Réunis à Abidjan à l’occasion de la 9e Conférence du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles (RAPDP), les représentants de 24 pays africains ont adopté la Déclaration finale d’Abidjan. Ce texte fixe les priorités du continent en matière de souveraineté numérique, de protection des données et de gouvernance technologique pour la période 2026-2030.
L’Afrique veut désormais parler d’une seule voix sur les questions de protection des données personnelles et de souveraineté numérique. Réunis pendant deux jours à Abidjan dans le cadre de la 9e Conférence du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles (RAPDP), les représentants de 24 pays africains ont adopté, mardi, la Déclaration finale d’Abidjan, un document présenté comme une feuille de route continentale pour la période 2026-2030.
Le texte marque un tournant dans l’approche africaine de la gouvernance numérique. Les participants ont insisté sur la nécessité pour les États africains de considérer désormais la protection des données personnelles comme un enjeu stratégique de souveraineté, de sécurité juridique et de compétitivité économique.
« La protection des données à caractère personnel n’est plus un sujet périphérique de conformité administrative ; elle est devenue une question centrale de souveraineté, de confiance numérique et de développement économique », souligne la déclaration lue par Vladmir Aman, président du comité scientifique à l’issue des travaux.
Un diagnostic sans concession
Au cours des échanges, les délégations africaines ont dressé un constat jugé préoccupant sur l’état de la protection des données sur le continent. Si plus de 35 pays disposent aujourd’hui de textes législatifs encadrant les données personnelles, les capacités institutionnelles restent encore limitées dans plusieurs États.
La protection des données à caractère personnel n’est plus un sujet périphérique de conformité administrative ; elle est devenue une question centrale de souveraineté, de confiance numérique et de développement économique
Les participants ont notamment relevé l’insuffisance des moyens accordés aux autorités de régulation, l’absence d’harmonisation des législations nationales ainsi que les défis liés à l’émergence rapide de nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle, la biométrie ou encore la finance numérique.
Les experts ont également souligné que la fragmentation des approches nationales affaiblit la capacité de l’Afrique à défendre ses intérêts dans les débats mondiaux sur la gouvernance du numérique.
Vers une harmonisation continentale
Face à ces défis, les experts de la protection des données personnelles appellent les gouvernements africains à faire de la protection des données « une priorité transversale de leurs politiques publiques numériques, de cybersécurité et d’intelligence artificielle ».
Le document recommande également une coopération renforcée entre les autorités africaines de régulation afin de bâtir une doctrine commune adaptée aux réalités du continent.
Les administrations publiques, entreprises privées et opérateurs numériques sont, eux aussi, invités à renforcer leurs mécanismes de conformité. Les signataires plaident notamment pour le passage d’une « conformité de façade » à une « conformité de preuve », fondée sur des dispositifs documentés, des registres de traitement et des mécanismes effectifs de protection des données.
L’Afrique veut peser dans la gouvernance mondiale du numérique
Au-delà des enjeux internes, les participants ont affiché l’ambition de faire émerger une position africaine forte dans les discussions internationales sur l’intelligence artificielle, les transferts transfrontaliers de données et la cybersécurité.
Pour les responsables du RAPDP, l’Afrique ne doit plus être uniquement un marché de consommation numérique, mais également un espace de production de normes et d’innovation réglementaire.
La conférence d’Abidjan a également servi de tribune à la Côte d’Ivoire pour réaffirmer son ambition de devenir un hub régional de confiance numérique en Afrique de l’Ouest, à travers les actions menées par l’ ARTCI en matière de régulation, de cybersécurité et de protection des données personnelles.
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Les prochaines rencontres du RAPDP auront désormais pour mission de transformer les engagements pris à Abidjan en actions concrètes et mesurables à l’échelle du continent.



