Le grand ballet diplomatique se poursuit en Chine. Trump parti et c’est le russe Vladimir Poutine vient cimenter l’indéfectible amitié avec Pékin. Le président russe est arrivé, ce mardi 19 mai, en Chine pour rencontrer son « homologue et bon ami de longue date ». Somme toute, en 13 ans, Vladimir Poutine s’est rendu en territoire chinois 25 fois d’affilée. Ces déplacements réguliers et en haute sphère incluent des visites d’État, des sommets bilatéraux et des participations à des forums internationaux. Cette fois encore, l’homme fort du Kremlin dope sa position avec Xi Jinping.
En mai 2024, Poutine s’est rendu à Pékin pour son premier déplacement à l’étranger après le début de son cinquième mandat présidentiel. En octobre 2023, le numéro un russe y était pour assister au Forum des Nouvelles Routes de la Soie. En février 2022, sa visite à l’occasion de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin. Xi et Poutine, c’est que des retrouvailles. Les deux dirigeants se sont rencontrés plus de 40 fois en marge de sommets multilatéraux (notamment ceux de l’Organisation de coopération de Shanghai et des BRICS). Xi Jinping et réaffirmer la robustesse des liens sino-russes, quelques jours après l’accueil en grande pompe de Donald Trump à Pékin. Le locataire de la Maison Blanche venait à peine d’achever vendredi sa visite, la première d’un président américain en Chine depuis neuf ans, que la venue du chef du Kremlin a été officialisée.
Après le tapis vert pour Washington, tapis rouge et des honneurs pour Moscou
À peine Donald Trump avait-il quitté Pékin que Vladimir Poutine était annoncé dans la capitale chinoise. Le contraste diplomatique a immédiatement retenu l’attention des observateurs internationaux. D’un côté, une relation sino-américaine traversée par la méfiance commerciale, technologique et militaire. De l’autre, une relation sino-russe présentée comme stable, durable et fondée sur une confiance politique assumée. Le président russe est attendu en Chine pour une visite d’État de deux jours destinée à approfondir encore davantage le partenariat entre Moscou et Pékin. Pour Xi Jinping comme pour Vladimir Poutine, cette séquence diplomatique intervient dans un contexte international particulièrement chargé avec la guerre en Ukraine, le conflit autour de l’Iran, les tensions énergétiques, les sanctions occidentales et la recomposition progressive de l’ordre mondial. Xi Jinping et Vladimir Poutine ont installé une relation politique suivie, avec une mise en scène soigneusement entretenue autour de la notion « d’amitié durable ». Quelques jours seulement après l’accueil réservé à Donald Trump à Pékin, la venue du président russe permet aussi à la Chine d’adresser un message diplomatique tamisé malgré le dialogue renoué avec Washington, les liens avec Moscou restent une priorité stratégique. Dans une vidéo diffusée avant son départ pour la Chine, Vladimir Poutine a d’ailleurs affirmé que les relations russo-chinoises avaient atteint un « niveau véritablement sans précédent ». Une formule qui illustre la volonté des deux capitales d’afficher leur proximité au moment où les tensions internationales se multiplient.
Pékin et Moscou veulent apparaître comme un facteur de stabilité
À Pékin, les autorités chinoises présentent ce partenariat comme un élément d’équilibre dans un monde devenu plus instable. Les responsables chinois rappellent régulièrement que la relation sino-russe repose sur le respect mutuel des intérêts fondamentaux de chacun et sur une coopération qualifiée de « mutuellement bénéfique ». Cette année possède également une portée symbolique particulière pour les deux pays. Pékin et Moscou célèbrent les trente ans de leur partenariat stratégique ainsi que les vingt-cinq ans du traité de bon voisinage et de coopération amicale signé entre les deux États. Dans leurs messages échangés ces derniers jours, Xi Jinping et Vladimir Poutine ont insisté sur la continuité de leur coopération malgré les bouleversements géopolitiques. Le président chinois estime que la coopération bilatérale s’est approfondie dans presque tous les secteurs : énergie, commerce, infrastructures, éducation, culture, finance et technologies. Les chiffres avancés par les autorités chinoises illustrent cette accélération des échanges.
En 2025, le commerce bilatéral aurait atteint environ 228 milliards de dollars, dépassant pour la troisième année consécutive le seuil des 200 milliards.
La Chine reste aujourd’hui le premier partenaire commercial de la Russie. Depuis les sanctions occidentales liées à la guerre en Ukraine, Moscou dépend davantage du marché chinois pour ses exportations énergétiques et pour plusieurs secteurs industriels. Les règlements commerciaux entre les deux pays s’effectuent désormais principalement en roubles et en yuans, réduisant progressivement la dépendance au dollar dans leurs échanges bilatéraux. Pour le Kremlin, cette évolution constitue autant un choix économique qu’un signal politique adressé aux puissances occidentales. Le secteur énergétique reste au cœur de cette coopération. Le pétrole et le gaz russes occupent une place croissante dans l’approvisionnement chinois. Avec les sanctions occidentales visant Moscou, la Chine bénéficie de conditions avantageuses sur plusieurs contrats énergétiques. Dans le contexte actuel au Moyen-Orient, cette coopération énergétique prend une dimension encore plus stratégique. Les tensions autour du détroit d’Ormuz inquiètent Pékin, fortement dépendant des grandes routes maritimes pour sécuriser son approvisionnement énergétique. Plusieurs analystes estiment que la Chine pourrait chercher à renforcer encore ses importations d’énergie russe afin de limiter certains risques liés aux crises régionales.
