Alors que le Premier ministre népalais Khadga Prasad Sharma Oli a annoncé sa démission mardi 9 septembre, des manifestants népalais en colère ont mis le feu mardi 9 septembre au Parlement dans la capitale Katmandou, consécutivement à des manifestations musclées qui ont fait 19 morts des centaines de blessés dans le pays. Peu avant l’annonce, le gouvernement avait rétabli les réseaux sociaux, alors que les manifestants accusent également le gouvernement d’autoritarisme et de corruption.
« J’ai démissionné ce jour de mes fonctions de Premier ministre (…) afin que des mesures puissent être prises en vue d’une solution politique et d’une résolution de problèmes », a-t-il écrit dans une lettre adressée au président népalais et transmise à la presse.
Mais pour de nombreux manifestants, ce geste ne suffit pas. « Ce n’est pas suffisant, même si c’est une grande victoire », réagit un enseignant joint par téléphone par notre journaliste du service international Nicolas Rocca. « Sa simple démission n’est pas suffisante, car il pourrait revenir au pouvoir bientôt. On doit lui demander des comptes, le mettre en prison ».
Cet enseignant, présent aux manifestations d’hier, lundi 8 septembre, veut des changements drastiques. « Nous avons besoin d’un paradigme complètement nouveau, ce que nous recherchons, c’est un changement dans la constitution où le chef de l’État est élu par le peuple ».
Des manifestants incendient le Parlement
À Katmandou, Les médias locaux, ainsi que des images envoyées par des manifestants témoignent de violences contre des politiciens, de bâtiments publics endommagés. « La situation s’est nettement envenimée par rapport à hier », témoigne un jeune homme présent dans les cortèges. « Les jeunes rentrent dans les sièges des partis politiques, brûlent les maisons des politiciens, détruisent leurs propriétés. Nous voulons voir tous les politiciens partir et qu’un nouveau gouvernement arrive au pouvoir ».
Dans l’après-midi, certains des manifestants népalais ont mis le feu au Parlement dans la capitale Katmandou. « Des centaines de personnes ont investi l’enceinte du Parlement et mis le feu au bâtiment principal », a déclaré Ekram Giri, porte-parole du Parlement népalais.
L’armée a été déployée autour du Parlement incendié et aurait commencé à évacuer des ministres par hélicoptère. Dans certaines boucles de discussions entre manifestants, des organisateurs appellent toutefois à préserver les bâtiments publics, « propriété de tous les Népalais ».
Les réseaux sociaux rétablis
À l’origine de la colère : la suspension des réseaux sociaux – rétablis mardi matin –, accusés par le gouvernement d’attiser les tensions, mais largement perçus comme une mesure autoritaire. Leur blocage a provoqué lundi 8 septembre des manifestations massives, réprimées par la police. La semaine dernière, le gouvernement népalais avait bloqué l’accès à 26 plateformes numériques dont Facebook, YouTube et X (ex-Twitter). Le bilan s’élève à 19 morts.
Selon des nombreux témoignages, la police aurait tiré à balles réelles contre les manifestants. Amnesty International a exigé « une enquête complète, indépendante et impartiale » sur les circonstances de l’intervention de la police. La porte-parole du bureau des droits de l’Homme de l’ONU, Ravina Shamdasani, a fait de même, se déclarant « choquée par les morts et les blessés ».
Le gouvernement avait annoncé jeudi le blocage des réseaux sociaux en application d’un arrêt rendu en 2023 par la Cour suprême exigeant qu’elles nomment un représentant local et une personne chargée de réguler leurs contenus. « Le gouvernement ne souhaitait pas bloquer l’usage des médias sociaux », a répété le Premier ministre dans sa déclaration. « Il souhaite simplement protéger le cadre de leur utilisation », a-t-il insisté, « ce n’était pas la peine de manifester pour ça ».
Une enquête annoncée
Après avoir promis l’ouverture d’une commission d’enquête « pour que de tels accidents ne se reproduisent pas », le Premier ministre KP Sharma Oli a annoncé mardi la tenue de discussions avec les partis politiques pour parvenir à « mettre un terme » aux violences. Il s’est dit « profondément attristé » par ce qu’il qualifie de « tragique incident ».
Avant son annonce, trois de ses ministres, dont celui de l’Intérieur, avaient déjà présenté leur démission, ont rapporté les médias locaux. Mais la contestation ne faiblit pas : pour beaucoup, la chute de KP Sharma Oli n’est qu’un premier pas vers une transformation plus radicale du système politique népalais.



