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Bénin : Les dessous de la démission de Boni Yayi du parti Les Démocrates

Au Bénin, le 11 mars dernier, l’ancien président Boni Yayi a annoncé sa démission de la présidence du parti Les Démocrates, principale formation de l’opposition. Dans la foulée, son fils, Chabi Yayi, qui occupait le poste de secrétaire aux relations extérieures, a également quitté ses fonctions. Une double démission qui bouleverse les codes au sein du parti et plus largement sur la configuration de l’opposition béninoise à deux pas de la présidentielle d’avril.

L’ancien vice-président du parti, Léon Basile Ahossi, est revenu sur ces événements avec un regard critique. Pour lui, la décision de Boni Yayi est intervenue tardivement. “Le président Yayi Boni n’avait visiblement pas le temps de s’occuper du parti au quotidien”, a-t-il déclaré, suggérant que l’ancien chef d’État aurait dû depuis longtemps passer la main.

Des divergences internes révélées
Au-delà de la démission elle-même, c’est la gestion du parti qui est pointée du doigt. Boni Yayi avait confié les rênes du mouvement à l’un de ses lieutenants, Alassane Tigri, ancien ministre devenu vice-président du parti. Un choix que Léon Basile Ahossi ne valide pas. “Politiquement, je ne le trouve pas bien”, a-t-il lâché, sans plus de précisions. L’ancien vice-président déplore également un manque de courage de certains responsables face à l’ancien chef de l’État. Beaucoup de gens n’avaient pas le courage d’aller affronter le président Yayi pour lui dire, ça, ce n’est pas bon, a-t-il ajouté, illustrant les difficultés de fonctionnement interne d’une formation politique longtemps dominée par la figure de son fondateur. Officiellement, des raisons de santé expliqueraient la décision de Boni Yayi de mettre un terme à ses activités politiques. Une explication que Léon Basile Ahossi dit prendre avec des pincettes, laissant entendre que d’autres motifs, plus politiques, pourraient être à l’origine de ce départ.

Politiquement, je ne le trouve pas bien
L’ancien vice-président va plus loin dans ses accusations. Selon lui, Boni Yayi aurait “détruit” le parti d’opposition. Il estime que l’ancien président aurait dû occuper un poste de président d’honneur plutôt que de conserver la présidence effective. Une critique qui renvoie à la difficulté pour les figures historiques de laisser leur place aux nouvelles générations. Cette double démission intervient dans un contexte judiciaire particulièrement chargé. Chabi Yayi, le fils de l’ancien président, avait été placé en garde à vue puis relâché dans le cadre de l’enquête sur la tentative de coup d’État déjouée le 7 décembre 2025. Une mise en cause qui a sans doute pesé dans sa décision de quitter ses fonctions au sein du parti. Dans le même dossier, Alassane Tigri, l’homme à qui Boni Yayi avait confié la gestion du parti, a été placé en détention. Il est poursuivi pour complot contre la sûreté de l’État. Son frère, Pascal Tigri, présenté comme le cerveau du putsch manqué, est en cavale et sa tête a été mise à prix par les autorités. Ces affaires judiciaires ont incontestablement fragilisé la direction du parti Les Démocrates, privé de plusieurs de ses cadres et désormais orphelin de son fondateur.

A la conquête d’un siège au Sénat ?
Une autre interrogation taraude : la démission de Boni Yayi est-elle liée à la prochaine mise en place du Sénat ? La Constitution béninoise prévoit en effet que les anciens présidents de la République siègent de droit au Sénat. Boni Yayi pourrait donc être appelé à rejoindre cette nouvelle institution, qui devrait voir le jour après la présidentielle du mois prochain. Dans cette hypothèse, l’ancien chef d’État rejoindrait d’autres “sages” de la politique béninoise, parmi lesquels pourrait figurer le président sortant Patrice Talon, qui a annoncé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat. Une cohabitation institutionnelle qui pourrait rebattre les cartes du jeu politique béninois. Avec le départ de son fondateur, de son fils, et l’incarcération de plusieurs de ses cadres, le parti Les Démocrates se retrouve considérablement affaibli à quelques semaines de la présidentielle. L’opposition béninoise, déjà fragmentée, perd l’une de ses figures les plus emblématiques. Les prochains jours diront si d’autres responsables suivront l’exemple de Boni Yayi ou si au contraire le parti parviendra à se recomposer autour d’une nouvelle direction. Une chose est sûre :

…la présidentielle d’avril 2026 s’annonce sous des auspices particuliers, avec un camp présidentiel qui pourrait tirer profit des divisions de l’opposition.
Pour Léon Basile Ahossi, c’est une page de l’histoire politique béninoise qui se tourne. Ses critiques acerbes envers Boni Yayi montrent que les rancœurs sont profondes au sein de l’ancien parti présidentiel. Le départ du fondateur laisse un vide que personne, pour l’instant, ne semble en mesure de combler. Dans un pays où les alternances politiques ont souvent été mouvementées, cette période de recomposition est observée avec attention par tous les acteurs de la vie politique béninoise. À un mois du scrutin présidentiel, l’incertitude est donc totale. L’opposition, privée de son leader historique, va devoir trouver rapidement des candidats crédibles pour porter ses couleurs. La tâche s’annonce difficile tant la figure de Boni Yayi structurait une partie du paysage politique. Le pouvoir, de son côté, observe ces évolutions sans se prononcer officiellement. La démission du chef de l’opposition ne peut que l’arranger, mais il se gardera bien de tout triomphalisme, conscient que les électeurs pourraient sanctionner une attitude jugée arrogante. Les semaines à venir seront décisives pour l’avenir de la démocratie béninoise.

 

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