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Succession, réorganisation: le PPA-CI prépare en coulisses l’après Laurent Gbagbo


Au lendemain d’un scrutin législatif boycotté par le parti, jugé peu crédible, le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) s’engage dans une phase délicate de réflexion stratégique. En toile de fond, une question longtemps éludée s’impose désormais : celle de la succession de Laurent Gbagbo, leader historique et figure tutélaire de la formation d’opposition.

À 80 ans, l’ancien président ivoirien a lui-même ouvert la voie à ce débat. Laurent Gbagbo a en effet annoncé son intention de se retirer de la vie politique active à l’issue des élections législatives du samedi 27 décembre. Un retrait qui marquera la fin d’un parcours de près d’un demi-siècle de combat politique.

Précisions
Acquitté définitivement en 2021 par la Cour pénale internationale (CPI), l’ex-chef de l’État a affirmé qu’il n’ambitionnait plus aucune fonction politique, ni au sein de son parti, ni dans les institutions de l’État. « Il n’y a pas de retraite en politique, mais je m’interdirai d’occuper des fonctions politiques, à l’intérieur de mon parti comme dans l’État. J’ai assez donné », a-t-il déclaré au micro du journaliste Alain Foka, précisant qu’il ne serait pas candidat à la prochaine élection présidentielle.

Nous devons d’abord écouter les militants de la base, réfléchir aux réformes nécessaires et définir, avec le comité central, les modalités d’un congrès
Cette annonce a suscité de vives réactions, notamment sur les réseaux sociaux, où partisans et détracteurs ont exprimé leur incompréhension ou leur scepticisme. Selon des sources proches de l’ancien chef de l’État, Laurent Gbagbo entend pourtant maintenir cette décision. Il ne s’agirait pas d’un retrait total de la vie politique, mais bien d’un désengagement de la direction du PPA-CI et de toute ambition électorale, afin d’éviter toute confusion, souligne son entourage.

Reste toutefois la question du calendrier. Si Laurent Gbagbo affirme que la date de son retrait est « déjà fixée », plusieurs cadres du parti se montrent plus prudents. « Nous devons d’abord écouter les militants de la base, réfléchir aux réformes nécessaires et définir, avec le comité central, les modalités d’un congrès », confie l’un d’eux, laissant planer une part de flou.

Les lignes bougent
Au sein du PPA-CI, les lignes commencent néanmoins à bouger. En coulisses, les préparatifs de cette transition s’accélèrent. Le samedi 3 janvier dernier, le parti a tenu une importante rencontre consacrée aux orientations politiques pour l’année 2026.

Placée sous la présidence de Sébastien Dano Djédjé, président exécutif du parti, cette réunion a permis d’arrêter plusieurs axes majeurs, dont l’organisation d’ateliers de réflexion sur la réforme du parti, la tenue d’une convention nationale et la préparation d’un congrès. Selon des sources internes, ce congrès devrait acter effectivement le retrait de Laurent Gbagbo de la vie politique.

Une succession sous tension
La question de l’après-Gbagbo se pose dans un contexte politique et judiciaire tendu. Plusieurs cadres influents du parti qui pourraient prétendre à la succession de l’ancien chef d’État font face à des poursuites judiciaires. D’autres parmi eux sont actuellement entre les mailles de la justice pour leurs responsabilités présumées dans les tragiques évènements qui ont émaillé la présidentielle controversée d’octobre 2025. Selon les chiffres du Conseil national de sécurité, 1658 personnes ont été interpellées durant les manifestations anti-4ᵉ mandat.

L’organe étatique a également déploré 11 morts et 71 blessés parmi les manifestants. Le 4 novembre, Damana Pickass, vice-présidente du PPA-CI et figure de l’aile dure du parti, a été interpellée. Détenu au camp pénal de Bouaké, il n’a pas encore été jugé. De lourdes charges pèsent contre lui, allant de la participation à un mouvement insurrectionnel au complot contre l’autorité de l’État. Avant ce dernier, Moïse Lida Kouassi, ancien ministre, Koné Boubacar, Charles Rodel Dosso sont par ailleurs détenus.

D’autres proches de Laurent Gbagbo, qui s’estiment aussi sous la menace de poursuites, à l’instar de son avocate Habiba Touré, de Sébastien Dano Djédjé ou encore de son fils, Michel Gbagbo. « Certains de nos militants vivent dans la peur, d’autres ne sont pas revenus de l’étranger », a confié Sébastien Dano Djédjé à Jeune Afrique.

En interne, les décisions de Stéphane Kipré et Ahoua Don Mello, tous deux, ex-vice-présidents du parti déchu à la suite de leurs décisions d’aller aux élections, viennent compléter la liste des incertitudes concernant les potentiels successeurs de Laurent Gbagbo. Dans ce contexte, l’après Laurent Gbagbo apparaît comme une équation complexe. Qui pourra incarner la relève et faire face à la machine politique du RHDP ? La question reste entière, alors que le PPA-CI s’avance vers l’une des périodes les plus décisives de son histoire.

 

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