
Mesdames et messieurs les autorités politiques, administratives et religieuses,
Chers amis des Wè
Chers frères et sœurs.
Chers enfants.
Je vous salue et vous remercie d’être présents.
A dao ! A dao ! A dao !
A bohi ! A bohi ! A bohi !
Je vous présente ces salutations et ces remerciements en mon nom et au nom de mes jeunes frères, les ministres Oulaye Hubert et Émile Guiriéoulou qui ont toujours été près de moi en exil et qui sont encore aujourd’hui à mes côtés
Chers parents, vous êtes venus de toutes les régions du pays wè : de Fakobly, de Kouibly, de Bangolo, de Duékoué, de Toulépleu, de Bloléquin, de Taï ici à Guiglo pour célébrer mon retour d’exil. La diaspora wè d’Europe et d’Amérique est là aussi. Des amis à nous sont venus s’associer à ce moment de retrouvailles.
Avant tout propos, permettez-moi de dire merci au Seigneur Jésus Christ qui nous a porté et protégé pendant toutes ses années d’exil….. /témoignage oral/….. Je remercie nos ancêtres qui ont intercédé pour nous auprès de DIEU durant notre séjour de 8 ans en terre ghanéennes.
Nous étions 12, mes deux filles, 6 petits-enfants, mon gendre Christophe Doulourou, mon chauffeur Nicolas et une assistante à Youyou, Esther. Après deux ans, Nicolas nous a quitté pour l’Europe. Les 11 restant sommes tous rentrés sains et saufs. Aujourd’hui nous voici ici, à Guiglo.
Keila
Ange
Yvan
Yessia
Yann
Dédé
Esther
Lizon
Christophe
Youyou
Moi-même
Permettez-moi aussi d’exprimer ma reconnaissance au gouvernement et au peuple ghanéen qui nous ont accueillis quand nous étions en détresse.
Laissez-moi remercier les parents et amis dont les prières et les aides nous ont soutenus pendant cette longue période d’épreuves.
Il y a beaucoup de parents que je n’ai pas retrouvés. Aujourd’hui est aussi l’occasion, pour moi, de rendre hommage à tous ceux qui ont disparu pendant cette crise post-électorale. Ils ne sont plus là : Troa Augustine, Deh Lambert, Tantie Odette, Tébao Guéi Martin… la liste est longue.
En leur mémoire et en la mémoire de tous ceux qui sont morts pendant la guerre et en exil, je vous demande de vous tenir debout et d’observer une minute de silence.
Je vous remercie.
Je ne
saurais terminer mon introduction sans faire une mention spéciale pour
mon petit Tébao dit TIBIO. Il a été mon correspondant le plus régulier.
Pas une semaine sans un coup de téléphone ou un message de lui. Tibio,
reçois un grand merci de ta mémé.
L’exil forcé n’a jamais été facile. Nous avions quitté Abidjan, sans argent et avec pour tous bagages quelques baluchons. Nous pensions revenir après quelques jours. Mais l’aventure a été longue ! 8 ans, ce n’est pas 8 mois, encore moins 8 jours.
Je ne vous décrirai pas, en détail, les difficultés que nous avons vécues : Les problèmes de logement, de scolarisation des enfants dont le plus jeune n’avait que 4 ans, l’ainé était en première.
Les nouvelles que nous avions de Côte d’Ivoire étaient mauvaises. Ma résidence à Abidjan avait été pillée et démolie, celle de Guiglo aussi. Mes plus grandes pertes ne furent pas les voitures, les congélateurs, les téléviseurs et les ordinateurs, ni tous les biens acquis depuis des dizaines d’années. Mais ma plus grande perte fut le résultat de 30 ans de recherches sur le pays wè : les manuscrits, les cassettes, les films que je comptais exploiter pendant ma retraite qui ont été en grande partie emportés ou détruits.
Je bénis Dieu d’avoir préservé quelques cassettes et films ainsi que quelques documents, prêtés à de jeunes chercheurs pour la confection de leurs thèses.
J’ai pu faire face à ces épreuves et être ici aujourd’hui grâce à la présence, auprès de moi de mes enfants et petits-enfants. En votre présence à tous, je veux leur exprimer toute ma gratitude, en particulier à mon gendre Christophe Doulourou qui a tout abandonné pour me porter assistance, huit années durant.
Depuis, le 31 janvier 2019, date à
laquelle j’ai foulé le sol ivoirien, j’éprouve une grande joie. La joie
de retrouver mon pays, mes parents et mes amis dont j’ai été séparée si
longtemps.
Passer 8 ans sans pouvoir revenir dans ma Côte d’Ivoire, fut un véritable calvaire.
Mais, par la grâce de Dieu, nous sommes tous vivants et de retour chez nous.
C’est pourquoi, ce retour est quelque chose de merveilleux pour moi. Je suis en Côte d’Ivoire depuis plus de 6 mois, mais c’est avec une profonde émotion que je me tiens aujourd’hui, au milieu de vous, au bord du Nzo et du Nikla, terre de mes ancêtres. Oui, c’est ici, que je veux encore pleurer mes morts. Car ici mes oreilles bourdonnent des cris de douleur de mon peuple, le peuple wè, les descendants de Wè Gnampè.
Nous avons payé le plus lourd tribut dans cette guerre que notre pays a connu. Le peuple wè a subi toutes les calamités : chasse à l’homme, mutilations, massacres, viols, exil, expropriation.
Nous avons tous été bouleversés, où que nous-nous trouvions dans le monde. Une chaine de solidarité s’est alors tissée, de partout, notamment en CI et en Europe.
Le pays wè est sinistré, nous devons nous unir et nous organiser afin de relever le défi du développement économique, social et culturel. Nous pouvons être de partis politiques différents ou de religions différentes et défendre notre patrimoine commun.
La chefferie des régions du Cavally et du Guémon ont donné le ton. En Côte d’Ivoire et dans la diaspora de nombreuses associations et ONG ont vu le jour à l’occasion de la crise post-électorale. Tout cela doit aboutir à une concertation pour la réconciliation des Wèhon.
Mais que vaudra la réconciliation des wèhon sans la réconciliation nationale que nous appelons de tout cœur? C’est la raison pour laquelle je lance un appel à la réconciliation nationale.
C’est en présence de tous
les antagonistes de la crise actuelle que les Ivoiriens peuvent se
réconcilier. Peut-on se réconcilier en l’absence de ceux qui ont
injustement souffert tant d’années ? Le président Gbagbo Laurent, le
ministre Blé Goudé et tous ceux qui sont encore en exil et en prison
doivent être présents.
En cet instant, j’ai une pensée spéciale pour
tous ces ivoiriens encore dans les camps de réfugiés à l’étranger ;
notamment au Ghana, au Libéria et au Togo.
Il nous faut ensemble œuvrer à leur retour parmi nous en terre ivoirienne.
En effet, pour se reconstruire les Ivoiriens ont besoin d’être ensemble sans être dans un parti unique. Nous avons besoin de puiser en nous la force de pardonner afin de retrouver une paix intérieure indispensable à un nouveau départ.
Enfin, pour terminer mon propos, je voudrais
remercier monsieur le préfet pour sa présence effective, le chef suprême
des Wè, M. Doh Blanchard, le chef de canton Gnèo, Belle jean et sa
femme Belle Madeleine sans oublier le dynamique comité d’organisation,
avec à sa tête, M. Yahi Octave.
Merci encore du fond du cœur à vous tous qui êtes venus à cette fête de retrouvailles. Que DIEU vous bénisse richement.
Bonne fête à tous
Angèle Gnonsoa
Guiglo 17 août 2019


