Dans le Gouvernement Diomaye 3, Ousmane Sonko interdit aux militants du PASTEF d’y participer à titre individuel. Il est à noter que, depuis lundi 25 mai 2026, les coonsultations sont en cours pour la formation de la nouvelle équipe exécutive, créneau propice pour le PASTEF de poser ses conditions et de rappeler à l’ordre ses membres.
Alors que les consultations pour la formation du troisième gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye battent leur plein, le PASTEF, parti majoritaire, a décidé de remettre de l’ordre dans ses rangs. Dans une circulaire datée du 26 mai 2026, le comité exécutif, sous la houlette d’Ousmane Sonko, interdit à ses militants de participer à titre personnel aux discussions avec la présidence. Une manière de rappeler qui mène la danse.
Des militants contactés, un parti qui reprend la main
Dans son communiqué, le PASTEF reconnaît que « certains de ses membres ont été contactés par les services de la présidence de la République ». Une invitation à participer à des consultations en vue de la formation d’un nouveau gouvernement. Le parti ne conteste pas le principe. Il réaffirme même sa « disponibilité à accompagner le président de la République dans le cadre d’une collaboration franche et responsable ». Cette collaboration, précise le comité exécutif, doit se faire « suivant des orientations programmatiques claires ». Autrement dit, on ne donne pas de chèque en blanc. Et surtout, les discussions ne se tiendront pas « individuellement avec les militants » mais exclusivement « avec le cadre institutionnel habilité du parti ». Une façon de couper l’herbe sous le pied à d’éventuelles tractations bilatérales entre la présidence et certains membres du PASTEF.
C’est le parti, dans son ensemble, qui négocie, et non ses membres à titre personnel. Ousmane Sonko, par cette circulaire, veut signifier que le PASTEF n’est plus cette simple machine à fournir des ministres.
Le PASTEF ne se contente pas de revendiquer le monopole de la discussion. Il pose des conditions sur le fond. Sept points sont énumérés : la fidélité au programme électoral de 2024, la clarification de la gestion de la dette souveraine, le blocage des mesures qui augmentent le coût de la vie, la poursuite des renégociations des contrats stratégiques, la lutte contre la corruption et le contrôle des fonds opaques, la gestion des affaires judiciaires, enfin la structure et la répartition des portefeuilles ministériels. Autant de thèmes sensibles, sur lesquels le parti entend peser. L’évocation des « affaires judiciaires » est notamment perçue comme un rappel adressé à la présidence, après les tensions récentes entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye. En conclusion du communiqué, « Tout militant du parti qui se rendra à une consultation agira à titre personnel », prévient le comité exécutif. Une interdiction déguisée par le PASTEF. Ceux qui braveront la consigne s’exposeront à une désavouement public, voire à des sanctions internes.
Le rapport de force politique s’érige
Ousmane Sonko, bien qu’il n’occupe plus de fonction gouvernementale, reste le chef incontesté du PASTEF. Sa popularité auprès de la base lui permet de dicter sa ligne. Le président Diomaye Faye, de son côté, tente d’asseoir sa propre légitimité et de construire un gouvernement qui lui ressemble. La formation du troisième gouvernement, baptisé « Diomaye 3 », devait être l’occasion d’une nouvelle impulsion. Mais les relations entre les deux têtes de l’exécutif se sont distendues. Ousmane Sonko, par cette circulaire, veut signifier que le PASTEF n’est plus cette simple machine à fournir des ministres. C’est un parti programmatique, qui entend peser sur les décisions. Du côté de la présidence, on assure que les consultations se poursuivent normalement. On rappelle que le président a seul le pouvoir de nommer les ministres. Mais personne n’ignore que gouverner contre son propre parti relèverait de la mission impossible.
La circulaire du PASTEF ne signifie pas la rupture. Elle installe plutôt un rapport de force codifié. Le parti majoritaire accepte de collaborer, mais à ses conditions et par ses canaux officiels. Les militants sont priés de ne pas jouer les francs-tireurs. Mais comment la présidence accueillera-t-elle cette mise au point. Acceptera-t-elle de négocier uniquement avec le comité exécutif, ou continuera-t-elle à consulter individuellement les personnalités compétentes ? Le gouvernement Diomaye 3 naîtra-t-elle dans la concorde ou dans la confrontation ? Peu ou prou, Ousmane Sonko n’a pas dit son dernier mot et le PASTEF entend rester maître du jeu politique sénégalais.



