
La CEDEAO et la CEMAC, deux blocs de base du continent, avancent à des rythmes différents dans ce domaine, avec des résultats moins ancrés et qui questionnent sur le devenir de la coopération régionale. Dans les blocs régionaux africains, plusieurs manques à gagner creusent le fossé entre les réalités des différentes sous-régions et les défis économiques, politiques et sociales.
Les chiffres qui racontent deux réalités différentes
La CEDEAO, doyenne des organisations sous-régionales africaines, éprouve des difficultés à produire des données fiables sur les secteurs clés de ses États membres. Pourtant, la communauté organise chaque année plusieurs centaines d’ateliers et de formations, de validation, de recyclage, etc. Les médias de l’espace ouest-africain deviennent souvent le réceptacle de discours dépourvus de chiffres évidents, ce qui ne facilite pas le suivi des politiques communes.
Lire aussi« La CEDEAO » : Le linge dont toute l’Afrique de l’Ouest y est comptable
Les données sur les études sont gardées par devers les institutions de la CEDEAO souvent pas accessibles au grand public. À l’inverse, la CEMAC présente un visage différent. L’organisation d’Afrique centrale dispose de statistiques précises sur l’évolution multisectorielle de ses pays membres et les met régulièrement à disposition des médias de son espace. Cette transparence statistique constitue un atout pour le suivi des projets d’intégration.
L’Europe comme modèle inégalé
L’Union européenne (UE) n’a pas de date de création unique, mais son histoire est marquée par des étapes clés. La Déclaration Schuman de 1950 est considérée comme l’acte de naissance, tandis que l’UE a été officiellement créée avec la signature du Traité de Maastricht le le 07 février 1992, qui est entré en vigueur le 1er novembre 1993. L’Union européenne montre la voie en matière d’intégration réussie. Avec environ 450,4 millions d’habitants au 1er janvier 2025, l’UE a vu sa population augmenter de plus d’un million par rapport à l’année précédente. Cette croissance s’explique principalement par l’immigration, qui compense le solde naturel devenu négatif. Les réussites européennes sont multiples : un marché unique permettant la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux ; une monnaie commune adoptée par plusieurs pays ; et un élargissement significatif qui a réuni la majeure partie du continent.
La CEDEAO, de son côté, affiche des ambitions braquées : permettre aux citoyens de se déplacer, résider et s’établir dans les autres pays de la communauté. Le Protocole sur la libre circulation des personnes, adopté en 1979, établit le cadre juridique. Le passeport CEDEAO constitue un outil important pour faciliter les déplacements.
L’espace Schengen, composé de 29 pays, transforme les voyages entre villes européennes en simples vols intérieurs. Des millions de personnes travaillent dans un pays Schengen et vivent dans un autre, dynamisant ainsi l’économie régionale. Pour entrer dans l’espace, il faut franchir une frontière extérieure commune avec un pays non-Schengen et être en possession d’un titre de transport et d’un visa, si nécessaire, pour une durée maximale de 90 jours sur une période de 180 jours.
La libre circulation en Afrique
Le traité instituant la CEMAC est signé le 16 mars 1994 à N’Djaména (Tchad) et entre en vigueur en juin 1999. Dans l’espace CEMAC, la libre circulation officiellement décidée en 2013 n’est pas encore pleinement effective. Si l’abolition des visas est acquise, des obstacles persistent : formalités administratives, exigences de passeport biométrique, et préoccupations sécuritaires. Des blocages aux frontières et des pratiques discriminatoires entravent encore la circulation des personnes et des biens. Quelques lueurs d’espoir apparaissent cependant. Des accords bilatéraux, comme celui entre le Tchad et le Cameroun, servent de modèle pour concrétiser la libre circulation. Certains États, comme le Gabon, ont entrepris de rationaliser leurs postes de contrôle. Le projet I-CEMAC au Cameroun intègre des systèmes de gestion des frontières permettant la vérification des documents dans les bases de données d’INTERPOL.
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (en abrégé CEDEAO ; en anglais : Economic Community of West African States, ECOWAS) est une des communautés économiques régionales en Afrique, une organisation intergouvernementale ouest-africaine créée le 28 mai 1975. La CEDEAO, de son côté, affiche des ambitions braquées : permettre aux citoyens de se déplacer, résider et s’établir dans les autres pays de la communauté. Le Protocole sur la libre circulation des personnes, adopté en 1979, établit le cadre juridique. Le passeport CEDEAO constitue un outil important pour faciliter les déplacements. Mais là encore, la réalité dépasse les textes. Les contrôles aux frontières persistent, et le récent retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de l’organisation complique davantage la situation. Les citoyens de ces pays doivent désormais régulariser leur situation dans les autres États membres.
La démographie comme un atout et un défi
Avec environ 441 millions d’habitants estimés en 2025 pour ses 12 pays membres, la CEDEAO représente un marché potentiel considérable. La CEMAC compte quant à elle plus de 58,55 millions d’habitants. Ces chiffres montrent le potentiel démographique de l’Afrique, mais aussi les défis à relever pour transformer cette population en moteur de développement. Le chemin vers une intégration réussie reste long.
Les organisations régionales africaines doivent encore surmonter de nombreux obstacles : harmonisation des législations, amélioration des infrastructures, renforcement de la confiance entre États membres. La comparaison avec l’expérience européenne montre à la fois la complexité du processus et les bénéfices que les populations pourraient en retirer. L’enjeu dépasse la simple circulation des personnes : il s’agit de créer des espaces économiques cohérents, capables de générer une prospérité partagée.


