Il est courant d’entendre, surtout en Occident, que le problème israélo-palestinien se résume à la figure d’un seul homme, souvent Benjamin Netanyahou alais « Bibi ». Ce raccourci occulte cependant la complexité historique et replonge dans une vision bien trop simpliste des événements. Pour saisir les racines de ce conflit, il est nécessaire de revenir au contexte qui a précédé la création de l’État d’Israël en 1948.
La violence, aujourd’hui au cœur des tensions au Proche-Orient , n’est pas une nouveauté apparue au cours d’un mandat ou d’une guerre récente. Elle a accompagné, de manière continue, le développement du sionisme et la naissance même d’Israël. Cette réalité ne justifie en rien les atrocités commises, mais la compréhension de cette chronologie est essentielle pour analyser la situation actuelle.
Une succession de violences et de massacres
Avant même la proclamation de l’État d’Israël , les tensions étaient explosives. Par exemple, le 22 juillet 1946, l’attentat à l’hôtel King David à Jérusalem, organisé par le groupe Irgoun dirigé par Menahem Begin, fit près de 91 morts, parmi lesquels des fonctionnaires britanniques mais aussi des civils juifs. Malgré son rôle dans cet attentat, Begin deviendra Premier ministre d’Israël de 1977 à 1983, et se verra même décerner le prix Nobel de la paix en 1978.
Durant la guerre qui a suivi la création d’Israël, des massacres de civils palestiniens ont été documentés, notamment à Deir Yassin et Tantoura. À Tantoura, en mai 1948, des dizaines de Palestiniens, dont des femmes et des enfants, ont été tués alors qu’ils avaient déposé les armes. Ce village, stratégiquement situé entre Yaffa et Haïfa, fut vidé de ses habitants. Les récits de survivants évoquent des scènes terribles, entre mutilations et exécutions sommaires.
D’autres épisodes lourds comme le massacre de Lydda en juillet 1948, où plusieurs centaines de Palestiniens perdirent la vie ou furent expulsés dans des conditions dramatiques, approfondissent cette histoire de violences récurrentes. Plus tard, le meurtre du Comte Folke Bernadotte en septembre 1948, diplomate des Nations unies qui tentait une médiation, fut revendiqué par Léhi, une organisation paramilitaire israélienne. Plusieurs dirigeants de ces groupes armés deviendront des figures politiques centrales en Israël, soulignant les continuités dans l’histoire politique du pays.
Une suite chronologique de la violence armée
Dans les années 1950, les représailles israéliennes à certaines attaques palestiniennes se traduisirent par des massacres tels que celui de Qibya en 1953, où plus de soixante civils furent tués. Le commandant de l’unité responsable, Ariel Sharon, deviendra lui aussi Premier ministre par la suite. Les années 1970 et 1980 ne furent pas exemptées d’attaques, dont certaines très médiatisées. En 1970, une école en Égypte fut bombardée, tuant des dizaines d’enfants. En 1982, les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila au Liban furent le théâtre d’un massacre attribué à des milices alliées à Israël, un événement lourd de conséquences, marqué par des violations, des tortures et des assassinats massifs.
L’ensemble de ces faits dessine le tableau d’une escalade de violences qui, loin d’être des erreurs ponctuelles, font partie intégrante de la réalité vécue par des générations de Palestiniens et d’Israéliens. Si certains dirigeants israéliens ont parfois été récompensés par la communauté internationale, la dimension tragique des violences perpétrées ne doit pas être occultée. Ces massacres n’étaient pas des accidents, mais souvent des décisions politiques et militaires assumées. C’est cette continuité qu’il faut analyser lorsque l’on parle d’Israël aujourd’hui. Réduire le conflit à la personnalité d’un seul homme masque les mécanismes plus profonds et historiques qui alimentent la violence et les tensions. Nombreux sont ceux qui appellent à une solution à deux États ou à d’autres accords de paix.
Mais sans une prise en compte sincère et sérieuse de la nature profonde de ce conflit et des violences à répétition, ces propositions risquent de ne rester que des vœux pieux. Les discours qui occultent ces violences récurrentes entretiennent une lecture partielle et déséquilibrée de la réalité. Pour avancer, il est nécessaire d’accepter de regarder l’ensemble des faits, dans leur complexité et leurs duretés, afin de comprendre les sources de cette tragédie toujours en cours.



