
Comme l’indique M. Eugène Djué, le tout nouveau représentant du parti de M. Gbagbo en France, dans son discours d’ouverture, aucun thème ne sera retenu pour cette causerie-débat. C’est donc dans une atmosphère détendue que les militants et sympathisants dudit parti se sont entretenus avec le n°1 du FPI. Nous vous proposons ici, les éléments de réponse que le leader du FPI a dû apporter aux préoccupations de l’assemblée.
I. Introduction de M. Laurent Gbagbo
Chers amis, je vous remercie, je vous salue, je suis venu pour qu’on débatte. J’accepte la discussion que m’a proposée le représentant (Eugène Djué : Ndlr) parce que je pense que quand les militants veulent qu’on discute, il faut que, si j’ai le temps, j’accepte la discussion. On dit que je ne rencontre pas les militants de France.
La politique en Côte d’Ivoire avance, évolue et je ne suis pas sûr que tout le monde ait une lisibilité très grande de ce qui se passe sur le terrain.
C’est vrai que je suis venu souvent et que je ne les ai pas rencontrés mais quand je viens, je vis très souvent sur un emploi du temps, sur un programme. Je viens faire un travail. Et en général quand j’ai achevé ce travail, je n’ai qu’un seul désir, c’est de retourner, parce que le travail qui m’attend sur place est très grand. Donc, quand on me demande comme ça, j’accepte et on discute. Donc, je suis à vous.
Je suis à vous parce qu’on ne s’est pas vu longtemps, parce que la politique en Côte d’Ivoire avance, évolue et je ne suis pas sûr que tout le monde ait une lisibilité très grande de ce qui se passe sur le terrain. Une lisibilité du point de vue de ceux qui gouvernent mais du point de vue de ceux qui s’opposent. Plus particulièrement du point de vue du FPI. J’aimerais qu’après cette rencontre, vous ayez une lisibilité plus grande de la politique de Côte d’Ivoire (…). Sachez qu’il n’y a aucune question taboue.
Mais ne faites pas comme les Ivoiriens, parce que l’Ivoirien, il te donne un coup et quand tu lui donnes un autre coup, il se plaint, que tu n’es pas démocrate.
Toutes les questions peuvent être posées parce qu’il s’agit, comme je l’ai dit tout à l’heure, de donner la plus grande lisibilité possible. Donc nous répondrons à toutes les questions. Mais ne faites pas comme les Ivoiriens, parce que l’Ivoirien, il te donne un coup et quand tu lui donnes un autre coup, il se plaint, que tu n’es pas démocrate.
Quand vous donnez un coup, acceptez que celui à qui vous donnez le coup soit à même de vous donner un coup. C’est ça la démocratie (…). Celui qui me pose une question vicieuse, je lui réponds vicieusement. Celui qui me pose une question claire, je lui réponds clairement. Celui qui veut m’embarrasser, je l’embarrasse. C’est ça la démocratie.
Le travail que nous faisons sur le terrain, n’est pas un travail personnel ou individuel. C’est un travail collectif pour tous les Ivoiriens.
Ce que vous donnez, vous le recevez en contrepartie… Le travail que nous faisons sur le terrain, n’est pas un travail personnel ou individuel. C’est un travail collectif pour tous les Ivoiriens. Quel que soit l’endroit où ils sont. Je voyage beaucoup, je vois qu’il y a beaucoup d’Ivoiriens à travers le monde. J’en rencontre en Amérique du Nord, en Europe du Nord, en Europe méditerranéenne, en Europe occidentale – disons en gros.
Mais, j’en rencontre aussi dans des pays qui sont apparemment plus pauvres que la Côte d’Ivoire. Je rencontre beaucoup d’Ivoiriens au Mali, beaucoup d’Ivoiriens au Burkina-Faso, beaucoup d’Ivoiriens même au Cap-Vert où j’étais pour une semaine. C’était assez étonnant.
On nomme toujours des gens qu’on connaît. Si je suis président de la République et que je dois nommer des ministres, je nommerai des lvoiriens et des lvoiriennes que je connais et dont je suis sûr, dont je connais la compétence, dont je connais les aptitudes.
