Lundi 31 mars, un tribunal français a prononcé une peine d’inéligibilité de cinq ans contre Marine Le Pen, cheffe de file du Rassemblement national (RN), après l’avoir reconnue coupable de détournement de fonds publics. Cette sanction, assortie d’une peine de deux ans de prison ferme aménageables sous bracelet électronique.
Ce fait judiciaire constitue un véritable tremblement de terre pour la droite extrême française. « Il s’agit de veiller à ce que les élus comme tous les justiciables ne bénéficient pas d’un régime de faveur », a déclaré la présidente du tribunal lors du verdict.
Une stratégie de victimisation et un plan B
Avec cette décision, Marine Le Pen se voit interdite de toute candidature à une élection d’ici mars 2031, qu’elle soit législative ou présidentielle, pendant les cinq prochaines années. Son mandat de député en cours reste toutefois intact, la loi ne prévoyant pas de révocation automatique pour ce type de condamnation. Sans attendre la fin de l’audience, Marine Le Pen a quitté la salle sans faire de déclaration. Elle s’exprimera officiellement au journal de 20h de TF1.
Seul recours possible pour l’ex-candidate à la présidentielle : l’appel. Si la cour annule la peine d’inéligibilité, elle pourrait être en mesure de se présenter en 2027. Toutefois, selon les experts juridiques, ce scénario semble peu probable.
« L’audiencement des appels prend généralement un an, ce qui signifie que Marine Le Pen pourrait être rejugée en 2026. Mais compte tenu des motivations détaillées du jugement en première instance, il est peu probable que la cour revienne sur cette condamnation », explique un avocat.
Au sein du gouvernement, cette sanction était redoutée et prévisible. « Soit elle joue la carte de la victimisation, soit elle déstabilise le système », confie un ministre au site Politico. Le Rassemblement national pourrait utiliser cette condamnation pour dénoncer un acharnement judiciaire et relancer une motion de censure contre le gouvernement.
Le Plan de la Chef de file du RN
Marine Le Pen semble cependant avoir anticipé cette éventualité. Son « plan B » se nomme Jordan Bardella. « Il a la capacité d’être président de la République », a-t-elle affirmé au micro de BFMTV, une déclaration qui officialise sa mise en avant comme potentiel successeur. Malgré cette condamnation, Marine Le Pen ne compte pas se retirer de la vie politique. Le Pen conserve la présidence du groupe RN à l’Assemblée nationale et pourrait, en cas de victoire de Jordan Bardella à la présidentielle, être nommée Première ministre.
Cette option reste juridiquement envisageable, car le chef du gouvernement est nommé par le président et non élu. En revanche, tous ses mandats locaux sont annulés. Le parti devra rapidement trouver une stratégie de substitution pour contrer cette décision et assurer sa survie à l’approche de l’échéance présidentielle. En attendant, Marine Le Pen se prépare à livrer sa version des faits et à mobiliser son électorat face à ce qu’elle pourrait présenter comme une « injustice politique ».



