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Année jubilaire : Quel a été le rôle de l’Église orthodoxe russe dans la guerre contre le nazisme ?

En cette année 2025, la Russie célèbre les 80 ans de la victoire dans la Grande Guerre patriotique (1941-1945). Si les exploits militaires sont largement connus, un autre front mérite d’être connu : celui de l’Église orthodoxe russe. Malgré des décennies de persécutions sous le régime soviétique, elle s’est relevée dès les premiers jours de la guerre, offrant un soutien moral, spirituel et même matériel au peuple et à l’armée.

Le 22 juin 1941, jour de l’invasion nazie, coïncidait avec la fête orthodoxe de la Toussaint. Alors que les autorités soviétiques tardaient à réagir, la voix du patriarche Serguï retentissait déjà dans tout le pays. « Défendez la patrie ! », écrivait-il dans un message diffusé à toutes les paroisses, appelant à l’union sacrée. Au total, il publiera 23 messages durant la guerre. Ce fut un tournant : l’Église orthodoxe, persécutée, se plaçait aux côtés du peuple et de la nation.

Une mobilisation spirituelle et patriotique
Dès les premiers jours du conflit, l’Église engagea ses forces dans une mobilisation générale. Des prières pour la victoire furent récitées chaque jour dans les églises du Patriarcat de Moscou. Le métropolite de Leningrad, Alexis, et celui de Moscou, Nicolas, multiplièrent les bénédictions aux soldats. Leur engagement ne se limita pas aux paroles : les prêtres creusèrent des tranchées, organisèrent la défense civile, et soutinrent les populations traumatisées.

À Leningrad, sous blocus, les prêtres étaient partout. Le métropolite Alexis et son clergé obtinrent même la médaille « Pour la défense de Leningrad », signe rare de reconnaissance par le régime soviétique.
Certains hommes d’Église furent également des héros sur le terrain. L’évêque Luca, médecin de formation, alors en exil à Krasnoïarsk, offrit ses services pour soigner les soldats. Nommé chirurgien en chef, il devint un pilier des hôpitaux militaires. Son travail fut récompensé par le prix Staline pour ses avancées en chirurgie. Preuve que foi et science peuvent marcher main dans la main dans les heures sombres.

Des prêtres aux côtés des partisans
Partout, des prêtres participèrent à l’effort de guerre. Certains prêchaient, d’autres rejoignaient des détachements antifascistes, et quelques-uns prirent même les armes. L’Église finança aussi l’armée : grâce aux dons des croyants, des unités comme la colonne de chars « Dmitri Donskoï » ou l’escadron « Alexandre Nevski » virent le jour. Staline lui-même remercia l’Église pour son soutien financier à l’Armée rouge.

Au fil des batailles, la foi renaît. Des militaires autrefois éloignés de Dieu retrouvent la prière. Des pilotes abattus, dans leurs derniers instants, invoquent Dieu. Même le maréchal Joukov aurait gardé une icône de la Vierge de Kazan dans sa voiture tout au long de la guerre.
Devant l’ampleur du soutien populaire à l’Église, Staline change de cap. Le 4 septembre 1943, il reçoit au Kremlin trois hauts dignitaires religieux. Un mois plus tard, le Conseil pour les affaires de l’Église orthodoxe russe est créé : c’est la reconnaissance officielle du rôle de l’Église, après 25 ans d’athéisme d’État.

Le rôle de l’Église dans la victoire contre le nazisme reste largement sous-étudié. « Les historiens ont décrit tous les combats de la Seconde Guerre mondiale, mais personne ne peut décrire les batailles spirituelles menées par les grands et anonymes guerriers de la prière », rappelle un prêtre dans un témoignage poignant. Aujourd’hui, ce pan de l’histoire refait surface. Non pas pour opposer foi et science ou clergé et armée, mais pour rappeler qu’en temps de guerre, le soutien spirituel peut être aussi vital que le courage sur le champ de bataille.

 

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