C’est pour tous les Ivoiriens qui sont sur le terrain et tous ceux qui sont dans la diaspora que la politique est faite. Il faut qu’on pose les questions dans le sens de comprendre ce qui se passe, comme je l’ai dit, dans le sens d’une très grande lisibilité. Voilà, je vous laisse la parole et posez les questions dans n’importe quel ordre (…).
II. Nomination des représentants du FPI à l’étranger
Il y a une question qui m’a beaucoup amusé. On dit que nous nommons des gens comme représentants parce qu’on se connaît et qu’ils nous approchent. Est-ce que vous avez vu une fois quelqu’un qui nomme quelqu’un qu’il n’a jamais vu ? On nomme toujours des gens qu’on connaît. Si je suis président de la République et que je dois nommer des ministres, je nommerai des lvoiriens et des lvoiriennes que je connais et dont je suis sûr, dont je connais la compétence, dont je connais les aptitudes.
Et, c’est sur cette base-là qu’on se connaît et c’est sur cette base que les répartitions se font.
Je ne peux pas nommer quelqu’un que je n’ai jamais vu, qui sort du néant, dont je ne suis même pas sûr qu’il va faire le travail que je lui confie. Nommer à un poste politique, ce n’est pas la signature d’un décret, d’une nomination administrative (…). Quand il s’agit des nominations politiques, on nomme des gens qu’on connaît. C’est pourquoi une victoire électorale est toujours une victoire collective.
C’est une victoire d’un parti ou d’un ensemble de partis. Et donc on sait qu’ensemble nous avons un objectif commun qui généralement est ambiguë dans un document qu’on appelle Programme de gouvernement. Et, c’est sur cette base-là qu’on se connaît et c’est sur cette base que les répartitions se font.
Répondez à ceux-là que, oui, Gbagbo nomme les militants du FPI qu’il connaît et dont il est sûr.
Donc répondez à ceux-là que, oui, Gbagbo nomme les militants du FPI qu’il connaît et dont il est sûr. Mais, il faut que je précise encore qu’à l’étranger ceux que je nomme, leur rôle n’est pas de représenter les militants, leur rôle est de me représenter auprès des partis frères à l’étranger. C’est tout à fait différent.
Et, je crois que beaucoup ne comprennent pas ça. Et c’était la grande méprise au moment où j’ai nommé Kuyo (Kuyo Téa Narcisse, ex-représentant du FPI en France : Ndlr). Mais il n’était pas là pour représenter les militants auprès de moi, il était là pour me représenter auprès du parti socialiste français qui est un parti avec lequel nous sommes dans l’international socialiste.
Il faut que l’expérience des autres nous serve. Donc voilà la philosophie qui sous-tend les nominations.
Alors je ne peux pas me permettre de nommer quelqu’un que je ne connais pas et qui va aller escroquer le parti socialiste en mon nom. Vous comprenez ? Je nomme donc en tant que représentant, quelqu’un dont je suis sûr de la moralité, quelqu’un qui ne va pas aller auprès des partis pour quémander de l’argent en mon nom alors que je ne l’ai jamais envoyé !
Je nomme quelqu’un qui peut m’apporter des informations importantes et précieuses et qui peut me les apporter sans les, divulguer dans la rue, dans la chambre de chaque fille qu’il drague. Vous comprenez ? Donc ceux que je nomme, ce sont des gens dont je suis sûr. Et tous les partis sérieux, c’est ça. Au moment où nous avons accédé au multipartisme en 1990, j’ai discuté avec des amis (…) il m’ont dit « jamais il ne faut laisser élire un représentant en Europe.
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Parce que nous-mêmes au début on a laissé des gens élire leurs représentants en Europe mais aujourd’hui on a des tas de dettes et on a honte ». Il faut que l’expérience des autres nous serve. Donc voilà la philosophie qui sous-tend les nominations. C’est pour quoi quand les gens se plaignaient, je rigolais parce que je savais ce que je faisais.
Propos recueillis à Paris par Axel ILLARY, Soir Info, le 28 avril 1999


