À Ouagadougou, le samedi 6 décembre 2025, des discussions directes et sans détour ont eu lieu entre les gouvernements burkinabè et ivoirien. A la demande des autorités ivoiriennes, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’Extérieur, Karamoko Jean Marie Traoré, a reçu en audience son homologue ivoirien, Adama Dosso, ministre délégué chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’Extérieur. Cette rencontre intervient dans un contexte régional sensible, où les relations entre États voisins sont régulièrement mises à l’épreuve par les recompositions politiques et sécuritaires en Afrique de l’Ouest.
Entre Abidjan et Ouagadougou, le trait d’union est établi. L’initiative traduit la volonté affichée des deux capitales de maintenir des canaux de discussion ouverts et de privilégier une approche fondée sur l’échange direct. Côté burkinabè, cette audience a été présentée comme la manifestation d’une disponibilité à dialoguer de manière franche et respectueuse avec Abidjan, dans un esprit de bon voisinage et de responsabilité partagée.
Une relation très ancienne en voie de reprise
Entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, les liens humains, économiques et historiques sont profonds. Des millions de ressortissants burkinabè vivent en Côte d’Ivoire depuis plusieurs décennies, contribuant à l’économie ivoirienne tout en conservant des attaches familiales et sociales de part et d’autre de la frontière. Ces interdépendances ont longtemps constitué l’un des socles les plus solides de l’intégration ouest-africaine. Ces dernières années, toutefois, les relations bilatérales ont connu des phases de refroidissement, alimentées par des divergences politiques, des malentendus diplomatiques et un contexte sécuritaire régional sous tension. Dans ce cadre, la rencontre de Ouagadougou apparaît comme une tentative assumée de remettre les échanges sur un registre plus apaisé.
L’objectif, selon Ouagadougou, reste de permettre aux deux États d’avancer ensemble sur des bases clarifiées, en tenant compte des attentes des populations.
Selon les informations communiquées par la partie burkinabè, les échanges se sont déroulés dans un climat qualifié de sincère et ouvert. Les deux responsables ont passé en revue l’état des relations bilatérales, sans esquiver les sujets sensibles. L’accent a été mis sur la nécessité de restaurer un climat de confiance, au bénéfice direct des populations. Le ministre ivoirien, Adama Dosso, a insisté sur la nature particulière du lien unissant Abidjan et Ouagadougou. Pour lui, les deux pays forment un ensemble étroitement imbriqué, tant sur le plan humain qu’économique. Il a évoqué une réalité sociologique faite de populations entremêlées, de familles réparties sur les deux territoires et de flux économiques anciens, difficiles à dissocier des évolutions politiques du moment. Selon lui, ce socle historique ne saurait être fragilisé durablement par des incompréhensions passagères. Le responsable ivoirien a plaidé pour que les différends soient traités par le dialogue et pour que la relation bilatérale retrouve un niveau de coopération comparable à celui qui avait longtemps servi de référence en Afrique de l’Ouest.
Ouagadougou insiste sur la fraternité et la souveraineté
Du côté burkinabè, Karamoko Jean Marie Traoré a souligné que l’entretien s’inscrivait dans la ligne défendue par les autorités de la transition, sous l’impulsion du capitaine Ibrahim Traoré. Le chef de la diplomatie burkinabè a mis en avant une approche fondée sur la franchise, l’écoute et la défense des intérêts nationaux, sans rompre le fil du dialogue avec les pays voisins. Il a indiqué que les deux parties avaient convenu de confier aux services diplomatiques le soin de travailler sur les points de convergence comme sur les sujets de préoccupation. L’objectif, selon Ouagadougou, reste de permettre aux deux États d’avancer ensemble sur des bases clarifiées, en tenant compte des attentes des populations.
Cette rencontre bilatérale s’établit dans un environnement régional en recomposition. Les choix politiques opérés par le Burkina Faso, notamment au sein de l’Alliance des États du Sahel, ont modifié certains équilibres traditionnels en Afrique de l’Ouest. Face à ces évolutions, la Côte d’Ivoire, acteur central de la région, cherche à préserver des relations fonctionnelles avec l’ensemble de ses voisins. À Ouagadougou, les autorités ont réaffirmé leur volonté de préserver la paix et la stabilité, tout en revendiquant une ligne de fermeté sur les questions de souveraineté. Cette position s’accompagne, selon la diplomatie burkinabè, d’un attachement à la fraternité entre peuples, particulièrement avec la Côte d’Ivoire.
Un premier pas vers une normalisation progressive
Sans annoncer de décisions concrètes immédiates, l’audience du 6 décembre ouvre une séquence diplomatique que les deux parties souhaitent poursuivre. La relance du dialogue à ce niveau vise avant tout à réduire les zones d’incompréhension et à rétablir des mécanismes réguliers de concertation. Dans une région confrontée à des défis politiques et sécuritaires durables, Abidjan et Ouagadougou semblent faire le choix du pragmatisme diplomatique. La suite dépendra de la capacité des appareils d’État à transformer cet échange en actions concrètes, notamment sur les dossiers migratoires, économiques et sécuritaires. À défaut d’effacer d’un trait les tensions accumulées, cette rencontre trace une voie de dialogue que les deux capitales jugent nécessaire, au regard des liens anciens et des réalités humaines qui continuent d’unir la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso.



