Les tapages et remous sur la question du foncier, ont mis en quarantaine la bonne volonté des autorités d’arrêter l’hémorragie depuis sa source. Pour pallier à cette évidence, l’Etat de Côte d’Ivoire s’est enfin décidé à prendre le taureau par les cornes. Dans cette quarantaine, le ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme (MCLU) a réuni, le 3 Avril 2025 à Yamoussoukro, les Rois et Chefs traditionnels de Côte d’Ivoire pour les associer pleinement à la réforme du domaine foncier urbain.
Placé sous le thème «Rôle et responsabilité des Rois et Chefs traditionnels dans la gestion du domaine foncier urbain et la mise en œuvre des réformes du MCLU », ce séminaire visait à renforcer la collaboration entre l’administration et les autorités coutumières, garantes de la cohésion sociale et de la paix foncière.
Un séminaire structuré en trois axes
Les travaux ont été organisés autour de trois grands volets. Le premier a dressé un diagnostic de l’implication coutumière : historique de la gestion des lotissements, rôle des Chefs dans la délivrance des actes fonciers et difficultés rencontrées par l’État dans le foncier villageois.
Le deuxième a détaillé les réformes en cours, en particulier l’«Attestation de Droit d’Usage coutumier» (ADU), nouvel outil légal destiné à sécuriser les transactions. Le troisième a réaffirmé les attentes du MCLU : clarifier les responsabilités traditionnelles et souligner leur rôle de relais auprès des communautés.
Le foncier, source d’identité
Face aux têtes couronnées, le ministre Bruno Nabagné Koné a rappelé l’enjeu de cette démarche gouvernementale. «Le foncier est au cœur de la vie de nos communautés, source d’identité, de richesse, de stabilité familiale et communautaire. C’est quelque chose d’immuable qu’il nous faut gérer aujourd’hui avec vigueur, sensibilité et justice. » Il a souligné que la loi n°2020‑624 du 14août2020 a instauré le Code de l’urbanisme et du domaine foncier urbain. « Ce texte redéfinit en profondeur les règles d’occupation, de planification et d’aménagement. Il consacre officiellement le rôle des communautés villageoises dans la transformation urbaine. Désormais, les autorités traditionnelles peuvent initier des projets de lotissement rural dans un cadre légal et encadré ».
Synergie avec l’administration: l’avis du ministre de l’Intérieur
Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Vagondo Diomandé, a salué l’initiative. «Vous êtes les garants de la tradition et de la cohésion sociale. Votre implication active est essentielle pour sécuriser le foncier et assurer un développement équilibré de nos villes et villages». Il a insisté sur la nécessité d’une gestion rigoureuse et transparente, gage de paix sociale et de réduction des litiges.
Sa Majesté Nanan Désiré Amon Tanoé, Roi des N’zima et président de la Chambre nationale des Rois et Chefs traditionnels, a salué l’occasion donnée à la chefferie de clarifier son rôle. «Ce séminaire ouvre la voie à une collaboration durable pour corriger les anomalies et garantir la sécurité foncière de la Côte d’Ivoire.»
Au terme des échanges, les participants ont pris des engagements précis: Relayer l’information sur les réformes et sensibiliser leurs communautés ; Faciliter l’émission d’ADU en respectant le cadre légal et Veiller à la transparence des transactions foncières. Le MCLU injectera un soutien continu sous forme de guides pratiques et de formations régionales pour accompagner ces nouveaux rôles.
Une gouvernance foncière qui devrait s’optimiser
En associant les autorités traditionnelles à la gestion urbaine, la Côte d’Ivoire renforce son modèle de gouvernance foncière: ancrée dans la tradition, mais conforme aux exigences d’un urbanisme moderne. Cette approche concertée, fruit d’un dialogue étroit entre l’État et les communautés, ambitionne de faire du foncier un véritable levier de développement, de justice sociale et de paix durable.



