
L’ouverture solennelle de la deuxième session ordinaire de l’Assemblée nationale, ce mercredi 1er octobre 2025 à Abidjan, a été marquée par l’absence remarquée de l’opposition parlementaire, qui a annoncé un boycott collectif pour dénoncer le processus électoral en cours.
Dans une déclaration lue à la presse, les députés des groupes parlementaires du PDCI-RDA et du PPA-CI, rejoints par les députés non-inscrits Pascal Affi N’Guessan, Assalé Tiémoko et Djè Bi Djè Olivier, ont affirmé qu’ils ne pouvaient pas « participer à une cérémonie solennelle » alors que, selon eux, « le régime RHDP refuse obstinément de créer les conditions d’une paix durable et d’une indispensable cohésion sociale ».
Cette session parlementaire, la dernière de la mandature avant les élections législatives de 2026, intervient dans un contexte tendu à moins d’un mois du scrutin présidentiel prévu le 25 octobre 2025.
Dénonciation d’un « processus verrouillé »
Les élus de l’opposition affirment que le processus électoral est biaisé en amont, citant notamment la décision du Conseil constitutionnel du 8 septembre dernier qui a invalidé certaines candidatures, dont celles de figures de premier plan de l’opposition. Selon eux, cette décision constitue une « violation flagrante » de la Constitution, ouvrant la voie à un « quatrième mandat anticonstitutionnel » du président sortant Alassane Ouattara.
La déclaration met également en cause la Commission électorale indépendante (CEI), accusée de ne pas avoir procédé à la révision annuelle de la liste électorale malgré un financement voté par le Parlement. L’opposition estime que cette omission prive des millions de citoyens, notamment des nouveaux majeurs, de leur droit de vote.
Répression et climat politique
Les députés d’opposition évoquent par ailleurs une « répression politique » marquée, selon eux, par des arrestations arbitraires, des détentions prolongées et des actes d’intimidation contre des militants et responsables. Ils dénoncent également une « criminalisation de la critique du gouvernement », notamment sur les réseaux sociaux, à travers une interprétation restrictive de la loi sur la presse adoptée en 2022.
Ils accusent enfin le pouvoir d’« instrumentaliser tout l’appareil d’État, y compris les médias publics », en faveur du parti présidentiel, assimilant l’appartenance à l’opposition à « un délit ».
Appel à la communauté nationale et internationale
Dans leur texte, les parlementaires disent vouloir alerter l’opinion nationale et internationale sur « le risque d’un nouvel enlisement du processus électoral » et de violences similaires à celles connues lors de précédents scrutins.
Ils affirment maintenir leur engagement à « user de tous les moyens strictement démocratiques », citant les interpellations parlementaires, les recours judiciaires, les plaidoyers auprès des instances internationales ainsi que les marches citoyennes, afin que l’élection présidentielle se déroule « conformément à la Constitution et sans exclusion arbitraire ».
Silence du pouvoir
Aucune réaction officielle n’avait été enregistrée dans l’immédiat du côté du gouvernement ou du parti au pouvoir. Le RHDP avait auparavant assuré que le processus électoral se déroulait dans le respect de la légalité et des institutions compétentes.
Avec ce boycott, l’opposition entend accentuer la pression sur le régime à quelques semaines d’un scrutin présidentiel dont l’issue conditionnera la suite du processus politique en Côte d’Ivoire.