Ukraine, Iran et ONU : Une coordination diplomatique bien agencée
Moscou et Pékin affichent une convergence politique croissante sur plusieurs grands dossiers internationaux. Les deux capitales défendent régulièrement la notion d’ordre mondial multipolaire et dénoncent ce qu’elles considèrent comme une domination occidentale des affaires internationales. Dans leurs déclarations, les responsables russes et chinois insistent sur le rôle des BRICS, de l’Organisation de coopération de Shanghai et des Nations unies comme espaces de rééquilibrage du système international. Vladimir Poutine affirme que la Russie et la Chine agissent ensemble pour défendre le droit international et préserver le rôle central de l’ONU dans la gestion des crises mondiales. Cette convergence diplomatique reste particulièrement visible sur le dossier ukrainien. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Pékin n’a jamais condamné officiellement Moscou. Les autorités chinoises continuent de plaider pour une solution politique et pour le respect de l’intégrité territoriale des États, tout en maintenant une relation étroite avec le Kremlin. La visite de Donald Trump à Pékin la semaine dernière a naturellement alimenté les interrogations du côté russe. Plusieurs observateurs estiment que Vladimir Poutine voudra connaître précisément le contenu des discussions sino-américaines concernant l’Ukraine. Pour Moscou, l’essentiel est de s’assurer que Pékin ne modifiera pas son positionnement diplomatique sous pression occidentale.
Selon plusieurs analystes internationaux, l’absence de rapprochement majeur entre Washington et Pékin sur la question ukrainienne rassure aujourd’hui le Kremlin. La Russie continue en effet d’avoir besoin du soutien économique chinois pour maintenir son effort de guerre et absorber une partie des conséquences des sanctions occidentales. Mais certains dossiers révèlent également des différences de lecture entre les deux partenaires. Sur la guerre autour de l’Iran, les intérêts chinois et russes ne sont pas toujours parfaitement alignés. Pékin souhaite avant tout préserver la stabilité des routes commerciales mondiales, notamment autour du détroit d’Ormuz. La Chine dépend fortement de la fluidité du trafic maritime pour son économie. La Russie, elle, profite indirectement de certaines perturbations énergétiques mondiales qui contribuent à maintenir des prix élevés du pétrole et du gaz. Moscou estime également pouvoir compenser certaines difficultés d’approvisionnement énergétique chinoises grâce à ses propres exportations.
Une coopération hors cadre diplomatie classique
Au fil des années, la relation sino-russe a également développé une dimension culturelle et humaine plus visible. Les deux pays ont multiplié les années croisées consacrées à la culture, au sport, à l’innovation scientifique ou à l’éducation. Les autorités chinoises et russes souhaitent renforcer les échanges universitaires, touristiques et linguistiques. Cette année, les « Années Chine-Russie de l’éducation » doivent donner lieu à plusieurs centaines d’événements dans les deux pays. La circulation entre les populations s’est également facilitée grâce aux politiques d’exemption de visa mises en place récemment. Selon les autorités russes du tourisme, plus de 150 000 touristes chinois se sont rendus en Russie durant le premier trimestre 2026, soit une progression importante par rapport à l’année précédente. Dans le même temps, les voyages des Russes vers la Chine continuent aussi d’augmenter. Cette intensification des échanges traduit la volonté des deux gouvernements de construire une relation de long terme qui dépasse les seuls intérêts diplomatiques immédiats. À Moscou comme à Pékin, les dirigeants présentent désormais leur partenariat comme une réponse aux incertitudes du monde actuel.
Le contexte international reste pourtant extrêmement tendu. Pendant que Vladimir Poutine prépare sa visite à Pékin, la guerre continue en Ukraine avec de nouvelles attaques de drones visant plusieurs régions russes. Selon le ministère russe de la Défense, plus de 300 drones ukrainiens auraient été interceptés au cours d’une seule nuit. Dans le même temps, les tensions financières entre Moscou et l’Europe persistent autour des avoirs russes gelés. Euroclear a récemment confirmé qu’il refusait de débloquer les actifs de la Banque centrale russe malgré une décision d’un tribunal russe. Le conflit autour de l’Iran continue également d’alimenter les inquiétudes internationales. Selon plusieurs estimations américaines, Washington aurait déjà dépensé plus de 85 milliards de dollars dans ses opérations militaires liées à la crise iranienne. Dans ce climat chargé, Pékin et Moscou cherchent à apparaître comme des partenaires capables de maintenir un dialogue constant malgré les secousses géopolitiques. Les deux capitales savent toutefois que leur rapprochement reste observé avec attention par les puissances occidentales. Car derrière les déclarations sur la stabilité mondiale et le multilatéralisme, la relation sino-russe traduit aussi une réalité géopolitique plus large : celle d’un monde où les grandes puissances cherchent progressivement à redéfinir leurs zones d’influence, leurs alliances économiques et leurs équilibres stratégiques.



