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Cameroun : Les 7 péchés politiques scotchés au MRC de Maurice Kamto depuis 2018

Au Cameroun, un militant du RDPC (pro-Biya) épingle le MRC et son président Maurice Kamto. Il y dévoile les « sept péchés capitaux » attribués à Maurice Kamto et à son parti. Le MRC de Maurice Kamto est accusé de tribalisme et de dérive messianique. Dans un texte publié sur les réseaux sociaux, un militant du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, dresse un réquisitoire sévère contre le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et son leader Maurice Kamto.

Yves Abama énumère ce qu’il présente comme les « sept péchés capitaux » du principal parti d’opposition depuis son entrée sur la scène politique nationale en 2018. La sortie a fait l’effet d’une petite bombe dans le microcosme politique camerounais. Sous sa plume, Yves Abama, militant déclaré du RDPC, ne fait pas dans la dentelle. Il accuse le MRC d’avoir transformé la pratique politique au Cameroun en « barbarie » et d’avoir installé un climat délétère dont l’ensemble de la classe politique porte aujourd’hui les stigmates. Ce texte, qui circule abondamment sur les réseaux sociaux depuis plusieurs jours, propose une grille de lecture critique des méthodes et du discours du parti de Maurice Kamto. Il s’agrippe sur sept griefs principaux, qui touchent à l’idéologie, au discours ethnique, à la gestion de la contradiction ou encore à l’usage des réseaux sociaux.

« Dérive messianique » et « projet communautaire »
Premier péché capital épinglé par Yves Abama : ce qu’il nomme la « dérive messianique ». Selon lui, le MRC serait entré en politique avec l’idée que son président incarnerait une figure providentielle, dont les orientations devraient s’imposer sans discussion à l’ensemble des acteurs politiques. « La moindre réserve émise face à une seule proposition du leader Maximo est depuis 2018 considérée comme un blasphème », écrit le militant, qui relève une forme d’intransigeance dans la posture du parti d’opposition. Deuxième grief, et non des moindres : l’« ethnofascisme ». Yves Abama soutient que le MRC n’aurait pas présenté de véritable projet de société lors de son arrivée sur l’échiquier politique, mais plutôt un projet communautaire. Il appuie son argumentation sur une séquence de campagne de 2018, restée dans les mémoires. Ce jour-là, Albert Nzongang, conseiller spécial de Maurice Kamto, s’était adressé à une foule chauffée à blanc. « N’est-ce pas le pouvoir était au Nord avec Papa Ahidjo ? Après il est allé au Sud et à l’Est par Papa Paul Biya et mama Chantou car Mama Chantou est de l’Est ? Aujourd’hui c’est le tour de qui ? », avait lancé le conseiller spécial. La foule avait répondu : « L’Ouest ». Pendant ce temps, Maurice Kamto, assis, applaudissait. Pour l’auteur de la tribune, cet épisode a marqué un tournant dans la communautarisation du discours politique au Cameroun. Il assure que des propos de cette nature n’avaient jamais été tenus jusque-là dans un meeting politique.

Le droit de la force devenue l’arme principal d’un individu pourtant présenté par ses partisans comme “le pape du droit”
Yves Abama relève également que le MRC a développé selon lui une propension à taxer de « bamiphobie » tous ceux qui formulent la moindre critique à l’endroit du parti ou de son président. Signe, dit-il, que cette formation se considère comme la représentante de la communauté bamilékée sur la scène politique. Troisième péché capital avancé : le « totalitarisme idéologique ». Le MRC serait arrivé sur la scène politique avec la conviction que son idéologie, jugée clivante et tribaliste par Yves Abama, serait la seule valable. Tout porteur d’une pensée différente se serait alors vu désigner comme un ennemi public. « Son idéologie est celle du peuple, son président est celui du peuple », ironise le militant du RDPC, pour qui cette posture a rapidement transformé le débat politique en rapport de forces. Quatrième volet de cette charge : l’érection de l’insulte et de l’invective en arguments politiques. Yves Abama affirme que le MRC aurait fait de la violence verbale son outil principal pour réduire ses contradicteurs au silence. Il évoque les mots employés par Maurice Kamto lui-même, qui aurait traité ses collègues enseignants de « juristes du quartier », ou encore les menaces proférées à l’encontre de ceux qui osaient contester les positions du parti. « Le droit de la force devenue l’arme principal d’un individu pourtant présenté par ses partisans comme “le pape du droit” », s’étrangle presque l’auteur, qui y voit un paradoxe.

L’auteur rappelle qu’en 2020, Joshua Osih et le PCRN de Cabral Libii avaient été accusés de collaborer avec le régime pour avoir refusé de suivre le mot d’ordre de boycott des élections locales lancé par Maurice Kamto
Cinquième péché : la « démultiplication des faux profils » sur les réseaux sociaux. Le texte décrit un système bien rodé où chaque partisan du MRC disposerait d’une centaine de comptes fictifs pour prendre d’assaut les pages de ceux qui ne partagent pas leurs vues. Objectif : non pas argumenter, mais rappeler à leurs cibles combien elles seraient « misérables, affamées, mendiantes ». Yves Abama assure que cette méthode a fonctionné, dissuadant certains acteurs politiques et de la société civile de critiquer ouvertement le MRC. Il cite les noms de Me Claude Assira, du Pr Claude Abe ou encore du Dr David Eboutou, qui auraient été « rudoyés » par ces armées numériques après avoir émis des réserves. Sixième grief : la « mise en accusation permanente des autres leaders politiques ». Le MRC verserait régulièrement dans les procès en traîtrise. L’auteur rappelle qu’en 2020, Joshua Osih et le PCRN de Cabral Libii avaient été accusés de collaborer avec le régime pour avoir refusé de suivre le mot d’ordre de boycott des élections locales lancé par Maurice Kamto. Aujourd’hui, le MRC souhaite participer aux élections locales de 2026 et se voit à son tour traité de traître par le Front pour la sauvegarde de la nation camerounaise (FSNC), qui appelle au boycott. « L’arroseur arrosé », commente Yves Abama. Enfin, septième péché : une « hostilité terrible à toute critique ». Selon le militant du RDPC, le MRC s’arrogerait le droit de tout dire sur les autres, mais ne supporterait pas la moindre observation sur ses propres méthodes ou sur son leader. La moindre réserve serait vécue comme une attaque nucléaire.

Un débat politique « dans la gadoue »
Face à ces comportements qualifiés de « quasi grégaires », Yves Abama estime que les autres acteurs politiques ont été contraints de riposter, employant parfois les mêmes méthodes. Une surenchère qui aurait définitivement plongé le débat politique camerounais « dans la gadoue », selon l’expression employée. Ce texte, émanant d’un militant du parti au pouvoir, intervient alors que les élections locales de 2026 se profilent et que les positionnements des différentes formations politiques commencent à se préciser. Le MRC, qui avait appelé au boycott en 2020, a cette fois annoncé son intention de prendre part au scrutin, une décision qui lui vaut des critiques tant de la part de la mouvance présidentielle que de certains alliés d’hier. Contacté pour recueillir sa réaction, le MRC n’avait pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication de cet article.

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