À quelques jours d’intervalle, deux mouvements de fond ont agité le football ouest-africain et central. D’un côté, le Sénégal a confirmé son ambition de déposer un dossier pour l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations 2032, quarante ans après l’édition de 1992.
De l’autre, la République démocratique du Congo s’achemine vers une présidence de sa fédération sans adversaire, la candidature unique de Véron Mosengo ayant été validée par la commission électorale.
Une ambition sénégalaise portée par la dynamique des Lions
Après le sacre de 2022 au Cameroun et une présence régulière en Coupe du monde, l’État veut désormais passer du rôle de compétiteur à celui d’hôte. La ministre des Sports, Khady Diène Gaye, a multiplié les prises de parole en l’espace de deux jours pour officialiser cette orientation. Devant les députés d’abord, elle a indiqué que « le Sénégal prépare son dossier de candidature pour pouvoir abriter la Coupe d’Afrique des nations de football en 2032 ». Le lendemain, lors d’une réunion avec ses collaborateurs, elle a remis l’ouvrage sur le métier en soulignant la stratégie nationale autour des grands rendez-vous sportifs : Jeux olympiques de la jeunesse dès cette année, jeux de la francophonie dans un avenir proche, et donc la CAN 2032. Cette volonté affichée repose sur un contexte favorable. L’équipe nationale, les Lions de la Teranga, bénéficie d’une crédibilité continentale rare. Mais la route est longue. Pour accueillir une CAN à 24 équipes, le pays doit disposer d’au moins six stades aux normes internationales. À ce jour, un seul remplit ces critères : le stade de Diamniadio. L’offre hôtelière, elle aussi, reste en deçà des exigences. Un vaste chantier d’infrastructures attend donc le Sénégal, qui devra convaincre la Confédération africaine de football (CAF) de sa capacité à mener ces travaux dans les délais. La procédure n’a pas encore été officiellement lancée par la CAF, mais celle-ci aurait informé ses associations membres de son intention d’ouvrir des appels à candidatures pour les éditions 2028, 2032 et 2036. La concurrence s’annonce serrée : l’Égypte, qui a organisé la CAN 2019, a déjà exprimé son intérêt, tandis que d’autres projets émergent, comme celui de l’Éthiopie ou une candidature conjointe entre l’Afrique du Sud, le Botswana et la Namibie.
En RDC, une élection présidentielle sans suspense
Pendant que Dakar prépare son offensive diplomatique, Kinshasa connaît une tout autre actualité footballistique. La Fédération congolaise de football (Fecofa) doit élire son nouveau président le 20 mai 2026. Or, le processus a accouché d’une configuration inattendue : une candidature unique. La commission électorale mise en place a publié la liste définitive des postulants, après avoir examiné les recours de cinq candidats écartés en première instance, Aziz Makukula, Jean-Claude Mukanya, Kevin Issa, Patrice Manguenda et Jean-Max Mayaka. Leur demande de réintégration a été jugée « recevable mais non fondée ». Par ailleurs, trois autres prétendants, Bosco Mwehu, Shabani Nonda et Jean-Didier Massamba, ont officialisé leur désistement. Dans ces conditions, la seule liste en course est celle conduite par Véron Mosengo, ancien secrétaire général de la CAF. L’homme, qui fut l’artisan de la normalisation de la fédération congolaise, se retrouve donc en position de reprendre les rênes sans opposition. Interrogé sur cette issue, il a livré une déclaration empreinte de solennité : « Je suis passionné de football, je suis Congolais. Je le suis par mon histoire, par mon parcours, par mon engagement, par ma famille. Je le suis également dans le respect des procédures légales de notre pays. Mais au-delà des textes, le Congo est d’abord une affaire de sang, d’identité et de responsabilité. » Fort de son expérience internationale, il a fait le choix, selon ses termes, de « mettre cette expérience au service direct de notre pays, de notre football ».
Une validation qui ne fait pas l’unanimité
La décision de la commission électorale de la Fecofa n’a pourtant pas recueilli l’adhésion de tous les observateurs. Dans l’opinion sportive congolaise, les avis sont partagés. D’aucuns saluent en Véron Mosengo l’homme providentiel, capable d’assainir la gestion du football national et de restaurer la crédibilité de l’institution. D’autres, plus sceptiques, dénoncent une issue « planifiée par celui qui fut l’artisan de la normalisation de la fédération », estimant que le jeu était écrit d’avance. À ce stade, aucun des candidats écartés n’a réagi publiquement. Véron Mosengo, lui, a déjà entamé une campagne électorale pour le moins singulière : sans adversaire, il parcourt les ligues provinciales, à commencer par la ville de Mbuji-Mayi, dans le centre du pays, pour aller expliquer son programme à ses futurs électeurs. Une manière de légitimer par le terrain une élection que beaucoup considèrent comme jouée d’avance. Ces deux actualités, sans lien direct, dessinent néanmoins les contours d’un football africain en pleine recomposition. D’un côté, le Sénégal joue la carte de l’ambition et du retour sur la scène organisationnelle, au prix d’investissements massifs dans les stades et l’hôtellerie. De l’autre, la RDC s’apprête à confier les destinées de sa fédération à un homme seul, avec l’espoir que son passé d’administrateur international suffise à panser les plaies d’une gouvernance souvent contestée. Dans les deux cas, le ballon reste au centre du jeu – mais les règles, elles, diffèrent d’un pays à l’autre.



