Abidjan accueille, depuis ce mardi 3 mars 2026, une réunion consultative cruciale sur l’avenir de la CEDEAO. Entre aveux de faiblesse économique et propositions de réformes audacieuses, les décideurs ouest-africains tentent de redéfinir une trajectoire commune pour les 50 prochaines années.
« La lucidité nous impose de constater que notre intégration économique n’a pas encore libéré tout son potentiel. » C’est par ce constat sans concession qu’Adama Dosso, ministre ivoirien de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, a ouvert les travaux de cette rencontre de haut niveau.
Cette rencontre consultative intervient en prélude au prochain sommet sur l’avenir de la CEDEAO. Elle réunit diplomates, experts du secteur privé et membres de la société civile pour quatre jours de réflexions intensives.
Les chiffres présentés font office d’électrochoc : en 2024, le commerce intra-CEDEAO ne représentait que 5,7 % du commerce total de la région. Malgré des décennies d’efforts, cette part stagne depuis sous la barre des 15 %.
Pour Adama Dosso, les problématiques sont identifiées : barrières non tarifaires persistantes, fragmentation des marchés et dépendance excessive aux matières premières. Ces freins limitent drastiquement la capacité de la zone à absorber les chocs externes et à créer des emplois pour une jeunesse de plus en plus nombreuse.
Face à ce diagnostic, la Côte d’Ivoire, 2ᵉ économie de la Cedeao après le Nigeria, propose une feuille de route pragmatique articulée autour de cinq axes majeurs. La priorité absolue demeure l’achèvement du marché commun.
Le ministre Adama Dosso a martelé l’urgence de démanteler les barrières non tarifaires sur dix corridors stratégiques, dont les axes Abidjan-Lagos et Dakar-Bamako, via une digitalisation accrue des processus douaniers. Le second volet repose sur une industrialisation ciblée.
Pour lui, la CEDEAO pourrait se spécialiser autour de quatre filières à haut potentiel : l’agro-transformation (cacao, anacarde, fruits tropicaux) ; le textile-habillement ; l’industrie pharmaceutique essentielle et les énergies renouvelables. Pour soutenir cette ambition, il suggère la création d’un cadre d’incitations communautaire (CIC) et d’un forum annuel des investisseurs.
Mohamed Ibn Chambas, président de la Task Force sur le schéma de libéralisation des échanges (SLE), a rappelé la vision des pères fondateurs qui, il y a 50 ans, croyaient en un destin pris en main par les Africains eux-mêmes. Toutefois, il a alerté sur les périls actuels : guerres commerciales mondiales, chocs climatiques et surendettement.
Un avis partagé par le secteur privé, représenté par Casimir Migan (FEWACCI), qui voit dans les 400 millions de consommateurs de la région un levier de puissance inexploité. « L’heure est venue de transformer nos instruments juridiques en leviers concrets de production », a-t-il plaidé.
Alors que les travaux se poursuivent, l’enjeu est clair : transformer la CEDEAO d’une organisation de protocoles en un véritable moteur de croissance inclusive. La réussite de ce pari passera par une boussole statistique fiable, avec l’intégration du commerce informel via les outils ECOTIS et ECO-ICBT.



