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Près de 5 000 réfugiés arrêtés en deux semaines : L’Égypte coince les demandeurs d’asile

Depuis plusieurs mois, un vent de panique souffle sur les communautés réfugiées en Égypte. Des policiers en civil procèdent à des arrestations massives de ressortissants syriens, soudanais, sud-soudanais et d’autres pays d’Afrique subsaharienne, après de simples contrôles d’identité dans la rue ou sur les lieux de travail. L’ONG Amnesty International a tiré la sonnette d’alarme dans un rapport publié le 16 février, dénonçant une campagne de répression systématique. Un vent de panique souffle sur les communautés réfugiées en Égypte
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L’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR) avance un chiffre qui donne le vertige : près de 5 000 réfugiés auraient été placés en détention en l’espace de deux semaines seulement, fin janvier. De son côté, une ONG érythréenne, HRCE, évoque plus de 3 000 réfugiés érythréens arrêtés depuis début janvier, certains ayant subi des mauvais traitements et des violences sexuelles. Les témoignages recueillis par l’AFP décrivent des conditions de détention effroyables : cellules bondées, détenus entassés debout pendant des heures, dormant à tour de rôle, d’autres parqués dans des cours extérieures. La Plateforme des réfugiés, une ONG locale, a fait état de deux décès : un enfant détenu malgré des douleurs thoraciques, et un homme de 67 ans privé de soins. Début février, les autorités égyptiennes avaient démenti la mort d’un autre Soudanais, mais les doutes persistent.

Plus d’un million de réfugiés enregistrés
Ces dernières années, l’Égypte a vu le nombre de personnes en quête de protection internationale exploser sur son sol. Les conflits au Soudan, au Soudan du Sud, dans la bande de Gaza, mais aussi les violences persistantes en Syrie, en Érythrée et dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne expliquent cet afflux. En janvier 2026, pas moins de 1 099 024 réfugiés et demandeurs d’asile étaient enregistrés auprès du HCR dans le pays. « En nombre de demandes d’asile reçues, l’Égypte se classe deuxième derrière les États-Unis », soulignait en juillet Sebastian Herwi, responsable des relations extérieures du HCR au Caire. La semaine dernière, lors d’une session du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée à la guerre au Soudan, le représentant égyptien Ihad Awad a rappelé que son pays avait « reçu des centaines de milliers de frères et de sœurs soudanais, accueillis comme des invités ». Le gouvernement égyptien justifie ces arrestations par l’irrégularité de la situation de nombreux réfugiés, faute de titres de séjour valides. Mais de nombreuses personnes concernées par ces expulsions étaient bien enregistrées auprès du HCR, souligne Amnesty International.

Plus grave encore, « nombre des personnes réfugiées et demandeuses d’asile arrêtées depuis fin décembre 2025 avaient des rendez-vous programmés à la Direction générale des passeports et de la nationalité du ministère de l’Intérieur, en vue de renouveler leur permis de séjour ».
Le problème, c’est que « ces rendez-vous sont souvent repoussés en raison des retards de traitement du gouvernement : des personnes réfugiées et demandeuses d’asile ont déclaré avoir attendu jusqu’à trois ans pour avoir un rendez-vous », détaille l’ONG. Les rendez-vous avec le HCR et les services d’immigration égyptiens s’échelonnent jusqu’en 2029, ont constaté Amnesty et l’EIPR, de quoi provoquer une “irrégularité forcée”, juge Karim Ennarah, directeur des recherches à l’EIPR. Certains réfugiés se sont même vu confisquer leur carte de réfugié du HCR et leur titre de séjour par des policiers lors d’arrestations. Amnesty International cite le cas d’Eisa, un réfugié érythréen de 20 ans enregistré auprès du HCR et titulaire d’un permis de séjour égyptien en règle. « Sa mère a déclaré que des policiers avaient confisqué sa carte du HCR et son permis de séjour et lui avaient dit : La prochaine fois, nous t’arrêterons sans papiers et tu seras placé en détention et expulsé », rapporte l’ONG.

Créer un climat anti-immigration
Pour Karim Ennarah, la campagne en cours vise « à créer un climat anti-immigration » pour réduire les arrivées, alors que l’Égypte affronte une crise économique majeure. Pays d’immigration, l’Égypte est aussi devenu un pays de forte émigration ces dernières années. Selon le HCR et l’agence Frontex, les ressortissants égyptiens sont même devenus, en 2025, la première nationalité africaine à atteindre clandestinement les côtes européennes, notamment la Crète et l’Italie. Plus de 17 000 Égyptiens ont rejoint l’Europe via la Méditerranée l’an dernier, tandis que 1 328 personnes de toutes nationalités sont mortes ou ont disparu sur la route migratoire la plus meurtrière du monde. Un paradoxe cruel pour un pays qui ferme sa porte à ceux qui fuient la guerre et la misère. L’Égypte est signataire de la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés et a adopté en 2024 sa propre loi nationale relative à l’asile. Mais les critiques pleuvent.

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« En expulsant de force des personnes réfugiées et demandeuses d’asile, les autorités égyptiennes bafouent non seulement le droit international relatif aux droits humains et aux personnes réfugiées, mais également les protections garanties par la loi relative à l’asile adoptée récemment par le pays lui-même et interdisant le ‘refoulement’ de personnes reconnues comme réfugiées », a déclaré Mahmoud Shalaby, chercheur sur l’Égypte et la Libye à Amnesty International. Human Rights Watch rappelle que le président Abdel Fattah al-Sissi, arrivé au pouvoir en 2014, dirige le pays d’une main de fer, emprisonnant et torturant des milliers de détracteurs et d’opposants présumés. Un contexte de répression qui contraste avec les déclarations officielles sur l’accueil des “invités”. Pour l’instant, les réfugiés africains en Égypte restent suspendus à la férule d’un système qui les rejette, sans savoir quand la prochaine rafle viendra frapper à leur porte.

 

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