Loin d’être ex-nihilo, Zita Oligui Nguema était dans une autre vie – inspectrice des douanes avant de devenir de facto Première dame du Gabon. Depuis le 4 septembre 2023, le Gabon compte une nouvelle Première dame en la personne de Zita Oligui Nguema. Portrait de Zita Oligui Nguema, épouse du président gabonais et présidente d’associations caritatives.
Née Zita Nyangui le 25 septembre 1978 dans la capitale, cette mère de famille et épouse du président Brice Clotaire Oligui Nguema n’en est pas moins une femme de carrière. Avant d’occuper les ors de la présidence, l’officier supérieur a gravi les échelons de l’administration douanière gabonaise, passant du statut d’inspectrice centrale à celui d’inspectrice principale. Un parcours qui a forgé en elle rigueur administrative, engagement social et devoir de représentation.
De la biologie végétale à la douane, un itinéraire académique original
Rien ne prédestinait Zita Nyangui à une carrière dans la régulation des flux commerciaux. Après un baccalauréat scientifique, elle obtient une maîtrise en biologie végétale à l’université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, au Maroc. C’est là, au royaume chérifien, qu’elle découvre un autre univers professionnel. Elle s’inscrit au Centre de formation douanière de Casablanca, dont elle sort diplômée en 2005 avec le titre d’inspectrice centrale des douanes. De retour au Gabon, elle intègre la direction régionale des douanes en 2006, puis rejoint le bureau central de l’aéroport international Léon-Mba de Libreville en 2007. Son travail, technique et exigeant, consiste à contrôler les marchandises, appliquer la réglementation et lutter contre la fraude. Sept ans plus tard, sa carrière prend un tournant géographique. En 2015, le couple Nyangui-Oligui Nguema est amené à résider au Sénégal. Zita obtient alors une affectation en complément d’effectif auprès de l’attaché douanier à l’ambassade du Gabon à Dakar. Cette expérience diplomatique lui ouvre de nouveaux horizons, entre coopération administrative et représentation du pays. À l’issue de cette mission, elle réintègre le bureau central du port Môle à Libreville. En juillet 2023, quelques semaines avant l’investiture de son époux à la tête de l’État, elle est promue au grade d’inspecteur principal des douanes.
Première dame de transition, puis première dame élue
Le 30 août 2023, le général Brice Oligui Nguema est porté à la tête du Comité pour la transition et la restauration des institutions. Le 4 septembre, Zita devient Première dame du Gabon. Un titre protocolaire qu’elle conserve après l’élection présidentielle du 12 avril 2025, remportée par son époux. Le 3 mai 2025, jour de l’investiture du président démocratiquement élu, elle lui adresse publiquement un message de félicitations, affirmant son soutien et sa place à ses côtés. Ce passage du statut de conjoint de chef de junte à celui d’épouse de président élu est rare. Il indique la continuité d’un rôle qui, sans être inscrit dans la Constitution, s’est imposé dans les faits. Depuis 2023, Zita Oligui Nguema incarne cette fonction avec ses propres priorités.
Zita Oligui Nguema dans le monde associatif
Très vite, la nouvelle Première dame s’investit dans les associations d’épouses de militaires. Elle préside l’Association des épouses des personnels de la Garde républicaine (AEPGR) et la Fédération des associations des épouses des personnels des Forces de défense (FAEPFD). Ces structures, qui regroupent des centaines de femmes, visent à consolider l’unité des familles de soldats, améliorer leurs conditions de vie et transmettre des valeurs de solidarité et d’entraide. Zita Oligui Nguema accorde une attention particulière à l’autonomisation économique des femmes. Sous sa houlette, des formations sont organisées pour renforcer les capacités entrepreneuriales, managériales et technologiques des épouses de militaires. Elle supervise également chaque année la distribution de kits scolaires aux enfants démunis et soutient les orphelins. En juin 2024, sa fondation Ma Bannière s’allie à l’Association Alba pour lutter contre les discriminations liées à l’albinisme. Le 20 juin, elle célèbre la fête des Mères au Radisson Blu de Libreville, en présence de centaines de Gabonaises. Le 1er septembre 2025, elle inaugure le mémorial Makongonio, érigé en hommage aux disparus et survivants du crash aérien du 25 juin 1985 dans la province de la Ngounié. Ce geste symbolique, très remarqué, témoigne de son ancrage dans la mémoire nationale.
Quel statut pour la Première dame ?
Le cas de Zita Oligui Nguema illustre les paradoxes de cette fonction. La Première dame n’a pas de base constitutionnelle au Gabon, comme dans la plupart des régimes. Elle ne perçoit pas de salaire et ne dispose d’aucun pouvoir exécutif. Pourtant, elle bénéficie d’un bureau, d’un personnel et d’une sécurité. Elle est invitée aux cérémonies officielles, accompagne le président lors de ses voyages diplomatiques et reçoit des chefs d’État étrangers. Cette ambivalence est caractéristique du rôle, défini par la coutume et l’engagement personnel de celle qui l’occupe. Certaines Premières dames se contentent d’un rôle discret, d’autres, comme Zita Oligui Nguema, choisissent de mettre en avant des causes sociales et d’incarner une certaine image de la femme africaine moderne, à la fois professionnelle, croyante et tournée vers les autres.
Fervente chrétienne, elle consacre du temps à la prière et aux œuvres de charité. Ceux qui la côtoient décrivent une femme discrète, méthodique, héritière sans doute de sa formation de douanière, mais également sensible aux questions humaines.
Aujourd’hui, Zita Oligui Nguema poursuit ses actions. Elle reste présidente d’honneur de la Ligue des femmes de l’Union démocratique des bâtisseurs (LFUDB), le parti au pouvoir. Son influence ne repose pas sur des textes, mais sur sa capacité à fédérer et à porter des projets concrets. Le parcours de cette inspectrice des douanes devenue Première dame reflète une certaine idée du mérite et de la continuité de l’État. Des couloirs de l’aéroport de Libreville aux salons de la présidence, elle a su conserver une forme de rigueur professionnelle et un sens du service public. Le Gabon s’engage dans une nouvelle séquence politique, son rôle pourrait évoluer, mais son empreinte est déjà visible dans le paysage social et associatif du pays.




