Lutte contre l’orpaillage illégal : Bientôt une vaste opération pour traquer les orpailleurs du Iffou et du Moronou
L’or ivoirien, longtemps perçu comme une bénédiction, est en passe de devenir un fardeau pour les régions rurales, où l’orpaillage illégal mine littéralement le tissu économique, social et environnemental. Face à cette menace aux multiples visages, le gouvernement ivoirien a lancé une vaste campagne nationale de sensibilisation dans le District des Lacs, les 10 et 11 juillet 2025, avec des étapes dans les localités de Daoukro, Bongouanou, Dimbokro, Toumodi et Yamoussoukro.
Cette mission, menée par le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, marque une nouvelle étape d’une lutte entamée en 2021 avec la mise en place du Groupement Spécial de Lutte contre l’Orpaillage Illégal (GS-LOI). Après une première offensive dans le District des Savanes en juillet 2024, le cap est désormais mis sur le centre du pays, là où les effets dévastateurs de l’orpaillage clandestin se font cruellement sentir.
« Je suis venu chercher un partenariat avec vous »
À Daoukro, première escale de cette tournée, le ministre a lancé un message fort : « Je suis venu chercher un partenariat avec vous. » Cette déclaration, saluée par les applaudissements nourris des populations, des élus et des chefs coutumiers réunis à la salle des fêtes de la ville, pose les bases d’une approche renouvelée. L’objectif : impliquer les communautés locales dans une stratégie à trois volets — sensibilisation, encadrement légal et pression sécuritaire.
« L’orpaillage illégal ne doit plus être perçu comme une fatalité ou une solution de survie », a martelé le ministre. La salle, bien trop exiguë pour contenir l’affluence, a été le théâtre de témoignages poignants sur les ravages du phénomène : rivières polluées, forêts sacrées détruites, violences sexuelles en hausse, criminalité endémique, enfants déscolarisés et terres agricoles rendues infertiles. Le constat est accablant.
Selon les données livrées par le directeur général des Mines et de la Géologie, Seydou Coulibaly, les communautés villageoises ne bénéficient que de 7 % de la valeur de l’or extrait illégalement sur leurs terres
Selon les données livrées par le directeur général des Mines et de la Géologie, Seydou Coulibaly, les communautés villageoises ne bénéficient que de 7 % de la valeur de l’or extrait illégalement sur leurs terres. Le reste s’évapore dans des circuits mafieux, souvent transfrontaliers. Une véritable saignée pour l’économie locale. « Pour 100 000 FCFA d’or extrait, seulement 7 000 FCFA reviennent au village », a-t-il déploré, illustrant l’injustice criante d’un système de prédation organisé.
À l’échelle nationale, les pertes fiscales sont estimées à plus de 700 milliards FCFA par an, pour une production illégale évaluée à 100 tonnes d’or. Cela représente une valeur globale dépassant les 4 000 milliards FCFA qui échappent à l’État, au détriment du développement.
Une approche sécuritaire et communautaire
Depuis 2018, avec la création de la Brigade de Répression des Infractions au Code Minier (BRICM), et plus récemment celle du GS-LOI, le gouvernement a intensifié la répression. Plus de 1 760 sites illégaux ont été démantelés et plus de 700 personnes poursuivies en justice. Mais Sangafowa Coulibaly en est conscient : « La répression seule ne suffit plus. »
C’est pourquoi la campagne actuelle mise sur une stratégie communautaire. Il s’agit d’amener les populations à devenir les premières gardiennes de leurs terres, en leur offrant des alternatives crédibles. Le gouvernement encourage la création de coopératives d’exploitation artisanale de l’or, encadrées et formalisées. Ces structures pourront bénéficier de formations, de permis légaux et d’un accompagnement technique, dans un cadre sécurisé et durable.
Les collectivités territoriales et les populations locales sont appelées à devenir des bénéficiaires directs des retombées de l’exploitation aurifère
Cette volonté de structuration s’inscrit dans une politique plus large de souveraineté partagée autour de l’exploitation minière. D’un côté, les communautés rurales peuvent exploiter légalement leurs ressources ; de l’autre, l’État attire les investissements industriels avec des mécanismes de répartition équitable des revenus. Les collectivités territoriales et les populations locales sont appelées à devenir des bénéficiaires directs des retombées de l’exploitation aurifère.
Un modèle hybride, donc, qui vise à concilier développement économique, respect des normes environnementales et cohésion sociale. Pour soutenir cette dynamique, chaque préfet de région est désormais chargé de relayer la campagne au plus près du terrain, dans les villages, les campements et les hameaux.
La parole aux populations
À Bongouanou comme à Dimbokro, les populations ont exprimé une profonde lassitude face à la situation. Des chefs traditionnels ont dénoncé la spoliation des terres et l’impuissance ressentie face à des bandes armées, souvent venues de l’extérieur, qui imposent leur loi dans des zones devenues incontrôlables.
Un habitant de Toumodi a évoqué la disparition progressive de la faune et la pollution de l’eau qui oblige désormais les villageois à parcourir plusieurs kilomètres pour s’approvisionner. À Yamoussoukro, une mère de famille a supplié les autorités de réhabiliter les écoles désertées et les dispensaires fermés à cause de l’insécurité liée à l’orpaillage.
Il n’est pas trop tard pour rectifier le tir
Au terme de cette tournée, un constat s’impose : les populations ne demandent qu’à être écoutées, soutenues et associées à la solution. « Il n’est pas trop tard pour rectifier le tir », a conclu Mamadou Sangafowa Coulibaly, appelant à un sursaut collectif.
La lutte contre l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire entre ainsi dans une nouvelle phase, où l’État ne se contente plus d’agir par le haut, mais s’efforce de construire une alliance avec les territoires. Si ce partenariat réussit, il pourrait marquer un tournant dans la gestion durable des ressources naturelles du pays.



