Au Mali, trois jours après les attaques conjointes des jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et du Front de libération de l’Azawad (FLA), les 24 et 25 avril, des détonations ont été entendues dans la nuit du lundi 27 au mardi 28 avril à Bamako, vers la zone aéroportuaire. Alors qu’un calme précaire règne dans le pays, la ville de Kidal, dans le nord, reste aux mains du Jnim et du FLA, qui s’organisent. Par ailleurs, l’état de santé du numéro trois du régime, le général Modibo Koné, patron de l’Agence malienne de sécurité d’État, se serait dégradé.
Au Mali, dans la nuit de lundi 27 à mardi 28 avril, de fortes détonations ont été entendues à Bamako vers la zone aéroportuaire. Tirs de sommation ? Nouvelles attaques ? Pour le moment, aucune réponse précise n’a été apportée, relève notre correspondant régional, Serge Daniel. Selon les premières informations, ces détonations seraient toutefois sans gravité. Par ailleurs, d’après des sources hospitalières, le bilan des attaques de samedi s’élève à au moins 23 morts, civils et militaires.
À Kati, ville-garnison localisée à une quinzaine de kilomètres de la capitale, le calme semble revenu. Deux témoins, interrogés séparément, confient avoir vu entrer dans la ville un convoi de cinq véhicules administratifs. S’agit-il du chef de la junte, le général Assimi Goïta, qui a été exfiltré après les attaques ? Depuis, le président de transition n’a pas été vu physiquement.
Selon plusieurs sources, il aurait d’abord été mis à l’abri dans un camp des forces spéciales. Ses proches assurent qu’il est bien à Bamako mais des interrogations persistent. A-t-il des problèmes de sécurité? Serait-il dépassé par les événements? Est-il en train de perdre la main? On ne peut pas dire à ce stade que la junte malienne est décapitée, mais elle est très affaiblie. Selon la présidence, Assimi Goïta aurait reçu récemment un diplomate russe. Un élément qui reste à prendre avec précaution.
Un autre indicateur est attendu : les obsèques du ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara, tué lors des attaques, doivent en principe se tenir jeudi à Kati. Une éventuelle absence du chef de la junte à cette cérémonie alimenterait davantage les interrogations.
À noter que l’état de santé du numéro trois, le général Modibo Koné, patron de l’Agence malienne de sécurité de l’État, se serait dégradé. Il avait été atteint de plusieurs balles lors des attaques du 25 avril.
Calme précaire à l’intérieur du pays, Moscou souhaite un retour « au plus vite » à la stabilité
À l’intérieur du pays, un calme précaire règne. Dans la région de Gao, des militaires de l’armée régulière ont abandonné leur position de la localité de Labbezanga pour se replier vers Ansogo. Dans la ville de Ménaka, une attaque de jihadistes affiliés au groupe État islamique aurait été repoussée.
Au nord-est, à Kidal, les rebelles du FLA contrôlent toute la ville et ont entamé des rencontres avec les populations locales, affirmant vouloir les « rassurer ». Les mercenaires russes de l’Africa Corps, qui aidaient sur place l’armée, ont quitté les lieux.
Depuis Moscou, le Kremlin dit souhaiter un retour « au plus vite » à la stabilité. Interrogé sur le sujet lors de son briefing quotidien, le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a jugé « important que le Mali retrouve rapidement une trajectoire pacifique et stable ». Il n’a en revanche donné aucune information sur la situation du président de transition Assimi Goïta, ni sur la capacité des paramilitaires d’Africa Corps à maîtriser la situation.
Depuis samedi, le groupe multiplie depuis la diffusion de vidéos, cherchant à démontrer son engagement militaire. Une communication qui intervient alors que, selon plusieurs sources, certains officiels maliens accusent en privé de « trahison des amis russes ».
Autre déclaration ce mardi : celle du vice-ministre russe des Affaires étrangères, Gueorgui Borissenko. Il affirme que les paramilitaires d’Africa Corps ont permis d’empêcher un « coup d’État ». Il reconnaît toutefois que ces forces ont « subi des pertes » « lors de frappes dans plusieurs régions du pays », sans communiquer de bilan.
Dès samedi, la diplomatie russe avait fait part de son « inquiétude » face à des attaques jihadistes qu’elle considère comme « une menace directe pour la stabilité » du Mali et de la région.
À noter qu’à l’international, Alger, qui rejette le terrorisme, réaffirme son soutien à l’unité territoriale du Mali, à l’unité de son peuple et de ses institutions. La France, de son côté, se dit « préoccupée face aux récents développements », condamnant avec « fermeté les violences commises à l’encontre des civils » et disant souhaiter une « paix et une stabilité durables » au Mali.



