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Côte d’Ivoire: Ce qui va se passer si Ouattara persiste a prêté serment

Pour Bernard Houdin, les Ivoiriens n’ont plus le choix. Laisser Ouattara faire ce mandat illégal c’est renoncer à défendre la Constitution.
Si Alassane Dramane Ouattara persiste à vouloir prêter serment dans deux semaines, il va trahir ce serment et le peuple sera légitime à lui retirer définitivement sa confiance, car il aura commis le crime de haute trahison…
Le 28 novembre 2010 les Ivoiriens votaient pour une élection présidentielle qui devait refermer un très douloureux et très long moment de troubles socio-politiques. Le 29 novembre 2011, Alassane Dramane Ouattara (ADO), installé au pouvoir par la force militaire de son ancien colonisateur au terme de la crise postélectorale née de cette même élection, envoyait « son frère » Laurent Gbagbo à la Cour Pénale Internationale (CPI).
Le 28 octobre dernier, le même ADO commettait la forfaiture suprême en violant la Constitution ivoirienne, dont il était supposé être le garant, en forçant illégalement sa candidature à l’élection présidentielle et en faisant avaliser par un système totalement inféodé (Une Commission Electorale « indépendante » et un Conseil Constitutionnel parjure qui devront répondre un jour pour cette complicité de forfaiture) une « victoire » sensée lui permettre de demeurer encore cinq ans à la tête d’un pays où il a été installé par effraction !
Tout au long de cette succession d’évènements, qui a plongé la Côte d’Ivoire dans les pires tourments sociaux et politiques, la classe politique ivoirienne « s’est cherchée », comme on dit au pays, nouant et dénouant des alliances de circonstance au gré des intérêts du moment. Dans le même temps, isolés du monde dans la nasse de la CPI, le président Laurent Gbagbo et son jeune frère Charles Blé Goudé, se battaient pied à pied pour faire reconnaitre leur bon droit et laver leur honneur, ce qui sera fait le 15 janvier 2019, à l’occasion de leur acquittement total par la Chambre d’Instance de la CPI, au terme d’un procès où la Justice internationale a vu son honneur sauvé par quelques juges respectueux du droit, ce qui est le fondement de toute société civilisée.
Le respect du Droit : voilà la question ! Le simulacre « électoral » du 28 octobre dernier illustre parfaitement la phrase d’Alfred Jarry « quand on passe les bornes, il n’y a plus de limites ». Aujourd’hui ADO, nouvel Ubu Roi, a passé ces bornes et ce qui est désormais en jeu c’est la survie d’une nation en tant que telle.
Soyons clairs, le problème « historique » d’ADO sur sa nationalité ou ses supposées convictions religieuses, n’est pas, ou plus, d’actualité. Ce qui est le point focal d’une situation extrêmement volatile qui peut conduire le pays dans l’abîme c’est la capacité des Ivoiriens à préserver un Etat de Droit face à une forfaiture dont on commence à discerner, à croire les informations révélées par Jeune Afrique, magazine pourtant peu suspect d’être anti-ADO, qu’elle était préméditée, ce qui en droit est une circonstance aggravante.
Dura lex, sed lex : dans une société civilisée qui aspire à la démocratie, la Loi, et son application, fondent la vie de la communauté de destin que représente une Nation. Le 11 novembre 1947, Winston Churchill, dans l’opposition depuis sa défaite électorale en juillet 1945, prononça à la Chambre des Communes un discours mémorable :
« Beaucoup de formes de gouvernement ont été testées, et seront testées dans ce monde de péché et de malheur. Personne ne prétend que la démocratie est parfaite et omnisciente. En effet, on a pu dire qu’elle était la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps ; mais il existe le sentiment, largement partagé dans notre pays, que le peuple doit être souverain, souverain de façon continue, et que l’opinion publique, exprimée par tous les moyens constitutionnels, devrait façonner, guider et contrôler les actions des ministres qui en sont les serviteurs et non les maîtres ».
