Au Mali, l’heure est aux préparatifs des combats dans la région de Kidal. Les jihadistes du Jnim et les indépendantistes du FLA ont repris le 25 avril le contrôle de la ville. L’armée malienne et ses partenaires russes de l’Africa Corps se sont aussi retirés la semaine dernière de Tessalit, mais ils demeurent présents dans les autres camps de la région et, des deux côtés, les déclarations sont hostiles et suggèrent l’imminence de nouveaux affrontements. Dans le même temps, les jihadistes durcissent le blocus imposé sur Bamako depuis le 30 avril. Les attaques du Jnim se multiplient, les opérations de l’armée aussi.
« Les combats vont reprendre bientôt », promet un cadre militaire du Front de libération Azawad (FLA) en poste à Kidal. Quant à l’armée malienne, elle mène dans la région « une stratégie de la guerre », selon les déclarations le 6 avril 2026, lors d’un point presse d’un porte-parole de l’état-major.
Après avoir perdu le contrôle de la ville de Kidal le 25 avril, à la suite de leur défaite militaire face aux jihadistes du Jnim et aux indépendantistes du FLA, l’armée malienne et ses partenaires russes de l’Africa Corps avaient déserté sans combattre le camp de Tessalit le 1er mai. Les groupes armés y voyaient les prémices d’un départ de toute la région. Un peu trop vite. Si un convoi militaire a également quitté le camp d’Aguelhoc lundi, des troupes y sont toujours bien présentes, ainsi qu’à Anefis, où l’Africa Corps a « livré des munitions et de la nourriture » mardi, par hélicoptère. L’armée évoque une « réarticulation » de son dispositif dans la région de Kidal et « un repositionnement des unités », « pour reconquérir » les positions perdues.
L’état-major indique également avoir réinvesti le camp de Labezzanga, dans la région de Gao, dont l’État islamique au Sahel – EIS, groupe jihadiste rival du Jnim – avait brièvement pris le contrôle, et avoir mené en début de semaine des frappes aériennes dans les zones de Sévaré, Dioura et Ménaka.
Plusieurs dizaines de camions incendiés
À Bamako, le blocus instauré par le Jnim se durcit. Plusieurs dizaines de camions de marchandises ont été incendiés mercredi sur les axes reliant la capitale à la Guinée, au Sénégal, à la Mauritanie et à la Côte d’ivoire, précisément dans les zones de Gogui, Diema, Kenioroba et Bougouni.
Des vidéos de camions en flamme ont été diffusées par les jihadistes, qui entravent également la circulation des autocars et des véhicules particuliers sur de nombreuses routes menant à la capitale.
« Les véhicules qui ont essayé de passer ont été brûlés »
« La famille devait venir mercredi à Bamako pour des funérailles, déplore un natif de Kangaba, à environ 80 kilomètres de la capitale, mais ils sont restés bloqués, personne n’a pu venir. Le matin de bonne heure, ils ont été réveillés par des coups de feu, des grandes détonations, des tirs de kalachnikov de partout ! Les voitures rebroussaient chemin, tous les véhicules qui ont essayé de passer quand même ont été arrêtés et brûlés ».
« Dans le village, raconte encore cette source, tout le monde est resté enfermé dans sa maison. Les gens ne sont pas allés travailler aux champs, les enfants ne sont pas allés à l’école. C’est aussi ce qui s’est passé dans les villages voisins, sur cette partie de la RN5. À Kenioroba, il y a plus d’une dizaine, peut-être une quinzaine, de véhicules qui ont été entièrement brûlés. De 6h du matin jusqu’à 14h, les jihadistes ont bloqué le coin, puis ils sont repartis. Après leur départ, des militaires sont arrivés. Une ambulance devait aussi quitter Kangaba pour se rendre à Bamako avec des malades. Mais à l’heure où je vous parle, ils n’ont pas pu faire le déplacement. On attend que la situation se calme. »
Le Jnim a également mené des attaques mercredi dans plusieurs localités des régions de Mopti et de Bandiagara contre des chasseurs traditionnels dozos, alliés des forces nationales. Des sources directes font état de plus d’une cinquantaine de morts. Lors de son point presse mercredi, le porte-parole de l’armée s’est voulu rassurant : les « groupes armés terroristes » sont, selon lui, « en déroute » et font face à « une pression constante », selon les propos rapportés par le journal d’État L’Essor.
Les voyageurs interdits de passage attendent par centaines à Kita, où l’état-major assure que des « opérations de sécurisation » sont en cours, ainsi qu’à Kayes. Des témoignages font également état de blocages jihadistes, de plus petite envergure et temporaires, dans d’autres localités.



