Pour la première fois depuis 2013, un Premier ministre libanais est honoré à Riyad. Entre soutien sunnite et réformes économiques, décryptage d’une visite chargée de symboles. Nawaf Salam, Premier ministre libanais, a été reçu, samedi dernier, en Arabie saoudite avec des « honneurs royaux » : avion privé, tête-à-tête avec le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), et iftar en petit comité.
Un traitement réservé jusqu’ici aux figures historiques sunnites comme Rafic Hariri. Riyad rappelle son attachement à la communauté sunnite, humiliée par la récente bataille autour de la Banque centrale. Une référence à la nomination controversée de Karim Souhaid, soutenu par le président Michel Aoun, malgré l’opposition de Salam.
Banque centrale, bras de fer politique : Le Sérail affaibli ?
La désignation de Karim Souhaid, proche du lobby bancaire, a exposé les fractures au sein de l’exécutif. Le Premier ministre est sorti affaibli de cette épreuve de force. Il ne contrôle même pas une minorité de blocage dans son propre gouvernement. Une défaite perçue comme une humiliation pour la rue sunnite, dont Riyad aurait tenu compte. L’Arabie saoudite est intervenue pour rebooster l’image de Salam. La visite était planifiée depuis longtemps. Elle marque le retour de Riyad au Liban, via le Sérail.
Derrière les gestes d’apparat, l’Arabie saoudite défend un agenda clair : soutenir un gouvernement « acquis aux réformes » et marginaliser l’Iran. Le royaume ne veut pas être associé à l’ingérence iranienne, symbolisée par le Hezbollah. Son objectif est de rétablir l’équilibre des pouvoirs, pas de prendre parti. Riyad ne tolérera pas qu’on ternisse le prestige du Premier ministre, référence sunnite, ni celui du président, figure maronite.
FMI, restructuration bancaire : L’aide saoudienne sous conditions
Riyad exige des réformes structurelles en échange de son soutien. L’Arabie saoudite n’acceptera rien de moins qu’un accord avec le FMI. Le plan de restructuration bancaire sera décisif. Malgré les tensions, une figure du Sérail se veut rassurante. Toutes les parties veulent le plan du FMI. Même Souhaid ne pourra l’éviter. Les réformes sont inéluctables, quel que soit le gouverneur.
La visite survient aussi après les critiques du Hezbollah contre Salam, qui a déclaré obsolète le « triptyque armée-peuple-résistance », pilier de la rhétorique du parti chiite. Soutenir un Premier ministre sunnite anti-Hezbollah, c’est affaiblir Téhéran sans en avoir l’air. Un calcul risqué, alors que le Hezbollah reste une force incontournable.
Avec un président maronite et un Premier ministre sunnite « pro-réformes », le Liban tente de séduire Riyad et les bailleurs internationaux. Mais le temps presse : le gouvernement n’a plus qu’un an et demi devant lui, et la crise économique exige des actes. C’est une occasion en or pour le Liban, à condition que les divisions internes ne sabotent pas tout.