Winston Churchill dénonçait ainsi la tentative du gouvernement britannique en place de faire passer, juste avant une élection qui risquait de lui être défavorable, des lois qui diminueraient les droits du Parlement. Et il conclua, s’adressant directement au Premier Ministre : « Non, Monsieur, la démocratie dit : « Non, mille fois non. Vous n’avez pas le droit de faire passer, dans la dernière phase d’une législature, des lois qui ne sont pas acceptées ni désirées par la majorité populaire… »
Mutatis, mutandis, ces propos du célèbre homme d’Etat britannique, peuvent s’appliquer à la crise qui s’enracine dangereusement en Côte d’Ivoire par la seule et unique faute d’un homme qui a franchi les bornes.
Pour une nation la borne ultime est le respect de la Constitution. Depuis l’an 2000 la Constitution ivoirienne limite à deux le nombre de mandats que peut effectuer un président de la République. La réforme constitutionnelle de 2016 à maintenu cette disposition à travers son article 183, jusqu’à en faire un argument de communication en faveur du OUI au referendum. Elle fut expliquée, urbi et orbi après son adoption, par la voix des rédacteurs de la réforme jusqu’à ADO lui-même en passant par le ministre de la Justice, comme incontournable : il ne peut pas y avoir de troisième mandat en Côte d’Ivoire du fait de la Constitution elle-même ! La Terre entière sait cela aujourd’hui et le débat devrait être clos.
Cependant ADO a persisté et signé : il veut faire un troisième mandat malgré l’aveuglante réalité juridique et la volonté exprimée par 90 % des Ivoiriens qui ont refusé la mascarade électorale du 28 octobre dernier. Ce jour-là, il n’y a pas eu d’élection, au sens le plus étymologique du mot, car avec près de 90 % d’abstention réelle, les Ivoiriens n’ont pas « choisi » ADO. C’est même tout le contraire qu’ils ont exprimé.
Confronté à cet entêtement morbide le peuple souverain a voulu faire entendre sa voix en refusant d’accepter ce « verdict » scélérat. Sourd à toute discussion, le régime s’est enfermé dans une spirale mortelle où les nervis du pouvoir sont allés jusqu’à commettre l’indicible quand un jeune homme fut décapité et son corps profané. Cette monstruosité perpétrée sur N’guessan Koffi Toussaint doit devenir le ciment de toute une nation, réunie dans toutes ses composantes ethniques, religieuses et sociales, pour gagner la bataille du droit, enjeu décisif de la renaissance sa souveraineté.
Comment faire ? Le peuple va-t-il, en voulant défendre le droit, et dans ce cas sa propre souveraineté, se répandre dans les rues des villes et villages de Côte d’Ivoire pour, finalement, se faire tuer « cadeau », sous le regard impassible de la « communauté internationale » expression, en fait, d’un quarteron de dirigeants qui voudraient mener le monde selon leurs désirs souvent inavouables ?
Les Ivoiriens doivent être conscients que désormais ils ne doivent compter que sur leurs propres forces et s’organiser en conséquence. Une condition essentielle est déjà remplie : pour la première fois dans la jeune histoire du pays, la quasi-totalité de l’arc politique national s’est uni et est vent debout contre la tentative illégale d’ADO qui n’est plus soutenu, lui, que par une infime minorité, le noyau dur du RDR en fait.
Cette communion de la classe politique est également renforcée par tous les relais que représentent les syndicats et les mouvements de la société civile. Dans cette « mère de toutes les batailles » les mots doivent avoir leur sens : « l’opposition » n’est plus « l’opposition »…elle est LA majorité et ADO et ses suiveurs sont LA minorité, tel que cela ressort du rapport de force révélé le 28 octobre.
Les Ivoiriens n’ont plus le choix. Laisser ADO faire ce mandat illégal c’est renoncer à défendre la volonté populaire qui est codifiée dans la Constitution, Loi Fondamentale du pays et s’abandonner au diktat d’une minorité s’exprimant dans la violence, au prétexte qu’elle serait la « violence d’Etat » donc « légale », en oubliant que son illégitimité de fait ne l’autorise plus à l’utiliser.
