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Cameroun : Il prend ses distances avec Paul Biya et se porte candidat à la présidentielle

A quelques 4 mois de l’élection présidentielle au Cameroun, la scène politique s’anime davantage avec l’entrée en lice d’Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre de l’Emploi et figure bien connue du Grand Nord. Moins de 24 heures après avoir quitté le gouvernement, c’est par une longue « Lettre aux Camerounais » qu’il officialise sa candidature à la prochaine élection présidentielle.

Le nouveau candidat indépendant à la présidentielle d’octobre 2025 a un rêve pour le Cameroun. Pour le signer, il fait paraitre un document de 24 pages, où il (ex-porte-parole du gouvernement) revient sur son parcours, rend hommage aux « pères fondateurs de la nation » et dresse un constat sans détour sur l’état « calamiteux » du pays. Dans ce texte, Issa Tchiroma Bakary ne ménage pas ses mots. Il évoque les limites du pouvoir qu’il a côtoyé de près, n’hésitant pas à pointer du doigt les dérives d’un système auquel il a appartenu pendant près de deux décennies.

Un programme axé sur le fédéralisme et la réforme
L’ancien ministre confie avoir « connu le pouvoir et en avoir mesuré les limites », tout en estimant qu’un pays « ne peut exister au service d’un homme, mais doit vivre au service de son peuple ». Une prise de distance assumée vis-à-vis de Paul Biya, dont il fut pourtant l’un des alliés les plus fidèles. Dans sa lettre, Issa Tchiroma Bakary détaille les grandes lignes de son projet présidentiel. Il met en avant la nécessité d’un « fédéralisme choisi », estimant que ce modèle pourrait offrir une réponse adaptée aux attentes des différentes régions du Cameroun.

L’ancien ministre propose également une série de réformes, notamment dans les domaines de l’emploi, de la lutte contre la pauvreté et de l’inclusion des jeunes. Il présente ce scrutin comme une « chance historique » pour le pays, invitant les Camerounais à s’approprier leur destin.
À peine sa candidature rendue publique, la réaction des autorités n’a pas tardé. Un arrêté du ministre de l’Administration territoriale a été diffusé sur les réseaux sociaux, interdisant toute activité politique du FSNC, le parti d’Issa Tchiroma, dans un département de l’Extrême-Nord. Un rappel que les équilibres restent fragiles et que la compétition politique ne se jouera pas à armes égales.

Un accueil froid sur la scène politique
La démission d’Issa Tchiroma Bakary, suivie de sa déclaration de candidature, suscite des réactions contrastées. Du côté du parti présidentiel, le RDPC, Grégoire Owona, ministre du Travail et secrétaire général adjoint, se montre serein. Pour lui, « toutes les voix comptent, même celles de Issa Tchiroma Bakary et de ses partisans éventuels ». Il affirme que l’électorat fidèle à Paul Biya saura répondre présent et que la compétition électorale reste ouverte à tous.

Dans le camp des partisans du changement, le scepticisme domine. Maître Abdoulaye Harissou, notaire honoraire et coordonnateur d’une plateforme du Grand Nord, estime qu’Issa Tchiroma ne peut incarner l’alternance. « Il ne pourra pas être le candidat du changement parce qu’il n’a rien fait qui puisse montrer qu’il voulait changer les choses, c’était un collaborateur. Sa campagne électorale va être très dure parce que personne ne va lui faire de cadeaux. Il n’est pas populaire dans la jeunesse », analyse-t-il. Pour lui, cette candidature serait surtout une manière pour l’ancien ministre de préparer les échéances législatives et municipales à venir.

Un parcours marqué par la fidélité et la critique
Présent au gouvernement sans interruption depuis seize ans, il a longtemps été un soutien affiché du président Paul Biya. Pourtant, ces derniers mois, l’ancien ministre a multiplié les signaux de rupture. En février, lors de deux grands meetings à Maroua et Garoua, il appelait ses partisans à s’inscrire massivement sur les listes électorales. Plus récemment, il s’est montré très critique à l’égard du bilan des années Biya, dénonçant « la misère, le chômage et le manque d’opportunités pour les jeunes ».

Sans jamais citer nommément le chef de l’État, il a invité la jeunesse à tourner la page d’un système en place depuis quarante ans. À l’approche de la présidentielle, la candidature d’Issa Tchiroma Bakary vient bousculer le paysage politique camerounais. Reste à savoir si son expérience et sa rupture affichée suffiront à convaincre un électorat en quête de renouveau.

 

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