12042021Headline:

Côte d’Ivoire: Marie Sery Koré, un parcours de combattante

Marie Séry Koré, on le sait, a marqué l’histoire politique de la Côte d’Ivoire, d’avant l’indépendance. 68 ans après sa disparition, nous avons retrouvé sa nièce Tré Emma (74ans) qui nous retrace le parcours de cette combattante.

« Je tiens d’abord à la présenter. Marie Koré est la grande cousine de mon papa. Dans la famille, elle s’appelle Zogbo Galo Marie. Elle est de la sous-préfecture de Gbogbué, dans le département de Daloa. Son mari Séri Koré est de Soubré. C’est pour cela qu’on l’appelle Marie Koré. Elle a lutté pour le Pdci-Rda. C’est elle qui a élevé mon papa et qui l’a emmené en basse côte, de Sassandra jusqu’à Abidjan. C’est d’ailleurs grâce à elle que mon père a épousé ma mère. Je ne me rappelle plus à quelle date elle est décédée, mais je devais avoir entre 8 et 9 ans (notre interlocutrice est née le le 3 juin 1945, Treichville : Ndlr) quand elle est morte. J’étais encore petite à Abidjan. Je l’ai côtoyée. J’ai vécu avec elle, toute petite. Pendant la marche des femmes sur Grand-Bassam, ma mère qui était de cette marche me portait sur le dos. Marie-Koré portait également sur le dos, Denise Koré, la fille aînée de son mari. Denise qui est malheureusement décédée et moi, sommes de la même génération. Toutes petites, nous étions très souvent ensembles.

Marie-Koré habitait Treichville, précisément vers où est situé l’actuel rond-point de la rue 12, lieu où était autrefois installé le marché de Treichville. Plus tard, mon père et ma mère nous ont expliqué, ma petite sœur et moi, que Marie Koré était une femme brave, grande, imposante. Ma maman faisait partie des premières femmes vendeuses de poissons frais de ce marché. A l’époque, la plupart des vendeuses étaient des femmes bété de Gagnoa, Soubré et de Daloa.

Quand il y avait un événement et Marie Koré arrivait, lorsqu’elle levait le petit doigt, toutes les femmes la suivaient. C’est ainsi qu’elles ont marché sur Grand-Bassam dans le but de faire libérer les détenus politique, à cette période coloniale. Papa nous expliquait qu’une fois arrivée à Grand-Bassam, ce n’était pas facile. Elles ont été arrosées avec de l’eau salée, contenant du sable, tabassées avec les crosses de fusils et des matraques électriques. Papa disait qu’elle a reçu de violents coups de crosses aux hantes, ce qui a d’ailleurs causé sa mort, plus tard. Car, elle se plaignait de grandes douleurs aux hanches. Après sa disparition, papa qui travaillait chez Jean Abile-Gal (société étrangère qui avait pour secteur d’activité : le commerce de gros, à l’exception des automobiles et des motocycles qui a fait faillite en 1999 : Ndlr) a décidé de rentrer au village pendant que j’étais au CE2, entre 1955-1956. Nous sommes donc rentrés au village, à Daloa. Après, quand j’ai grandi, j’ai vu son effigie sur des billets de 1000 francs.

 avait attaché un foulard sur la tête, en femme battante, guerrière. En tout cas, nous en étions fiers. Cela n’est pas donné à tout le monde. Une Africaine, surtout une Ivoirienne qui a son effigie sur l’argent, cela signifie que les gens ont reconnu sa bravoure. Elle est morte sans avoir eu d’enfant biologique.

Lors de la célébration des 70 ans de la création du PDCI, à la demande des responsables du parti, nous femmes, avions suivi ce même itinéraire. A l’époque, j’étais la présidente des femmes du PDCI à Dabou, on a dit qu’on devait renouveler cette marche sur Bassam. Cela m’a donné une sensation. Quand nous sommes arrivées à Bassam, je me suis rappelée de ma tante et ainsi que de maman. C’est ce que nos parents, nos mamans ont fait quand nous étions encore petites. Cela m’a fait plaisir. Je revoyais les images comme si j’étais présente. C’est comme si c’est ma tante Marie Koré qui marchait pour aller à la prison de Grand-Bassam.

 peux dire que le combat a porté, puisque l’histoire est là et on en parle chaque fois. Dès qu’on parle de la marche des femmes sur Grand-Bassam, c’est Marie Koré que l’on voit. Les autres femmes viennent après, notamment Anne-Marie Raggi. C’est parce que Marie Koré est vite morte (elle est décédée en 1953, alors qu’elle serait née en 1910 ou 1912, selon les historiens : Ndlr) que nous avons appris par la suite que Anne Marie Raggi et bien d’autres femmes étaient aussi de cette marche. »

DD

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