manipulation s’inscrit dans un contexte de guerre informationnelle intense au Sahel. Elle vise à construire une image de “super-soldat” technologiquement protégé par l’allié russe, afin d’impressionner l’opinion publique et de dissuader d’éventuels opposants, comme le suggère d’ailleurs la fin du texte accompagnant l’image : “celui qui tentera laissera sa peau”.
Le verdict ? C’est faux. L’image a été modifiée numériquement pour y ajouter des composants technologiques inexistants. Le capitaine Ibrahim Traoré ne dispose pas d’un béret capable de lire dans les pensées ou de détecter des menaces nucléaires. Il s’agit d’une opération de désinformation classique utilisant le détournement d’image pour alimenter un récit héroïque.




