Le constructeur britannique Jaguar Land Rover (JLR) a annoncé samedi une suspension immédiate de ses livraisons vers les États-Unis, à la suite de l’instauration de nouveaux tarifs douaniers par l’administration américaine. Une décision qualifiée de « pause » stratégique, destinée à évaluer « les nouvelles conditions commerciales », selon un communiqué officiel du groupe.
Basée à Coventry, au centre de l’Angleterre, l’entreprise reconnaît l’importance du marché américain pour ses marques de luxe. « Les États-Unis sont un marché important pour les marques de luxe de JLR », a souligné la direction. Toutefois, face à la flambée des coûts d’importation, JLR n’a eu d’autre choix que d’ajuster ses priorités.
Une réponse aux taxes de 25 % imposées par Washington
Depuis le 3 avril, les États-Unis imposent une taxe douanière de 25 % sur les voitures importées. Une seconde vague de droits de douane, cette fois sur les pièces détachées automobiles, est attendue dès le mois prochain. Le président Donald Trump a également mis en place une taxe distincte de 10 % sur toutes les autres importations britanniques, tandis que des taux encore plus élevés visent d’autres grandes économies mondiales.
Ces décisions font corps avec la série de mesures protectionnistes qui bousculent les chaînes d’approvisionnement mondiales. En réponse, le Royaume-Uni a lancé jeudi une consultation nationale auprès de ses entreprises pour évaluer les conséquences potentielles d’éventuelles mesures de rétorsion.
Londres dans la fermeté
Le gouvernement britannique tente de naviguer prudemment entre protection des intérêts économiques et évitement d’une escalade commerciale. Le ministre britannique du Commerce, Jonathan Reynolds, reste partisan d’une solution négociée. « Je suis convaincu que la meilleure voie vers la stabilité économique est un accord négocié avec les États-Unis », a-t-il déclaré.
Un avis partagé par le Premier ministre Keir Starmer, qui appelle à la responsabilité tout en préparant la riposte. Lors d’un sommet avec d’autres dirigeants internationaux, il a affirmé qu’il n’était pas question d’entrer dans une guerre commerciale, mais a prévenu que « toutes les options restent sur la table ». Dans une tribune publiée dimanche dans The Sunday Telegraph, Keir Starmer a affiché un ton plus déterminé, affirmant que son gouvernement allait tout faire pour soutenir les entreprises britanniques secouées par cette crise commerciale.
« Nous sommes prêts à mettre en œuvre une politique industrielle pour protéger les entreprises britanniques de cette tempête », a-t-il écrit. Il a également reconnu que cette intervention directe de l’État dans l’économie pourrait heurter certaines sensibilités : « Cela peut rendre mal à l’aise certains, mais nous ne pouvons tout simplement pas nous accrocher à nos vieux sentiments alors que le monde change aussi vite. Le monde tel qu’on le connaissait a disparu », a-t-il insisté.
Un trou économique à 8,3 milliards de livres
Selon le ministère britannique du Commerce extérieur, les exportations de voitures britanniques vers les États-Unis ont atteint 8,3 milliards de livres sterling sur l’année se terminant en septembre 2024. Ce gel des livraisons pourrait donc avoir un impact conséquent sur l’économie britannique, déjà fragilisée par d’autres tensions géopolitiques.
En suspendant ses expéditions, JLR cultive le climat protectionniste américain et s’impose des adaptations rapides de la part des constructeurs étrangers. Mais cette pause n’est qu’un début : le bras de fer commercial ne fait que commencer, et Londres pourrait bientôt passer à l’offensive diplomatique – ou industrielle.



