05292026Headline:

A Ouagadougou: La grande mosquée sunnite fermée 24 heures après l’arrestation de l’imam Kindo

L a grande mosquée sunnite de Ouagadougou vient d’être mise sous scellés, 24 heures après l’interpellation de l’imam Kindo. C’est le gouvernorat du Kadiogo qui a mis sous cloche le temple sunnite.

Vingt-quatre heures seulement après l’arrestation très remarquée de l’imam Mohamed Ishaq Kindo, figure intellectuelle écoutée du sunnisme burkinabè, le gouverneur Abdoulaye Bassinga, a ordonné la fermeture administrative de la grande mosquée du Mouvement sunnite, située en plein cœur de la Zone d’activités commerciales et administratives, la célèbre ZACA. L’arrêté, portant le numéro 2026 000 16, a été rendu public le 28 mai 2026, une date que certains observateurs sur place décrivent déjà comme celle d’un basculement feutré dans les relations entre les autorités de transition et les obédiences religieuses les plus organisées du pays. Le document officiel, dont la teneur a pu être consultée, ne laisse pourtant aucune place à l’ambiguïté. La mesure est justifiée par des « risques de troubles à l’ordre public », une formule classique du droit administratif burkinabè, mais qui, en l’occurrence, prend une résonance particulière.

L’étau sur la communauté sunnite de la capitale
L’arrestation de l’imam Kindo n’avait pas encore cessé d’alimenter les conversations dans les cours intérieures de Koulouba que le gouvernorat du Kadiogo faisait parvenir ses plis aux services de gendarmerie et de police. L’administration territoriale, on le sait, ne prend pas ce type d’initiative à la légère. Il y a d’abord une culture de la procédure très encadrée au Burkina Faso, héritage d’une administration coloniale revisitée par le droit positif post-indépendance. Ensuite, il y a la situation politique. Depuis la Charte de la Révolution du 1er avril 2026, les institutions de la transition fonctionnent sous le signe d’une vigilance accrue. Les autorités, toutes affaires courantes mises à part, redoutent par-dessus tout la cristallisation de pôles de contre-pouvoir non contrôlés, qu’ils soient armés, syndicaux ou religieux. Le sunnisme burkinabè, longtemps perçu comme une mouvance discrète mais structurée, a pris une autre dimension avec l’émergence médiatique et théologique de l’imam Kindo. Ce dernier, docteur et prédicateur reconnu, officiait notamment lors des grandes prières d’Aïd à Ouaga 2000. Sa voix portait.

Dans ce contexte, la fermeture de la mosquée de Zangouettin (nom historique du lieu) apparaît à la fois comme une réponse sécuritaire et un signal politique adressé à une communauté qui, jusque-là, bénéficiait d’une relative liberté de mouvement et de prêche. La mesure est provisoire, précise l’arrêté : « jusqu’à nouvel ordre ». Mais l’expérience administrative montre qu’un tel dispositif peut durer des semaines, parfois des mois, sans qu’un recours effectif soit examiné. La lecture de l’arrêté révèle un souci de conformité juridique qui n’échappera pas aux spécialistes du droit public local. Le gouverneur Bassinga, administrateur civil et officier de l’Ordre de l’Étalon, a pris soin de fonder sa décision sur une batterie impressionnante de textes. Cette profusion indique que la fermeture de la mosquée n’est pas une mesure improvisée par un autorité locale débordée, mais bien une opération administrative d’envergure, validée en amont par les services centraux du ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité. Les ampliations de l’arrêté, à destination de la gendarmerie, de la police nationale, de la mairie de Ouagadougou et du président du Mouvement sunnite du Burkina Faso, montrent également la volonté de quadriller tous les leviers d’exécution. Sur le terrain, la mosquée se trouve désormais sous surveillance discrète mais effective. Selon des riverains joints par nos soins, aucune effraction ni violence n’a accompagné la notification de l’arrêté. Les forces de l’ordre se sont contentées de sécuriser le périmètre et d’informer le collège des imams, désormais privé de son principal lieu de rassemblement. Ceux-ci, par prudence ou par tactique, n’ont pas fait de déclaration publique dans l’immédiat.

Troubles à l’ordre public
Les responsables coutumiers et religieux habitués à jouer les médiateurs dans ce type de crise n’ont pas encore été sollicités officiellement. Du côté des fidèles, la consternation domine, mêlée à une inquiétude sourde. Beaucoup redoutent que la fermeture de la mosquée de la ZACA ne constitue un précédent, ouvrant la voie à des mesures similaires à Bobo-Dioulasso ou dans d’autres villes du pays. L’administration, de son côté, insiste sur le caractère préventif de la décision. Les « risques de troubles à l’ordre public » évoqués dans l’article premier de l’arrêté n’ont pas été détaillés, mais les services compétents assurent disposer d’éléments objectifs les justifiant. Rien n’a filtré, cependant, sur la nature exacte de ces éléments.

La mosquée de la ZACA, édifice inauguré en octobre 2006 après une longue période de réconciliation interne au mouvement sunnite, est désormais silencieuse.

 

Un point mérite encore l’attention. Le choix de viser spécifiquement la grande mosquée du Mouvement sunnite, et non les autres lieux de prière sunnites dispersés dans la capitale, confirme l’hypothèse d’une mesure ciblée. Le gouvernorat du Kadiogo, à travers cette signature, ne s’attaque pas à l’islam sunnite dans son ensemble, mais bien à un lieu identifié comme potentiel foyer de contestation ou d’agitation. Reste à savoir si la distinction sera perçue comme telle par les communautés concernées. La mosquée de la ZACA, édifice inauguré en octobre 2006 après une longue période de réconciliation interne au mouvement sunnite, est désormais silencieuse. Les cinq prières quotidiennes n’y résonnent plus. Le prêche du vendredi, qui rassemblait plusieurs milliers d’oreilles attentives, s’est tu. Et l’imam Kindo, dont le nom ne figure d’ailleurs pas expressément dans l’arrêté, reste détenu sans que son lieu ni son statut judiciaire aient été officiellement précisés.

 

What Next?

Recent Articles