Le Burkina Faso vient de perdre l’un de ses officiers généraux les plus connus des derniers instants du régime Compaoré. Le général Honoré Nabéré Traoré, ancien chef d’état-major et ancien président de la FBF, s’est éteint à l’âge de 69 ans. Décédé à à Ouagadougou, l’armée et le football burkinabè perdent ainsi une de leurs figures.
Le général de division est décédé dans la nuit du dimanche 24 au lundi 25 mai 2026 à Ouagadougou. Ancien chef d’état-major général des armées (CEMGA) et ancien président de la Fédération burkinabè de football (FBF), il laisse derrière lui une double empreinte, à la fois militaire et sportive.
Un parcours militaire exemplaire
Né le 28 septembre 1957 à Dédougou, dans la région de la Boucle du Mouhoun, Honoré Traoré a très tôt choisi la carrière des armes. Il a effectué sa formation au Prytanée militaire du Kadiogo, puis au Sénégal, avant de rejoindre l’Académie royale militaire de Meknès, au Maroc. Son ascension au sein de l’armée burkinabè a été constante. Il a occupé plusieurs postes de responsabilité, dont celui de directeur central des sports, des arts et de la culture des Forces armées nationales. En 2011, à la suite de la révolte au sein de l’armée, il a été nommé chef d’état-major général des armées, fonction qu’il a assurée jusqu’en 2014. C’est à cette période, marquée par la chute du président Blaise Compaoré, que son nom est brièvement apparu sur le devant de la scène politique. Le 31 octobre 2014, après la démission du chef de l’État, le général Traoré s’est autoproclamé chef de l’État par intérim pour une durée de douze mois. Mais cette situation n’a duré que quelques heures. Dès le lendemain, l’armée a publié un communiqué affirmant son soutien au lieutenant-colonel Isaac Zida comme chef de la transition. Le général Traoré a lui-même signé ce communiqué, renonçant ainsi au pouvoir.
Affaire du coup d’État de Diendéré
Lors du procès du putsch de 2015 au Burkina Faso, le Général de division Honoré Nabéré Traoré a été appelé à la barre comme témoin dès l’ouverture de l’audience. Sa déposition a recoupé celles des autres officiers supérieurs concernant les réunions de la Commission de réflexion et d’aide à la décision, convoquées les 16 et 17 septembre 2015 à la demande du Général Gilbert Diendéré. Le témoin a rappelé l’insistance de ce dernier pour obtenir le soutien de la hiérarchie militaire, qui avait pourtant clairement exprimé son opposition.
« J’ai besoin de votre aide. Soutenez-moi », aurait déclaré Gilbert Diendéré.
Sur un point précis, le Général Traoré a apporté un éclairage que d’autres témoins avaient omis. Concernant la réunion du 17 septembre, le Général Diendéré avait affirmé que le Chef d’état-major général des armées de l’époque, le Général de brigade Pingrenoma Zagré, lui avait cédé sa place pour présider la rencontre. Le Général Traoré a confirmé cette version : « Quand il est entré dans la salle, le CEMGA a voulu lui céder sa place. Il a dit non, mais sur insistance, le Général Diendéré a accepté et c’est lui qui a présidé la rencontre. » Un témoignage d’autant plus notable que le général, au début de sa déposition, ne se rappelait pas avoir participé à cette réunion.
Honoré Traoré a également été un acteur majeur du sport dans son pays. Il a présidé l’Union sportive des forces armées (USFA) et a été membre du Comité directeur du Conseil international du sport militaire (CISM). Mais c’est à la tête de la Fédération burkinabè de football que son nom reste le plus associé. Il a occupé ce poste de 1997 à 2002, devenant ainsi le cinquième président de l’histoire de l’institution. Sous sa gouvernance, le football burkinabè a connu des avancées notables. Il a également siégé au sein de la Commission de football des jeunes de la Confédération africaine de football (CAF), contribuant ainsi au rayonnement du continent. Le général Honoré Traoré laisse le souvenir d’un homme ayant servi son pays sous deux casquettes : celle du militaire rigoureux et celle du dirigeant sportif passionné. Son passage éphémère à la tête de l’État en 2014 annote une carrière bien plus longue et dense. Les réactions de condoléances ont commencé à affluer lundi matin, tant du côté des autorités militaires que du monde sportif burkinabè. Les obsèques du général de division devraient se dérouler dans les prochains jours à Ouagadougou, en présence des hautes personnalités des armées et du football ouest-africain. Le Burkina Faso perd un serviteur de l’État, efficace, dont l’héritage mérite d’être salué.



