Un contingent de l’armée se mutine et appelle à refuser les ordres de tirer sur la population. A Antananarivo ce 11 octobre, la crise politique a connu un nouveau développement avec le ralliement de militaires aux manifestations contre le président Andry Rajoelina. Des soldats mutins ont rejoint les cortèges de manifestants dans les rues de la capitale, tandis qu’un contingent de l’armée lançait un appel à la désobéissance.
La situation s’est particulièrement tendue dans l’après-midi lorsque des véhicules transportant des soldats armés ont convergé vers la zone du lac Anosy, dans le sud d’Antananarivo. Des milliers de manifestants de la Génération Z s’y étaient rassemblés, faisant face à des tirs de grenades lacrymogènes de la police. L’arrivée des militaires a été accueillie par des cris de « Merci » de la part des protestataires.
L’appel à la désobéissance militaire
Un contingent du Corps d’armée des personnels et des services administratifs et techniques (CAPSAT), stationné sur la base militaire de Soanierana en périphérie de la capitale, a diffusé une vidéo appelant les forces de sécurité à « refuser les ordres de tirer » sur la population. « Unissons nos forces, militaires, gendarmes et policiers, et refusons d’être payés pour tirer sur nos amis, nos frères et nos sœurs », ont déclaré les soldats dans leur message. Ils ont également lancé un appel plus large à la désobéissance, demandant aux militaires postés devant les palais présidentiels de quitter leurs positions et de bloquer l’aéroport international d’Ivato.
« Nous appelons nos frères qui ne sont pas d’accord avec nous à privilégier le dialogue », a-t-il déclaré, tout en réaffirmant que « l’armée malgache demeure un médiateur et constitue la dernière ligne de défense de la nation ».
Les soldats rebelles ont justifié leur position en évoquant les difficultés sociales que traverse le pays : « Les jeunes peinent à trouver du travail alors que la corruption et le pillage de la richesse ne cessent de s’accroître ». La tension persiste autour du nombre de victimes depuis le début du mouvement de contestation le 25 septembre. Selon un bilan des Nations unies, au moins 22 personnes ont perdu la vie et une centaine ont été blessées. Le président Rajoelina conteste ces chiffres, évoquant seulement 12 morts qu’il qualifie de « pilleurs et casseurs ».
Le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, a appelé vendredi les autorités malgaches à « cesser le recours à une force inutile ». Cet appel intervient dans un contexte où les manifestations initialement provoquées par les coupures d’eau et d’électricité se sont transformées en une contestation plus large du pouvoir. Face à cette escalade, le nouveau ministre des Armées, le général Deramasinjaka Manantsoa Rakotoarivelo, a appelé les troupes au calme lors d’une conférence de presse samedi. « Nous appelons nos frères qui ne sont pas d’accord avec nous à privilégier le dialogue », a-t-il déclaré, tout en réaffirmant que « l’armée malgache demeure un médiateur et constitue la dernière ligne de défense de la nation ».
Le président Andry Rajoelina, après avoir adopté initialement un ton conciliant et procédé au renvoi du gouvernement, semble avoir opté pour une approche plus sécuritaire. Il a récemment nommé un militaire au poste de premier ministre et n’a pour l’heure désigné que trois nouveaux ministres : ceux des Armées, de la Sécurité publique et de la Gendarmerie. La base militaire du CAPSAT n’en est pas à sa première rébellion. En 2009, elle avait déjà mené une mutinerie lors du soulèvement populaire qui avait porté au pouvoir l’actuel président. Cette nouvelle défection au sein de l’armée représente un défi majeur pour le pouvoir en place, alors que la contestation ne montre aucun signe d’essoufflement.



