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Guinée : Législatives et communales, qui sont les partis autorisés à la compétition ?

La Guinée connaît enfin le dernier chronogramme de la Transition militaire du CNRD. Pour ce double scrutin tant attendu, les Guinéens seront appelés aux urnes le 24 mai 2026 pour élire les premiers députés et maires de la Ve République. Une journée très dense car près de 7 millions d’électeurs se rendront dans les urnes pour désigner les 114 élus nationaux et les milliers de conseillers municipaux des 342 communes urbaines et rurales. Cet acte ultime va marquer à jamais le retour véritable à l’ordre constitutionnel.

Des millions d’électeurs guinéens sont appelés aux urnes pour une journée électorale particulièrement dense. Ils devront élire simultanément les 114 députés de la future Assemblée nationale et les milliers de conseillers municipaux chargés d’administrer les 342 communes urbaines et rurales du pays. La nouvelle représentation nationale, définie selon les dernières structures électorales, fonctionnera selon un système mixte : 38 députés seront élus au scrutin uninominal tandis que 76 le seront à la proportionnelle. A cette compétition plusieurs partis et formations ne seront pas d’office à ce rendez-vous comme l’UGDP de Dalein Diallo, le RGP d’Alpha Condé, le parti d’Aliou Ba. Il faudra aussi compter sur les candidats malheureux de la présidentielle du 28 décembre 2025 en plus d’autres indépendants rompus à l’œuvre politique. Ils attendaient ce décret depuis des mois. Les Guinéens savent désormais à quelle date ils retourneront aux urnes. Ce vendredi 20 février, un décret lu sur les antennes de la RTG a fixé au dimanche 24 mai 2026 la tenue des élections législatives et communales sur l’ensemble du territoire national. Une étape majeure dans le processus de retour à l’ordre constitutionnel engagé par les autorités de la transition.

Le décret présidentiel pose les jalons
C’est par la voix solennelle du journaliste de la télévision nationale que l’information est tombée. Le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya, a signé le décret convoquant le corps électoral pour un double scrutin. Le 24 mai 2026, les Guinéens seront donc appelés à choisir leurs députés, mais aussi leurs conseillers communaux. Deux élections en une seule journée, un choix d’efficacité qui doit permettre de parachever en une seule étape la construction institutionnelle du pays. Le décret précise que les ministères en charge de l’Administration du territoire, des Affaires étrangères, de la Justice, de la Sécurité et de la Défense sont instruits de prendre toutes les dispositions nécessaires à l’organisation de ces élections. La Direction générale des élections (DGE) et l’Organe autonome de supervision des élections et du référendum (ONASUR) sont également chargés de veiller à l’application effective de cette décision.

La DGE et le dispositif pour les parlementaires
Dans l’architecture électorale guinéenne, une institution joue désormais les premiers rôles. La Direction générale des élections, placée sous la tutelle du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, hérite de la lourde responsabilité d’orchestrer ce double scrutin. De la gestion du fichier électoral biométrique à la logistique des bureaux de vote, en passant par la formation des agents et la distribution du matériel, la DGE est le garant technique de la fiabilité et de la transparence des opérations. Pour les autorités de la transition, l’enjeu est de taille : démontrer la capacité de l’administration guinéenne à organiser des scrutins crédibles et apaisés. Après des années de tensions politiques et de contestations post-électorales, la Guinée joue gros.

Un double scrutin pour un retour définitif à l’ordre constitutionnel
En couplant législatives et communales, le gouvernement opte pour une stratégie d’efficacité. Il s’agit de concentrer les moyens, de mobiliser l’attention des électeurs sur une seule journée, et de permettre au pays de tourner la page de la transition en une seule fois. Car ces élections ne sont pas un simple rendez-vous électoral de plus. Elles doivent marquer l’aboutissement du processus engagé après la prise de pouvoir par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) en septembre 2021. Le retour à l’ordre constitutionnel, promis par les autorités, passe par cette double échéance. Une fois les députés et les conseillers communaux installés, la Guinée aura retrouvé des institutions représentatives élues, seul cadre légitime pour conduire les réformes attendues par la population.

Reste que l’organisation d’un double scrutin en un seul jour n’est pas une mince affaire. Il faudra prévoir des bureaux de vote adaptés, du personnel en nombre suffisant, des bulletins et des urnes pour deux élections distinctes. La DGE devra également gérer la question du fichier électoral. Sa fiabilité a souvent été contestée par l’opposition lors des scrutins passés. Les autorités assurent avoir travaillé à son assainissement, mais la preuve devra être faite sur le terrain. Dans un pays où certaines régions connaissent des tensions récurrentes, l’organisation d’élections libres et transparentes suppose un dispositif de protection des électeurs et des agents électoraux. Les ministères de la Sécurité et de la Défense, explicitement cités dans le décret, ont donc reçu instruction de prendre leurs dispositions.

