04222026Headline:

Gaza : Sans équivoque, Antonio Guterres met en mission Juges et Tribunaux

À quelques jours de l’ouverture de la session annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a été confronté à une question lourde de sens : faut-il qualifier les opérations israéliennes à Gaza de génocide ?

La question du terme « génocide » : un débat secondaire ? Il faut mettre la machine judiciaire en marche pour mieux qualifier les faits. Face à la pression médiatique, le chef de l’ONU a choisi de renvoyer la décision aux tribunaux internationaux tout en dénonçant une situation qu’il juge inacceptable.

Une accusation grave portée par une commission indépendante
L’interrogation est née d’un rapport publié par une commission d’enquête indépendante mandatée par le Conseil des droits de l’homme, accusant Israël de génocide dans la bande de Gaza. Depuis l’offensive du 7 octobre 2023, déclenchée après une attaque du Hamas en Israël, les bilans sont lourds : plus de 60 000 Palestiniens tués et d’importants dégâts matériels. Le rapport souligne notamment un blocus humanitaire strict, ayant provoqué une famine déclarée par l’ONU en août, ainsi que la destruction systématique des infrastructures sanitaires et éducatives.

Interrogé à New York sur ce dossier, António Guterres a souligné que la définition légale du génocide dépasse ses prérogatives et appartient aux juges de la Cour internationale de Justice, saisie depuis 2023 par une plainte de l’Afrique du Sud. Pourtant, il n’a pas caché son émotion ni sa préoccupation face à la gravité des faits.
Le secrétaire général a qualifié la guerre menée par Israël à Gaza d’« horreur » exceptionnelle dans sa durée et son ampleur, déplorant les « meurtres massifs de civils » comme jamais vus dans un conflit depuis son entrée en fonction. Il a décrit en détail les destructions, la famine organisée, la mise hors service des hôpitaux et le déplacement forcé des populations, insistant sur le caractère intolérable, sur les plans moral, politique et juridique, de cette crise.

Diplomatie et médiation : Deux armes indispensables
Guterres mise sur les efforts diplomatiques malgré les difficultés. Il salue l’offre qatarie de reprendre la médiation entre Israël et le Hamas après une interruption provoquée par une frappe israélienne à Doha. Il insiste sur la nécessité d’un cessez-le-feu immédiat, associé à la libération sans condition des otages et à une aide humanitaire efficace. Cependant, il déplore le manque d’intérêt apparent d’Israël pour des négociations sérieuses. En ce qui concerne l’éventuelle mise en place d’une force internationale pour protéger les civils, il se montre réaliste : un tel projet serait rejeté aussi bien par Israël que par les États-Unis.

Face aux critiques qui lui reprochent une certaine prudence sur le terme de génocide, Guterres affirme que l’essentiel ne réside pas dans la sémantique mais dans la réalité des faits. Il rappelle que l’ONU s’est toujours engagée résolument en faveur des droits du peuple palestinien et de l’instauration d’un État palestinien. Pour lui, l’histoire retiendra leur combat pour la justice plutôt que la terminologie employée.

La solution à deux États, un passage obligé
Alors même que certains responsables israéliens écartent l’idée d’un État palestinien, Guterres rappelle que l’alternative est impossible à envisager. Il souligne l’injustice d’un État unique où un peuple est privé de ses droits fondamentaux et expulsé de ses terres à l’époque contemporaine. La coexistence de deux États israélien et palestinien demeure pour lui la seule solution réelle pour garantir la paix et la stabilité. À la veille d’un sommet international initié par la France et l’Arabie Saoudite où plusieurs pays annonceront leur reconnaissance de la Palestine, l’ONU réaffirme l’importance du droit à l’autodétermination des Palestiniens.

Enfin, Antonio Guterres n’a pas caché son exaspération face à l’impuissance actuelle du Conseil de sécurité, enlisée dans l’usage du droit de veto par certains membres. À la question d’un journaliste, il a répondu qu’il ne démissionnerait pas malgré les appels du pied, estimant que son départ serait accueilli favorablement par ceux qui ne respectent pas les règles et la morale internationale. La conférence de presse du Secrétaire général s’est donc tenue sous le signe d’une condamnation sans concessions des violences à Gaza, tout en faisant preuve d’un réalisme sur les limites de l’action onusienne et en appelant prioritairement à une responsabilité judiciaire et diplomatique.

 

 

 

What Next?

Recent Articles