05142026Headline:

Wave bouleverse le marché du mobile money avec ses frais réduits à seulement 1%

Wave, l’application de transfert d’argent, bouleverse le marché ivoirien avec ses frais réduits. Mais son modèle menace les emplois locaux, ce qui suscite des interrogations sur son impact économique à long terme.
Depuis son arrivée en Côte d’Ivoire en 2019, Wave, l’application américaine de transfert d’argent, a bouleversé le marché du mobile money. Avec ses frais extrêmement bas, à seulement 1%, elle a rapidement séduit de nombreux utilisateurs, mais cette réussite a un coût. Derrière la façade de la modernité et de l’innovation, ce sont des milliers de petits commerçants de quartier, les kiosques, qui se retrouvent aujourd’hui menacés.

Un modèle économique insoutenable ?
Wave, ou Tapédo, comme on l’appelle parfois, a fait de la déstabilisation tarifaire sa stratégie de conquête. En pratiquant des commissions largement inférieures à celles des autres acteurs du marché, Wave a fait chuter les revenus des détaillants locaux, les « gérants de cabine », indispensables à l’accessibilité des services télécoms. “On pensait que la technologie allait nous aider, mais aujourd’hui, elle est en train de nous remplacer”, témoigne Olivier, un gérant de kiosque à Riviera Anono.

En juin 2022, face à cette menace, une grève nationale des agents de mobile money a été organisée pour protester contre l’« ubérisation » du secteur. Pourtant, aucune mesure concrète n’a été prise par les autorités.

Selon des estimations syndicales, entre 30 000 et 40 000 points de revente sont menacés de fermeture. Car avant l’arrivée de Wave, pour une transaction de 100 000 FCFA, les détaillants touchaient environ 2 400 FCFA. Aujourd’hui, ils ne perçoivent plus que 1 350 FCFA, une chute drastique de leurs revenus, compromettant leur survie.

Ce modèle a certes permis à Wave d’installer son service de manière rapide et agressive, mais il est aussi perçu comme une menace pour le tissu économique local. “Cette stratégie est une répétition du scénario déjà vu ailleurs : attirer les clients avec des prix bas, puis renforcer progressivement sa position au détriment des partenaires locaux”, explique un expert du marché.

Un impact sur l’inclusion financière ?
Le modèle économique de Wave repose sur une promesse d’inclusion financière. Mais une étude de la GSMA (Global System for Mobile Communications Association) publiée en mars 2024 alerte sur ses limites. Selon le rapport, bien que l’inclusion financière soit atteinte à court terme, l’absence de relais physiques solides pourrait nuire à long terme à la diffusion des services financiers, notamment dans les zones rurales.

Les services numériques peuvent en effet se révéler inaccessibles sans un réseau physique d’agents locaux formés et rémunérés correctement. “Wave ne vend pas son propre crédit, car elle ne peut pas. Elle dépend des infrastructures des opérateurs télécoms, tout en attaquant leur modèle économique”, note un acteur du secteur. Il souligne que le modèle de Wave, en ne créant pas ses propres réseaux ou infrastructures, fragilise l’écosystème des détaillants et des opérateurs.

La leçon d’autres marchés
Ce n’est pas la première fois qu’une entreprise digitale utilise cette stratégie. En Espagne, Glovo a baissé les revenus de ses livreurs après avoir conquis le marché, provoquant plus de 40 grèves. Le gouvernement espagnol a dû légiférer pour protéger ces travailleurs. En Grande-Bretagne, Uber a été contraint de reconnaître le statut de “workers” à ses chauffeurs, leur accordant des droits sociaux minimaux.

La Côte d’Ivoire pourrait-elle en tirer une leçon ? La question de la régulation est désormais urgente. “Il est temps d’imposer des règles claires pour ces entreprises numériques, qui viennent bouleverser un écosystème local qu’elles n’ont pas contribué à construire,” affirme l’expert.

Que faire pour protéger l’économie locale ?
La régulation pourrait se traduire par plusieurs mesures : imposer un plancher de commissions minimales pour les agents, conditionner l’accès au marché à des obligations de redistribution locale, ou encore créer un registre national des travailleurs numériques. Cela garantirait que les bénéfices de l’innovation ne se concentrent pas uniquement entre les mains d’acteurs étrangers, mais profitent également à l’économie locale.

Pour de plus en plus d’observateurs, Sans un encadrement réglementaire, le modèle Wave pourrait entraîner des conséquences lourdes pour le pays : destruction d’emplois, fermeture de milliers de points de revente, et une concentration excessive du marché entre les mains d’un seul acteur. “Si l’État ne réagit pas, nous risquons de voir disparaître ce modèle économique de proximité et de solidarité qui est au cœur de la société ivoirienne”, avertit un acteur du secteur des télécoms.

Alors que Wave, dont le modèle soulève la question de savoir si l’innovation numérique doit nuire aux emplois locaux, prévoit l’achat d’unités, le débat sur l’impact réel de l’entreprise sur l’économie ivoirienne s’intensifie.

“L’innovation doit être accompagnée de justice sociale. Si Wave veut vendre du crédit, qu’elle le produise et qu’elle joue à armes égales avec les autres acteurs. Wave doit jouer selon les mêmes règles que les autres. Faute de quoi, l’innovation tant vantée risque de se transformer en prédation économique”, conclut un acteur du secteur.

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