Le Ghana vient d’annoncer une mesure qui pourrait modifier les habitudes de voyage sur le continent. À partir du 25 mai 2026, date symbolique de la Journée de l’Afrique, tous les ressortissants africains bénéficieront d’un régime de visas gratuits pour entrer sur le territoire ghanéen.
L’information a été rendue publique par le président John Dramani Mahama , à l’issue d’un entretien bilatéral avec son homologue zimbabwéen Emmerson Mnangagwa. Cette décision, qui prend la forme d’un e-visa sans frais, s’inscrit dans la tradition panafricaine du pays, héritée de l’ancien président Kwame Nkrumah. Accra entend ainsi faciliter la circulation des personnes et dynamiser les échanges économiques à l’échelle régionale.
Une politique d’ouverture aux racines historiques
Le Ghana n’en est pas à son premier geste en faveur de la mobilité continentale. Déjà, entre Accra et Harare, les citoyens des deux pays voyagent sans visa , un arrangement que les deux capitales souhaitent voir étendu à d’autres États africains. L’annonce de la gratuité des visas pour l’ensemble des Africains constitue cependant un saut qualitatif. En sélectionnant le 25 mai, date commémorant la fondation de l’Organisation de l’unité africaine (devenu Union africaine), le chef de l’État ghanéen renoue avec la rhétorique des pères fondateurs du panafricanisme. Kwame Nkrumah, premier président du Ghana indépendant, militait déjà pour la suppression des barrières héritées de la colonisation. Sa vision d’une Afrique unie, où les hommes et les biens circuleraient sans entrave, trouve un écho direct dans cette réforme. Les autorités actuelles ne s’en cachent pas :
le geste est autant politique qu’économique. Il s’agit de rappeler que le Ghana reste une terre d’accueil et un carrefour pour l’ensemble des populations du continent.
Les observateurs notent que cette décision intervient dans un contexte de concurrence accumulée entre les hubs régionaux. Le Rwanda, les Seychelles ou encore la Gambie ont déjà assoupli leurs régimes de visa ces dernières années. Accra a choisi une voie plus radicale : la suppression pure et simple des frais, associée à une dématérialisation complète de la procédure via un système d’e-visa. Selon les premières estimations du ministère du Tourisme, cette mesure pourrait entraîner une augmentation significative du nombre de visiteurs en provenance des pays voisins et de l’Afrique australe ou orientale. le gouvernement ghanéen avance des arguments concrets. La gratuité des visas vise à stimuler le tourisme, à attirer des investisseurs et à fluidifier les échanges commerciaux intra-africains. Le Ghana, qui dispose d’une économie relativement diversifiée (cacao, hydrocarbures, services), espère renforcer son rôle de porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest. Les professionnels du secteur privé, notamment dans l’hôtellerie et les transports, ont accueilli favorablement l’annonce, tout en réclamant des garanties sur la sécurité et la capacité d’accueil.
Les autorités assurent que des dispositifs de contrôle accompagneront cette ouverture. Le système d’e-visa gratuit ne signifie pas l’absence de vérifications. Chaque demandeur devra remplir un formulaire en ligne et fournir les pièces justificatives usuelles. L’administration ghanéenne s’engage à traiter les demandes dans des délais raccourcis, sans frais pour le retrait. La sécurité nationale reste une priorité, et la police des frontières disposera des outils nécessaires pour refuser l’entrée à toute personne signalée. Parallèlement à cette annonce, le Ghana poursuit une diplomatie active en matière de mobilité. Depuis 2025, le pays a signé 23 accords bilatéraux d’exemption de visa avec d’autres États africains. L’objectif affiché par Accra est de parvenir, à terme, à une suppression complète des visas pour l’ensemble des citoyens de l’Union africaine, conformément aux aspirations du protocole sur la libre circulation adopté par l’UA en 2018, mais encore peu appliqué sur le terrain.
La rencontre avec le Zimbabwe et les enjeux géopolitiques
L’annonce présidentielle a eu lieu dans le cadre d’une visite officielle du président zimbabwéen Emmerson Mnangwagwa à Accra. Les deux dirigeants ont évoqué non seulement la mobilité, mais aussi les tensions géopolitiques actuelles et les perturbations économiques qui s’attaquent au continent. Ils ont réaffirmé leur attachement commun au dialogue, à la souveraineté des États et au respect du droit international. La rencontre a été qualifiée de « productive et tournée vers l’avenir » par les services de la présidence ghanéenne. Ce rapprochement entre Accra et Harare illustre la volonté des deux capitales de développement des partenariats Sud-Sud, en dehors des cadres traditionnels dominés par les anciennes puissances coloniales. Le Ghana, qui jouit d’une image de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, et le Zimbabwe, en quête de réinsertion diplomatique après des années de sanctions, trouvent un terrain d’entente dans le panafricanisme économique. La mesure des visas gratuits, en vigueur dans moins de deux mois, sera scrutée par l’ensemble des États africains. Si elle s’avère concluante, elle pourrait servir de modèle à d’autres pays hésitants. Le pari d’Accra est osé. Il repose sur une conviction ancienne : ouvrir ses portes, c’est aussi se préparer à recevoir.



