05022026Headline:

Ultimatum de Tel-Aviv à Beyrouth : Deux semaines pour un accord, sous la pression de Téhéran


Il est impossible, aujourd’hui, de dissocier l’escalade sur la ligne bleue de ce qui se joue à Téhéran. Les spéculations sur une reprise de la guerre en Iran ressurgissent périodiquement, et chaque oscillation du rapport de force entre Washington et la République islamique trouve un écho immédiat au Liban. D’un côté, Beyrouth répète son exigence d’un cessez-le-feu préalable et consolidé comme condition à toute négociation directe avec Israël. De l’autre, Tel-Aviv répond par une intensification des avis d’évacuation et un élargissement du champ des opérations.

Le Hezbollah, lui aussi, poursuit ses actions qu’il veut qualitatives, la dernière visant la localité de Shomera, où douze soldats israéliens ont été touchés, provoquant un réel embarras au sein de l’état-major israélien. Selon nos informations, l’Iran se prépare au pire scénario. Les responsables iraniens refusent l’idée de subir une frappe avant de se rendre à la table des négociations ; ils privilégient une logique de riposte élargie, avec activation de plusieurs fronts contre les intérêts américains afin de bouleverser les calculs de Donald Trump, le pousser à renoncer à l’option militaire, ou au contraire l’entraîner dans une guerre d’usure. Ces développements ne manquent pas de se répercuter sur la scène libanaise, elle-même engagée dans une escalade progressive sous pression américaine continue.

L’ultimatum israélien : 15 jours avant l’invasion ?
Ces pressions ont fait éclater la crise sur le plan interne à Beyrouth. Le président du Parlement, Nabih Berry, a reçu mercredi soir un appel du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. Ce dernier lui a affirmé que l’Iran ne se désengagerait pas du dossier libanais et continuerait à exiger son inclusion dans un éventuel accord négocié par canal pakistanais. Téhéran fait pression sur les Américains pour contraindre Israël à cesser complètement le feu au Liban. La même démarche est poursuivie par l’État libanais auprès de Washington. Tous ces dossiers ont été abordés lors de deux entretiens téléphoniques mercredi entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu. Le président américain a insisté sur la nécessité de réduire l’escalade contre le Hezbollah. Le Premier ministre israélien a exposé sa position : un tel apaisement n’est pas soutenable, car l’armée israélienne subit des coups significatifs. Il a ainsi demandé à Trump d’accorder au Liban un délai de deux semaines pour parvenir à un accord. Faute de quoi, Netanyahu entend reprendre et élargir les opérations militaires, y compris une invasion terrestre d’environ quinze kilomètres et la prise de contrôle de la zone au sud du Litani. Mais ce terme est à éviter, disons plutôt la finalité recherchée, est de faire pression sur l’État libanais pour le contraindre à agir contre le Hezbollah.

Les Américains proposent un retour à une logique de « pas contre pas » : retrait des armes du Hezbollah d’une zone donnée en échange d’un retrait israélien d’un territoire occupé correspondant.
Parallèlement, Beyrouth poursuit ses contacts avec les responsables américains pour les pousser à imposer un cessez-le-feu total à Israël. Mais les conditions israéliennes demeurent particulièrement dures. Tel-Aviv insiste pour conserver et occuper la zone dite de la « ligne jaune » et n’envisage pas de retrait sans garanties sur le démantèlement complet de la milice chiite et la confiscation de son arsenal, même si cela devait prendre plusieurs mois. Même dans l’hypothèse d’un accord négocié, Israël entend poursuivre ses frappes contre le Hezbollah et maintenir son occupation du sud du Liban jusqu’à la destruction de sa structure militaire. Le Liban exige de son côté un arrêt total des opérations. Les Américains proposent un retour à une logique de « pas contre pas » : retrait des armes du Hezbollah d’une zone donnée en échange d’un retrait israélien d’un territoire occupé correspondant. Parmi les autres conditions israéliennes figure la mise en place d’un mécanisme sécuritaire conjoint pour la gestion du Sud. Certaines propositions régionales, notamment égyptiennes, suggèrent de s’inspirer du modèle du Sinaï. Mais les ambitions de Tel-Aviv vont bien au-delà : ouverture d’un bureau de représentation à Beyrouth, centre de coordination sécuritaire dans le Sud pour superviser le désarmement, et à terme un accord de paix incluant l’échange d’ambassadeurs – condition préalable, du point de vue israélien, à un retrait complet des territoires occupés. Le compte à rebours est lancé. Du Hezbollah ou de l’État libanais, parviendra-t-on à infléchir la position américaine d’ici la fin de ces deux semaines ?

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