Yamoussoukro – Le Garde des Sceaux, Sansan Kambilé, a convoqué le lundi 11 mai 2026 l’ensemble des responsables judiciaires du pays à l’Institut national de formation judiciaire. Au menu des échanges, un seul point à l’ordre du jour : une situation jugée intolérable dans les geôles ivoiriennes. Des investigations récentes ont révélé que des personnes privées de liberté le sont sans fondement légal, parfois après avoir été relaxées, acquittées ou avoir purgé leur peine. Le ministre a été formel : cela n’a que trop duré.
Yamoussoukro réunissait une assistance complète. Premiers présidents des cours d’appel, procureurs généraux, présidents de chambres d’instruction, procureurs de la République, doyens des juges d’instruction, juges d’application des peines, greffiers en chef et délégués régionaux de l’administration pénitentiaire. Tous étaient présents pour entendre le message du ministre de la Justice.
Des acquittés et des peines purgées encore enfermés, le constat alarmant des inspections
Le point de départ de cette convocation tient dans les missions d’inspection menées en février et mars 2026. Elles ont mis au jour des cas de détention irrégulière dans plusieurs établissements pénitentiaires. Le Garde des Sceaux a voulu que chacun mesure la gravité de cette réalité. Les profils de ces détentions injustifiées sont édifiants. Il s’agit de personnes qui attendent leur jugement au-delà des délais réglementaires. D’autres demeurent incarcérées malgré une décision de relaxe ou d’acquittement. D’autres encore continuent d’être détenues alors qu’elles ont déjà purgé l’intégralité de leur peine. Autant de situations où la privation de liberté perd tout fondement légal. Sansan Kambilé n’a pas cherché à minimiser les difficultés du métier. Il a reconnu l’insuffisance d’effectifs chez les magistrats et les greffiers, le manque de salles d’audience, les contraintes budgétaires pour organiser les sessions criminelles. Sa chancellerie, a-t-il promis, travaillera sur ces questions structurelles.
Mais ces obstacles ne sauraient justifier l’injustifiable.
Le ministre a pointé du doigt des défaillances précises, déjà identifiées dans une circulaire du 22 janvier 2026 : la lenteur dans la circulation des dossiers, les retards dans la transmission des comptes rendus d’audience, le défaut d’exécution immédiate des décisions de justice, et parfois la mise en place de pratiques non conformes à la loi qui finissent par banaliser l’inacceptable. Entre le prononcé d’une décision et son exécution, il y a des actes à poser, des délais à respecter, des informations à transmettre. C’est dans ces intervalles que le système judiciaire faillit. Et lorsque la faille persiste, la liberté individuelle en paie le prix.
Sanctions disciplinaires à la clé, la mise en garde de la chancellerie
Le ton du Garde des Sceaux a été mesuré mais sans ambiguïté. Chaque cas de détention injustifiée, a-t-il dit, n’est pas une simple anomalie administrative. C’est une atteinte directe à la liberté individuelle, une mise en cause de la crédibilité de l’institution judiciaire et une responsabilité potentielle de l’État. C’est aussi et surtout une injustice faite à un usager. Dès lors que les responsabilités sont identifiables, a poursuivi le ministre, elles doivent être assumées. Toute détention injustifiée engage ceux qui en sont à l’origine, qu’il s’agisse d’un défaut de vigilance, d’un retard dans la transmission ou d’un manquement dans l’exécution. « Des sanctions disciplinaires seront prises chaque fois que cela sera nécessaire, sans préjudice des poursuites pénales prévues par les textes », a-t-il prévenu. Il a tenu à préciser que ce propos n’était pas une menace mais un rappel pressant à l’exigence de responsabilité et de redevabilité.
La liberté est le principe, la détention est l’exception. Nos concitoyens nous regardent.
Le ministre s’est montré particulièrement ferme à l’endroit des juges de l’application des peines, les exhortant à prendre la pleine mesure de leurs missions. « La liberté est le principe, la détention est l’exception. Lorsque cette exception devient la règle par la force des choses, c’est toute la justice qui est fragilisée. » Il a plaidé pour une justice à visage humain, où l’erreur de l’administration judiciaire ne fait pas retomber la faute sur le détenu. Les échanges qui ont suivi, sous la conduite du directeur de cabinet et de l’inspecteur général des services judiciaires, devaient déboucher sur des résolutions claires. Sansan Kambilé a dit attendre des effets concrets, et veiller personnellement à leur application. « Nos concitoyens nous regardent », a-t-il conclu. La question des détentions injustifiées, a-t-il martelé, n’a que trop duré.



