04302026Headline:

Espagne : Le rêve brisé des migrants sans papiers des africains laissés pour compte


Des milliers de migrants sans papiers luttent pour une intégration difficile en Espagne. Blaye, Ousmane et Babacar, trois Sénégalais arrivés en Europe avec l’espoir d’une vie meilleure, sont confrontés à un parcours semé d’obstacles.
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Leur espoir repose sur les titres de séjour dits « arraigos », des permis spéciaux pour les migrants en situation irrégulière. Malgré des réformes destinées à en faciliter l’accès, le chemin vers la régularisation reste long et périlleux.

Le quotidien de la précarité
Blaye, 35 ans, vend des sacs contrefaits à la sauvette dans les rues de Madrid. Depuis deux ans, il évite les patrouilles de police et peine à gagner de quoi survivre. Comme lui, des dizaines de milliers de migrants entrent en Espagne chaque année, et nombreux sont ceux qui tentent de s’y installer. Selon le ministère espagnol de l’Intérieur, plus de 63 000 migrants sont arrivés en 2024, un chiffre record.

L’Espagne a mis en place plusieurs titres de séjour « arraigos » pour aider ces migrants à s’intégrer à travers le travail, la formation, la vie sociale ou les liens familiaux. « Ces titres sont réservés aux personnes en situation irrégulière qui peuvent justifier de deux à trois ans de présence sur le territoire espagnol », explique Ana Alañon, avocate en droit des étrangers.
Depuis 2022, le gouvernement espagnol a intensifié ses efforts pour en faciliter l’accès, notamment en créant l’ « arraigo para la formación » qui permet aux migrants de suivre des formations dans des secteurs en manque de main-d’œuvre. Malgré ces mesures, les migrants restent dans une grande précarité. « Cette attente, c’est difficile », témoigne Ousmane, débouté du droit d’asile.

L’arraigo de formation
Contraint de dormir dans la rue après avoir perdu son logement en centre d’accueil, il a dû abandonner son travail de menuisier. Aujourd’hui, il suit une formation en gestion de stocks dans un centre de la Croix-Rouge, mais ne trouve pas d’employeur. « Il y a des jours où je regrette d’être venu ici », confie-t-il.

Si les « arraigos » ont permis à plus de 210 000 personnes d’obtenir un titre de séjour en 2023, seuls 1 347 des 23 000 bénéficiaires de l’ « arraigo de formation » ont réussi à obtenir un contrat de travail. « Ce n’est pas facile de s’y retrouver », admet Rosa, une migrante colombienne qui, malgré l’obtention d’un diplôme d’aide à domicile, n’a pas été autorisée à travailler en raison de problèmes administratifs.

Derrière ces mesures, une logique pragmatique. « L’Espagne a une vision utilitariste de la migration, liée uniquement aux besoins économiques du pays », analyse Elisa Brey, sociologue à l’Université Complutense de Madrid. « Les exilés n’ont pas les réseaux d’entraide traditionnels des Espagnols. Ici, on ne compte pas sur l’État mais sur la famille. Mais les migrants, eux, sont seuls ».
Un constat que partage Babacar, arrivé en Espagne en septembre 2023. Après avoir passé trois mois dans la rue, il est aujourd’hui logé par une association catholique et suit plusieurs formations en peinture, électricité et cuisine. « Le 22 octobre 2025, cela fera deux ans que je suis en Espagne. Je pourrai alors postuler à l’arraigo de travail, si je trouve un employeur », espère-t-il.

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