La classe politique face à l’échéance
Cette annonce relance évidemment les calculs et les stratégies au sein de la classe politique guinéenne. Partis de l’ancienne majorité, opposition, nouvelles formations… Tous doivent désormais se préparer à une campagne qui s’annonce intense. Le calendrier est serré. D’ici au 24 mai, il faudra organiser les investitures, mobiliser les militants, élaborer les programmes, et convaincre les électeurs. Pour les candidats aux législatives, l’enjeu est de taille : entrer à l’Assemblée nationale, ou y rester. Pour ceux qui briguent les communales, il s’agit de conquérir ou de conserver des mairies, véritables leviers de développement local. À côté de la DGE, une autre instance aura un rôle clé : l’Organe autonome de supervision des élections et du référendum (ONASUR). Créé pour apporter une garantie supplémentaire de transparence, il devra veiller au bon déroulement du scrutin et à la régularité des opérations. Son impartialité et son efficacité seront scrutées de près par les acteurs politiques et par la communauté internationale, qui suit avec attention le processus de transition guinéen.

Plusieurs acteurs politiques absents
Ce scrutin intervient dans un contexte politique profondément restructuré par le régime militaire. Le paysage partisan guinéen a connu une véritable cure d’austérité, passant d’environ 350 partis avant 2021 à seulement 130 aujourd’hui. Cette épuration résulte d’une vaste opération d’évaluation menée par le ministère de l’Administration du Territoire, dont les conclusions ont été rendues publiques le 14 mars 2025. À l’issue de cette évaluation, les formations politiques ont été réparties en cinq catégories distinctes. Soixante-quinze partis, jugés en conformité avec la législation, ont reçu un certificat d’aptitude à l’exercice régulier d’activités politiques. Vingt-huit partis ont été suspendus pour une durée de trois mois, parmi lesquels figurent des poids lourds comme le RPG Arc-en-ciel de l’ancien président Alpha Condé, l’UFR de Sidya Touré et le PUP, l’ancien parti au pouvoir sous Lansana Conté. Vingt-sept formations ont été purement et simplement dissoutes par arrêté ministériel. Quatre partis sont placés sous observation renforcée pour trois mois, tandis que vingt-quatre autres, dont l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, sont autorisés à poursuivre leurs activités sous réserve de corriger certaines irrégularités dans un délai de 45 jours.

Cette restructuration aura des conséquences directes sur la participation aux élections du 24 mai 2026. Plusieurs formations majeures, privées de leur agrément ou en cours de régularisation, pourraient être absentes du scrutin.
C’est notamment le cas de l’UFDG, principal parti d’opposition, placé sous observation avec un ultimatum de 45 jours pour organiser son congrès sous peine de suspension. Parallèlement, les huit autres candidats qui avaient été retenus pour l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 pourront également participer à la compétition législative et communale. La Cour suprême avait validé neuf candidatures pour la présidentielle, dont celles d’Abdoulaye Yéro Baldé (FRONDEG), Makalé Camara (FAN), Ibrahima Abé Sylla (NGR), Faya Lansana Millimouno (Bloc Libéral), Abdoulaye Kourouma (RRD), Mohamed Nabé (ARP), Elhadj Bouna Keita (RGP) et le candidat indépendant Mohamed Shérif Tounkara. Cette échéance du 24 mai 2026 représente donc l’acte ultime du processus de transition, devant consacrer le retour des Guinéens aux urnes pour choisir leurs représentants locaux et nationaux, dans un paysage politique profondément remodelé par l’action des autorités militaires.

Le compte à rebours est lancé
D’ici au 24 mai, les semaines seront comptées. La DGE doit désormais activer tous les leviers pour que le matériel électoral soit disponible, que les agents soient formés, que les listes électorales soient accessibles et fiables. La campagne électorale, dont les dates seront précisées ultérieurement, viendra ensuite animer le pays. Pour l’heure, c’est le soulagement qui domine chez de nombreux acteurs politiques : après des mois d’incertitude, ils savent enfin à quelle date ils devront convaincre. Le 24 mai 2026, la Guinée a rendez-vous avec son histoire. Ce jour-là, les électeurs ne choisiront pas seulement des hommes et des femmes. Ils décideront aussi, collectivement, du chemin que leur pays empruntera pour les années à venir. L’annonce est observée avec attention. Les partenaires techniques et financiers, qui ont accompagné la transition, y verront un signe de l’engagement des autorités à respecter le calendrier annoncé. La CEDEAO, l’Union africaine, l’Union européenne et les Nations unies suivront de près l’organisation de ce double scrutin. Leur observation sera déterminante pour la reconnaissance internationale des résultats. La Guinée, qui aspire à tourner la page des transitions à répétition, joue là une carte importante. Celle de sa crédibilité, de sa stabilité, et de son avenir démocratique.

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