Pour chasser définitivement l’imposture qui se fait aujourd’hui forfaiture, les Ivoiriens ont l’arme absolue : la désobéissance civile. Elle a déjà été « promulguée » par le président Henri Konan Bédié, au nom de toutes les forces vives du pays, elle doit se concrétiser dans la réalité quotidienne.
Pour cela elle doit être comprise de chacun et de tous. La désobéissance civile n’est pas un concept fumeux, que l’on agiterait comme un épouvantail en espérant qu’elle fera de l’effet sur l’adversaire. Elle est l’arme absolue, mais comme toutes les armes elle doit savoir être maniée efficacement.
Dès le XVI ème Siècle, Etienne de La Boétie rédige un réquisitoire contre le pouvoir absolu, le Discours de la servitude volontaire, où il engage le débat sur comment comprendre qu’un petit nombre puisse imposer sa loi à un très grand nombre. Sa réponse : « Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres ».
Quand, en 1849, l’américain Henry David Thoreau écrit, à son tour, un pamphlet dont le titre « La désobéissance civile », va désigner les formes modernes de cette « désobéissance », il prévient : « Ceux qui, tout en désapprouvant le caractère et les actes d’un gouvernement, lui offrent leur allégeance et leur soutien sont sans aucun doute ses plus solides piliers, et sont par ce fait même les plus sérieux obstacles à la réforme ». Et, pourtant, Thoreau n’avait certainement pas lu La Boétie !
Les Ivoiriens ne doivent pas se méprendre. La « désobéissance » dont il est question n’est nullement une acte répréhensible, elle est l’émanation de la souveraineté populaire qui se dresse contre celui, ou ceux qui ont franchi les bornes et, n’en déplaise au procureur Adou Richard, elle représente sans discussion la légitimité contre l’oppression.
Ainsi le 1er décembre 1955 en refusant de céder sa place à un blanc dans un bus de Montgomery, Alabama, une jeune femme noire, Rosa Parks déclencha un mouvement qui sera canalisé par un jeune pasteur, Martin Luther King, qui obtiendra, moins d’un an plus tard, de la Cour Suprême des Etats-Unis, l’abrogation des lois ségrégationnistes dans les bus, déclarées anticonstitutionnelles.
L’Histoire, avec un grand H, nous a enseigné que les combats de Gandhi et de Mandela se sont largement fondés sur les principes de la « désobéissance civile » et il ne viendrait à personne l’idée de considérer l’un et l’autre comme des délinquants, sauf, peut-être notre impayable procureur ivoirien…
Il revient maintenant à toutes les forces vives qui composent la nouvelle majorité politique et sociale de la Côte d’Ivoire à définir toutes les formes de désobéissance que le peuple devra observer et à s’organiser ainsi pour atteindre le seul objectif qui s’impose à tous, l’abandon par ADO de sa tentative illégale de vouloir accomplir ce troisième mandat.
Il prévoit de se faire « investir » le 14 décembre prochain. Qu’il se rappelle qu’il a déjà, par deux fois, prêté serment selon la formule contenue à l’article 58 de la Constitution et qui est le suivant :
« Devant le peuple souverain de Côte d’Ivoire, je jure solennellement et sur l’honneur de respecter et de défendre fidèlement la Constitution, d’incarner l’unité nationale, d’assurer la continuité de l’Etat et de défendre son intégrité territoriale, de protéger les Droits et Libertés des citoyens, de remplir consciencieusement les devoirs de ma charge dans l’intérêt supérieur de la Nation. Que le peuple me retire sa confiance et que je subisse la rigueur des lois, si je trahis mon serment ».
Si Alassane Dramane Ouattara persiste à vouloir prêter serment dans deux semaines, il va trahir ce serment et le peuple sera légitime à lui retirer définitivement sa confiance, car il aura commis le crime de haute trahison et sera redevable de l’article 157 de la Constitution : « Le Président de la République n’est responsable des actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions et traduit devant la Haute Cour de Justice qu’en cas de haute trahison ».
En écho au discours de Churchill, les Ivoiriens disent « Non, mille fois non » ! Ils n’ont vraiment plus le choix.

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